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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2201320

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2201320

mercredi 12 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2201320
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantANDRIVET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 18 janvier 2022, 5 septembre 2022 et 7 mars 2023, M. B D, représenté par Me Andrivet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 octobre 2021 par laquelle le préfet de police a refusé de procéder au renouvellement de son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention vie privée et familiale, dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ; à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à Me Andrivet sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans la mesure, notamment, où, contrairement aux allégations du préfet de police, il ne présente pas une menace pour l'ordre public ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par des mémoires en défense enregistrés le 18 février et le 16 septembre 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Andrivet, pour M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant camerounais né le 8 juillet 1980, est entré en France le 14 septembre 2001, selon ses déclarations. Il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire en qualité de parent d'enfant français à compter du 21 novembre 2012, renouvelée jusqu'au 6 mai 2016. Par un arrêté du 28 octobre 2021, le préfet de police a rejeté la demande de M. D tendant au renouvellement de son titre de séjour. M. D demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne la situation administrative et personnelle de l'intéressé, la menace pour l'ordre public qu'il représente, ainsi que l'absence de contribution à l'entretien et l'éducation de ses enfants. Il comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE" ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an (). ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

4. La décision attaquée est fondée sur la menace à l'ordre public que constitue la présence en France de M. D. Il ressort des pièces du dossier que M. D a fait l'objet de trois condamnations judiciaires. Il a été condamné par le tribunal correctionnel de Bobigny, le 9 novembre 2010, à une peine de trois mois d'emprisonnement avec sursis pour violence aggravée par deux circonstances, suivie d'incapacité supérieure à huit jours, et le 16 décembre 2013, pour des faits d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et de rébellion. M. D a également été condamné, le 26 mai 2020, par le tribunal correctionnel de Paris, à une peine de quatre ans d'emprisonnement, assortie d'un sursis de deux ans et de diverses obligations, pour des faits d'agression sexuelle par conjoint commis entre janvier 2014 et avril 2015. Il ressort du jugement du tribunal correctionnel du 26 mai 2020 que son épouse, Mme C, a soutenu que " son époux l'avait contrainte à plusieurs reprises, depuis janvier 2014 et jusqu'au 11 avril 2015, à subir des rapports sexuels (pénétrations péniennes vaginales, buccales et anales) en la menaçant de mort, en ayant une attitude violente, en exerçant sur elle des pressions par chantage relatif à leur divorce et par des rappels répétés à " son devoir conjugal ". M. D a été placé en détention provisoire le 29 mai 2015 et a été libéré et placé sous contrôle judiciaire le 26 mai 2016. Il ressort également du jugement précité du tribunal correctionnel de Paris que M. D s'est soustrait à plusieurs reprises à son obligation de pointage. Au regard du nombre de condamnations prononcées à son encontre, du quantum des peines prononcées et du caractère récent, à la date de la décision attaquée, de la dernière condamnation, M. D doit être regardé comme représentant une menace pour l'ordre public. Par suite, le préfet de police n'a commis ni erreur de droit, ni erreur d'appréciation en refusant, pour ce motif, le renouvellement du titre de séjour de l'intéressé.

5. Par ailleurs, M. D fait valoir qu'il réside en France depuis 2001, qu'il a eu deux enfants, nés en 2011 et 2013, avec son épouse française, Mme C, qu'il a bénéficié de titres de séjour entre 2012 et 2016, qu'il est père d'un autre enfant né en 2019 de sa relation avec une compatriote en situation régulière sur le territoire français. Il ressort toutefois des pièces du dossier que si M. D est effectivement présent en France depuis 2012, il n'établit toutefois pas y résider depuis 2001, comme il l'allègue. Il est séparé de Mme C depuis 2015 et ne se prévaut d'aucun lien affectif avec ses deux enfants français, âgés de respectivement dix et huit ans à la date de la décision attaquée. Il n'établit, ni même n'allègue, participer à leur éducation et à leur entretien, ce qui a du reste été constaté dans l'avis de la commission du titre de séjour en date du 7 janvier 2021. Si M. D fait également état de ce qu'il est également père d'un autre enfant, de nationalité camerounaise, né en 2019 de sa relation avec une compatriote, Mme E, il ressort des pièces du dossier, et notamment du jugement du tribunal judiciaire de Pontoise en date du 18 novembre 2021, que M. D ne réside pas avec la mère de l'enfant, et que son état d'insolvabilité le dispense de toute contribution financière à l'entretien de l'enfant, dont la mère est par ailleurs sans emploi et vit exclusivement de prestations sociales, comme l'énonce le jugement précité. M. D ne fait par ailleurs état d'aucun élément de nature à faire obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans son pays d'origine. En outre, M. D est dépourvu d'emploi, de ressources et de logement propre. Enfin, M. D n'établit pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-et-un ans et où réside notamment ses deux premiers enfants, nés respectivement en 2002 et 2007, sa mère, et ses sept frères. Compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et notamment des conditions de séjour en France du requérant, ainsi que de ses agissements, lesquels, ainsi qu'il a été dit, sont constitutifs d'une menace pour l'ordre public, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le préfet de police n'a par ailleurs pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

6. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "

7. Comme il a été dit au point 5 ci-dessus, il ressort des pièces du dossier que M. D ne réside plus avec ses enfants, et n'apporte aucun élément susceptible d'établir qu'il participerait à l'entretien et à l'éducation de ses enfants français. Il n'apporte aucune contribution non plus à l'entretien de son dernier enfant, de nationalité camerounaise. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

8. Enfin, il y a lieu de relever que M. D a fait l'objet, le 7 décembre 2021, d'un arrêté du préfet de l'Orne l'obligeant à quitter le territoire français sans délai. Par un jugement n° 2106279 du 21 février 2022, le tribunal administratif de Rennes a rejeté la requête de M. D tendant à l'annulation de cet arrêté. Par un arrêt n° 22NT02046 du 13 janvier 2023, la cour administrative d'appel de Nantes a rejeté la requête de M. D tendant à l'annulation de ce jugement, après avoir notamment écarté les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et ses conclusions aux fins d'injonction.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 27 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Errera, premier conseiller,

M. Huin-Moralès, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2023.

Le rapporteur,

A. ALe président,

J. SORINLa greffière,

B. CHAHINE

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2201320/2-

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