lundi 31 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2200026 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C+ |
| Formation | 4e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | DE SA PALLIX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 janvier et 13 avril 2022, M. B A, représenté par Me de Sa-Pallix, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2021 par lequel le préfet de police a prononcé son expulsion du territoire français à destination du pays dont il a la nationalité ou tout pays où il est légalement admissible ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à Me de Sa-Pallix au titre des articles 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle, ou, si sa demande d'aide juridictionnelle devait être rejetée ou être déclarée caduque, de lui verser cette somme, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en fait et en droit ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'erreur de fait ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 252-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur de droit au regard des stipulations du considérant 16 et de l'article 12 de la directive 2003/109/CE, dès lors qu'il dispose du statut de résident longue durée - UE et que la seule existence d'une condamnation ne permet pas d'établir que sa présence représente une menace grave à l'ordre public ;
- il méconnaît l'autorité de la chose jugée qui s'attache au jugement rendu le 23 mars 2020 du juge de l'application des peines du Tribunal judiciaire de Paris ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 14 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 12 mai 2022.
Par une décision du 7 février 2022, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la charte européenne des droits fondamentaux ;
- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
- la directive 2003/109/CE du 25 novembre 2003 relative au statut des ressortissants de pays tiers résidents de longue durée ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique,
- et les observations de Me de Sa-Pallix, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant chinois, né le 4 avril 1969 et entré en France en 2013 selon ses déclarations, demande l'annulation de l'arrêté du 21 décembre 2021 par lequel le préfet de police l'a expulsé du territoire français à destination du pays dont il a la nationalité ou tout pays où il est légalement admissible.
Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 février 2022. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. La transposition en droit interne des directives communautaires est une obligation résultant du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne et revêt, en vertu de l'article 88-1 de la Constitution, le caractère d'une obligation constitutionnelle. Il appartient au juge national, juge de droit commun de l'application du droit de l'Union européenne, de garantir l'effectivité des droits que toute personne tient de cette obligation à l'égard des autorités publiques. Tout justiciable peut, en conséquence, se prévaloir, à l'appui d'un recours dirigé contre un acte administratif non réglementaire, des dispositions précises et inconditionnelles d'une directive, lorsque l'Etat n'a pas pris, dans les délais impartis par celle-ci, les mesures de transposition nécessaires.
5. S'agissant de la directive 2003/109/CE du Conseil du 25 novembre 2003 relative au statut des ressortissants de pays tiers résidents de longue durée, le délai imparti aux Etats membres pour la transposer expirait, en vertu du paragraphe 1 de son article 26, le 23 janvier 2006.
6. Aux termes du considérant 16 de la directive 2003/109/CE : " Les résidents de longue durée devraient bénéficier d'une protection renforcée contre l'expulsion. Cette protection s'inspire des critères fixés par la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme. Afin d'assurer la protection contre l'expulsion, les États membres devraient prévoir le droit à un recours effectif devant des instances juridictionnelles. " Au terme de l'article 12 de la même directive : 1. Les États membres ne peuvent prendre une décision d'éloignement à l'encontre d'un résident de longue durée que lorsqu'il représente une menace réelle et suffisamment grave pour l'ordre public ou la sécurité publique. / 2. La décision visée au paragraphe 1 ne peut être justifiée par des raisons économiques. / 3. Avant de prendre une décision d'éloignement à l'encontre d'un résident de longue durée, les États membres prennent en compte les éléments suivants: / a) la durée de la résidence sur leur territoire; /b) l'âge de la personne concernée; / c) les conséquences pour elle et pour les membres de sa famille ; / d) les liens avec le pays de résidence ou l'absence de liens avec le pays d'origine. ".
7. Il résulte clairement de l'article 12 précité qu'un étranger ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'espace économique européen ou la Confédération suisse qui détient un titre de résident longue durée UE en cours de validité accordé par un autre Etat membre que la France ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement du territoire de l'Union européenne que s'il présente une menace réelle et suffisamment grave pour l'ordre public ou la sécurité publique, et que l'autorité administrative doit, avant de prendre une telle décision, apprécier la situation individuelle de la personne, notamment la durée de son séjour en France, son âge, sa situation familiale et ses liens avec la France ou l'absence de liens avec son pays d'origine.
8. Aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3. ".
9. Il ressort des dispositions précitées de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lesquelles le préfet s'est fondé pour prononcer la mesure d'expulsion attaquée, que l'autorité administrative compétente peut, à l'égard d'un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européenne ou de la Confédération suisse, prononcer une mesure d'expulsion lorsque sa présence constitue une menace grave pour l'ordre public. Toutefois, aucune de ces dispositions, ni aucune autre disposition législative ou règlementaire nationale, ne prévoient que cette expulsion doive être précédée d'un examen de la situation individuelle de la personne au regard de la durée de son séjour en France, son âge, sa situation familiale et ses liens avec la France ou l'absence de liens avec son pays d'origine, comme le prévoient pourtant les dispositions de l'article 12 de la directive 2003/109/CE. En conséquence, M. A est fondé à soutenir que les dispositions de l'article 12 de la directive 2003/019/CE n'ont pas été transposées en droit interne.
10. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que les dispositions d'une directive sont suffisamment précises dès lors qu'elles énoncent une obligation dans des termes non équivoques et qu'elles sont inconditionnelles lorsqu'elles énoncent un droit ou une obligation qui n'est assorti d'aucune condition ni subordonné, dans son exécution ou dans ses effets, à l'intervention d'aucun acte soit des institutions de l'Union européenne, soit des Etats membres.
11. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 que les dispositions de l'article 12 de la directive énoncent des obligations en des termes non équivoques, qui ne sont assorties d'aucune condition et ne sont subordonnées dans leur exécution ou dans leurs effets à l'intervention d'aucun acte des institutions de l'Union européenne ou des Etats membres. Il en résulte que les dispositions de l'article 12 de la directive du 25 novembre 2003, qui sont inconditionnelles et suffisamment précises, peuvent être invoquées par M. A pour contester la légalité de la décision prononçant son expulsion du territoire français.
12. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et n'est pas contesté par le préfet de police, que M. A est titulaire d'une carte de résident longue durée-UE qui lui a été délivrée par les autorités italiennes le 3 août 2011 et qui était en cours de validité à la date de la décision attaquée. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de police s'est borné à relever que M. A constituait une menace grave à l'ordre public sans procéder à l'examen de la situation individuelle de l'intéressé au regard de la durée de son séjour en France, son âge, sa situation familiale et ses liens avec la France ou l'absence de liens avec son pays d'origine. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que le préfet de police ne pouvait légalement prendre une décision expulsant M. A du territoire français sur le fondement des dispositions de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
13. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 21 décembre 2021 prononçant l'expulsion de M. A du territoire français doit être annulé.
Sur les frais liés à l'instance :
14. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me de Sa-Pallix.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 21 décembre 2021 par lequel le préfet de police a prononcé l'expulsion de M. A du territoire français est annulé.
Article 3 : L'Etat versera à Me de Sa-Pallix, avocat de M. A, la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me de Sa-Pallix renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de police et à Me de Sa-Pallix.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Le Roux, présidente,
Mme Madé, première conseillère,
Mme Berland, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2022.
La rapporteure,
F. C
La présidente,
M.-O. LE ROUX La greffière,
I. SZYMANSKI
La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026