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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2200300

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2200300

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2200300
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre
Avocat requérantPATUREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 janvier 2022, M. B A, représenté par Me Cyril Patureau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 19 septembre 2021 par laquelle le préfet de police a refusé son admission au séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, subsidiairement de réexaminer sa demande sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte, en lui délivrant immédiatement dans cette attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a demandé par lettre recommandée avec accusé de réception reçue le 19 mai 2021 une carte de séjour temporaire sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; cette demande a été implicitement rejetée au terme d'un délai de quatre mois sans prise de décision en application des articles R. 431-1 et R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le 19 septembre 2021 ; à défaut d'un accusé de réception mentionnant les voies et délais de recours, le délai de recours contentieux n'est pas opposable ;

- par lettre recommandée avec accusé de réception reçue le 14 octobre 2021 il a demandé la communication des motifs de cette décision implicite de rejet ; à défaut de réponse, cette décision est entachée de défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; il est entré en France en 1999 ; résidant depuis plus de dix ans sur le territoire national, la commission du titre de séjour aurait dû être saisie pour avis ; il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " de 2010 à 2017 ; il a travaillé une vingtaine d'années en France comme agent d'entretien ou plongeur ; il a bénéficié de la prime pour l'emploi et a déclaré ses revenus ; son casier judiciaire est vierge ; il parle français.

La requête a été communiquée le 13 janvier 2022 au préfet de police qui n'a pas produit d'observations en défense.

Une mise en demeure a été adressée le 27 juin 2022 au préfet de police, ainsi qu'une mesure d'instruction destinée à connaître les motifs de la décision implicite attaquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Gros, président, a été entendus lors de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant malien né le 31 décembre 1976, entré régulièrement en France en novembre 1999 a demandé une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " ou " salarié " sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par lettre recommandée avec accusé de réception reçue le 19 mai 2021. Par la présente requête, il demande l'annulation du rejet implicite de cette demande par le préfet de police.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable au 1er mai 2021 : " La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture. /Le préfet peut également prescrire que les demandes de titre de séjour appartenant aux catégories qu'il détermine soient adressées par voie postale. " Aux termes de l'article R.* 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable au 1er mai 2021 : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. " Et selon le premier alinéa de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. " Il résulte de ces dispositions que, pour introduire valablement une demande de carte de séjour ne relevant pas comme en l'espèce du téléservice prévu à l'article R. 431-2, il est nécessaire que les intéressés se présentent physiquement à la préfecture. A défaut de disposition expresse en sens contraire, une demande de titre de séjour présentée par un ressortissant étranger en méconnaissance de la règle de présentation personnelle du demandeur en préfecture fait naître, en cas de silence gardé par l'administration pendant plus de quatre mois, une décision implicite de rejet susceptible d'un recours pour excès de pouvoir. Le moyen tiré de la méconnaissance de la règle de présentation personnelle du demandeur en préfecture posée par l'article R. 431-3 ne constitue pas un moyen d'ordre public que le juge administratif doit relever d'office.

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. "

4. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté par le préfet de police étant réputé avoir acquiescé aux faits en application de l'article R. 612-6 du code de justice administrative, que M. A, entré régulièrement en France en 1999, y réside habituellement depuis plus de vingt ans, a bénéficié d'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " de 2010 à 2017, a travaillé comme agent d'entretien ou plongeur sur la quasi-totalité de sa période de résidence en France, a déclaré ses revenus et maîtrise le français. Dans ces circonstances, le préfet de police a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " salarié " pour motifs exceptionnels sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1. Il y a donc lieu d'annuler la décision attaquée pour ce motif sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens.

Sur les conclusions à fins d'injonction d'exécution :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. /La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. "

6. Le présent jugement implique nécessairement que le préfet de police délivre à M. A une carte de séjour temporaire mention " salarié ". Il y a lieu, en application des dispositions précitées de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire mention " salarié " dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

7. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite du 19 septembre 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire mention " salarié " dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à M. A au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,

M. Feghouli, premier conseiller,

M. Rebellato, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

Le président-rapporteur,

L. GROS

L'assesseur le plus ancien,

M. CLa greffière,

S. PORRINAS

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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