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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2201224

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2201224

mardi 17 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2201224
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 2e Chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 janvier 2022, M. A C, représenté par Me de Seze, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 23 novembre 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié la cessation de ses conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder les conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et ce depuis le mois de décembre 2021 ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. C soutient que :

-la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

-le principe du contradictoire n'a pas été respecté ;

-sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte ;

-l'agent ayant mené l'entretien de vulnérabilité n'a pas suivi une formation spécifique ;

-par voie d'exception, la décision est illégale du fait de l'illégalité du contenu du questionnaire fixé par l'arrêté du 23 octobre 2015 ;

-elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

Par une décision du 15 juin 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. C.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

-le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant afghan né le 6 septembre 1998 à Nangarhar, est entré sur le territoire français le 26 janvier 2021. Il a sollicité le bénéfice de l'asile le 29 janvier 2021 auprès du guichet unique des demandeurs d'asile de la préfecture de police, et a été placé en procédure dite " Dublin ", le préfet ayant estimé que sa demande d'asile ne relevait pas de la France mais de l'Autriche. Par un courrier du 18 octobre 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a notifié à M. C son intention de cessation de ses conditions matérielles d'accueil au motif qu'il ne s'était pas présenté aux autorités qui organisaient son transfert aux autorités compétentes en matière d'asile. Par une décision du 23 novembre 2021, l'OFII a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont le requérant bénéficiait. M. C demande l'annulation de cette décision.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 15 juin 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. C. Par suite, les conclusions de la requête tendant à ce que M. C soit admis provisoirement à l'aide juridictionnelle doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. () ".

4. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application et mentionne les faits qui en constituent le fondement. Elle indique, en particulier, que M. C a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'OFII le 29 janvier 2021, que l'OFII lui a notifié par courrier du 18 octobre 2021 son intention de mettre totalement fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter à ces dernières. La décision précise, en outre, que, compte tenu des faits qui sont reprochés à l'intéressé et après examen de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale, il a été décidé de mettre totalement fin à ses conditions matérielles d'accueil. Dans ces conditions, la décision attaquée est suffisamment motivée et le moyen tiré du défaut de motivation, qui s'apprécie indépendamment de la pertinence des motifs retenus par son auteur, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des motifs de la décision attaquée ou des autres pièces du dossier que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de M. C avant de prendre la décision litigieuse. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ".

7. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité lors de la présentation de sa première demande d'asile. En revanche, lorsque l'OFII décide de suspendre ou cesser les conditions matérielles d'accueil et, dans ce cadre, apprécie la situation particulière du demandeur d'asile au regard notamment de sa vulnérabilité, les dispositions de l'article L. 522-1 ne lui imposent pas de mener à nouveau un tel entretien. Par suite, M. C, qui, au demeurant, n'établit pas être dans une situation de particulière vulnérabilité, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une vice de procédure pour ce motif.

8. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'OFII a notifié à M. C par un courrier du 18 octobre 2021, réceptionné le 8 novembre suivant, son intention de mettre totalement fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait et a précisé qu'il disposait d'un délai de quinze jours pour faire parvenir ses observations. Dans ces conditions, et alors en outre que l'OFII fait valoir que M. C a présenté des observations par un courrier du 15 novembre 2021, le moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ".

10. Alors que l'ensemble des auditeurs asile de l'OFII reçoivent une formation correspondant à leurs missions, dont celles d'évaluer la vulnérabilité des demandeurs d'asile, aucun élément du dossier ne permet de tenir pour établi que l'entretien dont aurait bénéficié M. C n'aurait pas été mené par une personne ayant reçu une formation spécifique à cette fin. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.

11. En sixième lieu, M. C ne peut utilement exciper de l'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile, lequel ne constitue pas la base légale de la décision attaquée.

12. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. C ne s'est pas présenté à une convocation du 27 septembre 2021 pour un vol pour l'Autriche prévu le lendemain, ni à ce vol, et il ne fait état d'aucun motif valable pour justifier ce défaut de présentation. Par suite les moyens tirés de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 23 novembre 2021 par laquelle le directeur territorial de l'OFII a notifié à M. C la cessation de ses conditions matérielles d'accueil doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 3 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bachoffer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Khansari, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.

La rapporteure,

A. B

Le président,

B.R. BACHOFFER

La greffière,

L. REGNIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision./1-2

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