mardi 13 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2200878 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET LEGALIS (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 janvier 2022 et 19 avril 2022,
Mme A C, représentée par Me Kirkam, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 novembre 2021 par laquelle la ministre du travail a autorisé son licenciement pour inaptitude ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens ;
3°) d'ordonner l'exécution provisoire du jugement à intervenir nonobstant appel et
sans caution.
Elle soutient que :
- la décision est illégale, dès lors que l'inaptitude motivant l'autorisation de licenciement est en rapport avec les fonctions représentatives qu'elle exerce, son état de santé s'étant dégradé et ayant donné lieu à la reconnaissance d'une maladie professionnelle liée aux pressions qu'elle a subies dans l'exercice de ses mandats syndicaux successifs ;
- la dégradation des conditions de travail a commencé à compter du moment où elle a été élue en 2013 déléguée du personnel, son supérieur direct ayant entravé l'exercice de ses fonctions syndicales ;
- elle a été victime de harcèlement de la part de son supérieur hiérarchique.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2022, la société Nexity Studea, représentée par Me Hauger, conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge de Mme C une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2022, le ministre du travail conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par une ordonnance du 16 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au
3 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B ;
- les conclusions de M. Dubois, rapporteur public ;
- les observations de Me Kirkam, pour Mme C ;
- et les observations de Me Hauger, pour la société Nexity Studea.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, recrutée, le 2 novembre 2011, par la société Icade Résidence, acquise ultérieurement par la société Nexity Studea, occupait, en dernier lieu, les fonctions de gestionnaire de résidence. Elle est devenue membre suppléante du comité économique et social lors des élections des 18 octobre et 15 novembre 2019 et représentante de proximité suppléante le 6 février 2020. Par un courrier du 2 avril 2021, la société Nexity Studea a sollicité de l'inspecteur du travail l'autorisation de la licencier pour inaptitude. Par une décision du
13 mai 2021, l'inspecteur du travail a refusé d'accorder cette autorisation, au motif qu'il existait un lien entre la demande d'autorisation de licenciement et l'exercice du mandat syndical de l'intéressée. Par une décision du 18 novembre 2021, la ministre du travail a annulé la décision de l'inspecteur du travail du 13 mai 2021 et a autorisé le licenciement de Mme C, au motif qu'elle a été déclarée inapte sans possibilité d'être maintenue dans un emploi et que le licenciement est sans lien avec son mandat. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de cette décision.
2. En vertu du code du travail, les salariés protégés bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par l'inaptitude du salarié, il appartient à l'administration de rechercher si cette inaptitude est telle qu'elle justifie le licenciement envisagé sans rechercher la cause de cette inaptitude. Toutefois, il appartient en toutes circonstances à l'autorité administrative de faire obstacle à un licenciement en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par un salarié ou avec son appartenance syndicale. Par suite, même lorsque le salarié est atteint d'une inaptitude susceptible de justifier son licenciement, la circonstance que le licenciement envisagé est également en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par l'intéressé ou avec son appartenance syndicale fait obstacle à ce que l'administration accorde l'autorisation sollicitée. Le fait que l'inaptitude du salarié résulte d'une dégradation de son état de santé, elle-même en lien direct avec des obstacles, mis par l'employeur, à l'exercice de ses fonctions représentatives est à cet égard de nature à révéler l'existence d'un tel rapport.
3. Au soutien de ses conclusions, Mme C fait valoir que son licenciement et la dégradation de son état de santé sont en lien avec l'exercice depuis 2013 de son mandat syndical, en raison des pressions et discriminations qu'elle a subies de la part de ses supérieurs hiérarchiques. Il ressort, d'une part, des pièces du dossier que Mme C a été placée en arrêts de maladie ordinaire le 2 septembre 2020 jusqu'au 13 octobre 2020, date à laquelle son médecin a délivré un arrêt de travail pour un accident de travail intervenu le 19 août 2020. Par un avis rendu, le 4 février 2021, à la suite d'une visite de reprise, l'intéressée a été déclarée inapte, avec dispense de l'obligation de reclassement, eu égard à son état de santé. Cette inaptitude n'a pas été contestée. D'autre part, les pièces du dossier, et notamment les différentes attestations produites, permettent de constater que les relations entre Mme C et la direction de la société, notamment avec la responsable du secteur " Paris " et le manager de groupes de résidence, étaient tendues depuis 2013, avec une accalmie notable entre 2016 et 2020. Pour faire suite aux conflits survenus entre la direction et le personnel de l'entreprise, une médiation a été mise en place, à partir du 26 mai 2020, et une enquête consacrée aux risques psychosociaux conjointe DRH/CSE a été décidée lors d'une réunion ordinaire du CSE du 17 septembre 2020. Cette enquête a mis en exergue les difficultés récurrentes liées à l'exécution des tâches confiées à l'intéressée, notamment en ce qui concernait les livraisons de lourds colis que Mme C devait réceptionner ou d'autres mésententes entre elle et le manager de groupes de résidence concernant la gestion des locataires ainsi que des notes de frais mal libellées. Toutefois, les éléments produits par Mme C au soutien de ses dires, s'ils révèlent une ambiance de travail dégradée et des relations difficiles avec sa hiérarchie, ne sont pas suffisants pour caractériser une volonté de la société Nexity Studea de faire obstacle à l'exercice par la salariée de ses mandats, aucune pièce du dossier ne permettant d'établir que l'intéressée aurait fait l'objet de pressions et de discriminations en lien avec son mandat. La circonstance que des frais de taxi n'auraient pas été remboursés en février 2019 à la suite d'une erreur de Mme C, concernant l'adresse d'une réunion de délégués du personnel, n'est pas non plus de nature à établir un lien avec le mandat. Enfin, Mme C n'apporte pas d'éléments permettant de justifier le motif pour lequel, lors des réunions de délégués du personnel, elle n'a pas fait état de ses difficultés. Il suit de là que Mme C, dont l'inaptitude résulte d'une dégradation de son état de santé, n'établit pas l'existence d'un lien avec l'exercice de ses mandats syndicaux successifs.
4. Si Mme C fait, enfin, valoir qu'elle a été victime de harcèlement de la part de son supérieur hiérarchique, ce moyen est inopérant à l'encontre de la décision attaquée.
5. Dans ces conditions, la requête de Mme C ne peut qu'être rejetée.
Sur les frais d'instance :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Nexity Studea, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par Mme C. Il n'y a pas lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C une somme au titre des frais exposés au même titre par la société Nexity Studea.
7. Enfin, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions des parties présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées en tout état de cause.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la société Nexity Studea sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au ministre du travail du plein emploi et de l'insertion et à la société Nexity Studea.
Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Hermann Jager, présidente,
Mme Beugelmans-Lagane, première conseillère
Mme Renvoise, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.
La rapporteure,
T. B La présidente
V. HERMANN JAGER
Le greffier,
Y. FADEL
La République mande et ordonne au ministre du travail du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/3-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026