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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2201357

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2201357

mercredi 17 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2201357
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantBOUBOUTOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 janvier et le 22 avril 2022, la société Tang Lin, représentée par Me Bouboutou, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 juillet 2021 par laquelle le préfet de police a refusé d'autoriser la translation de la licence de débit de boissons de quatrième catégorie n°7108, ensemble la décision de rejet du recours gracieux du 17 novembre 2021 ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui accorder un récépissé de déclaration de translation de la licence de quatrième catégorie n°7108 dans un délai de quinze jours à compter du présent jugement sous astreinte de 250 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la méthode de calcul retenue par le préfet de police n'est pas conforme aux prescriptions de l'articles L. 3335-1 du code de la santé publique ;

- la décision attaquée est illégale en raison de l'illégalité de l'arrêté préfectoral du 29 avril 1972 qui la fonde et qui porte une atteinte disproportionnée au principe de la liberté d'entreprendre et au principe du commerce et de l'industrie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 10 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, le 10 février 2023 à 12h.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- l'arrêté préfectoral n° 72-16276 du 29 avril 1972 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- les conclusions de Mme Privet, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Bouboutou, représentant la société Tang Lin.

Considérant ce qui suit :

1. La société Tang Lin a initié, le 28 mai 2021, une déclaration de translation d'une licence de débit de boissons de quatrième catégorie en vue de l'exploiter dans son établissement " Mr Zhang " situé 6 avenue Bugeaud dans le seizième arrondissement de Paris. Le même jour, le préfet de police lui en a donné récépissé. Par une décision du 5 juillet 2021, le préfet de police a informé la société Tang Lin qu'elle ne pourrait pas exploiter cette licence au motif que son établissement est situé à moins de 75 mètres d'un autre débit de boissons déjà existant. Le 3 septembre 2021, la société Tang Lin a formé un recours gracieux, rejeté le 17 novembre 2021. Par la présente requête, la société Tang Lin demande au tribunal d'annuler les décisions du préfet de police du 5 juillet et du 17 novembre 2021.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 3335-15 du code de la santé publique : " Le préfet peut déterminer par arrêté, dans certaines communes et sans préjudice des droits acquis, les distances en deçà desquelles des débits de boissons à consommer sur place des 3e et 4e catégories ne peuvent être établis à proximité de débits des mêmes catégories déjà existants. ". L'article 1er de l'arrêté préfectoral du 29 avril 1972 susvisé dispose que : " Dans la ville de Paris, aucun débit de boisson à consommer sur place des 2ème, 3ème et 4ème catégories ne pourra être établi à moins de 75 mètres de débits des mêmes catégories déjà existants. " Il résulte de l'article 1er de l'arrêté du préfectoral du 29 avril 1972 qu'aucune licence de débit de boissons de quatrième catégorie ne peut être transférée dans un rayon de 75 mètres autour de débits de boissons de la même catégorie.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 3335-1 du code de la santé publique : " Le représentant de l'Etat dans le département arrête, sans préjudice des droits acquis, après information des maires des communes concernées, les distances en-deçà desquelles les débits de boissons à consommer sur place ne peuvent être établis autour des établissements suivants, dont l'énumération est limitative (). Ces distances sont calculées selon la ligne droite au sol reliant les accès les plus rapprochés de l'établissement protégé et du débit de boissons. Dans ce calcul, la dénivellation en dessus et au-dessous du sol, selon que le débit est installé dans un édifice en hauteur ou dans une infrastructure en sous-sol, doit être prise en ligne de compte. " Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux préparatoires de la loi n°2007-1787 du 20 décembre 2007 relative à la simplification du droit, que la distance entre un établissement protégé et un débit de boissons se mesure sur les voies de circulation ouvertes au public, suivant l'axe de ces dernières, entre et à l'aplomb des portes d'entrée ou de sortie les plus rapprochées de l'établissement protégé et du débit de boissons, la distance obtenue étant augmentée de la longueur de la ligne droite au sol entre les portes d'accès et l'axe de la voie et, le cas échéant, de la différence de hauteur entre le niveau du sol et celui du débit de boissons.

4. Pour refuser à la société Tang Lin l'autorisation de translation de la licence de débits de boissons de quatrième catégorie précédemment exploitée dans un établissement situé au 38 boulevard de l'hôpital dans le 13e arrondissement à un établissement situé au 6 avenue Bugeaud dans le 16e arrondissement à Paris, le préfet de police s'est borné à constater que l'établissement de la société requérante était situé à moins de 75 mètres d'un autre débit de boissons également titulaire d'une licence de quatrième catégorie, en violation des dispositions précitées de l'arrêté préfectoral n° 72-16276 du 29 avril 1972, sans avoir à porter une appréciation sur les faits de l'espèce.

5. L'application de la théorie de la compétence liée ne dispense pas le juge de statuer sur les moyens qui mettent en cause le bien-fondé de l'application de cette théorie aux circonstances de l'espèce. Les moyens tirés de ce que la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que la méthode de calcul retenue par le préfet de police n'est pas conforme aux prescriptions de l'articles L. 3335-1 du code de la santé publique et de ce que la décision attaquée est illégale en raison de l'illégalité de l'arrêté préfectoral du 29 avril 1972 qui la fonde et porte une atteinte disproportionnée au principe de la liberté d'entreprendre et au principe du commerce et de l'industrie doivent être examinés dès lors qu'ils conditionnent l'application même de la théorie de la compétence liée.

6. Il ressort des pièces du dossier que, pour s'opposer à la translation de licence de quatrième catégorie, le préfet de police a fait procéder à une vérification par les services de police du 16e arrondissement, le 4 juin 2021, de laquelle il résulte que l'établissement situé au 6 avenue Bugeaud dans le 16e arrondissement serait situé à une distance de 61 mètres, soit moins de 75 mètres, d'un autre débit de boissons, le restaurant " La Scossa ", également titulaire d'une licence de quatrième catégorie. Il ressort toutefois des pièces du dossier que cette distance a été mesurée suivant l'axe des trottoirs contrairement à la méthode de calcul définie à l'article

L. 3335-1 précité du code de la santé publique. Dès lors, la requérante, qui produit un procès-verbal de constat d'huissier certifiant que la distance entre les deux établissements est de 87,6 mètres par l'axe de la voie de circulation ouverte au public, soit en l'espèce l'axe de l'avenue Bugeaud, menant jusqu'à la place Victor Hugo et à la porte du " Scossa ", est fondée à soutenir que la distance entre les deux établissements est supérieure à la distance minimale à respecter de 75 mètres fixée par l'arrêté préfectoral précité du 29 avril 1972. Dans ces conditions, le préfet de police, qui n'était dès lors pas tenu de rejeter la demande de transfert présentée par la société Tang Lin, a commis une erreur de droit en retenant une méthode de calcul qui n'était pas conforme aux prescriptions de l'article L. 3335-1 précité du code de santé publique.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la société Tang Lin est fondée à demander l'annulation des décisions du 5 juillet 2021 et du 17 novembre 2021.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que des éléments de droit ou de fait nouveaux justifieraient que l'autorité administrative oppose une nouvelle décision de refus, le présent jugement implique nécessairement que soit délivrée l'autorisation de translation de la licence de débit de boissons de quatrième catégorie n°7108 à la société Tang Lin. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de police de procéder à cette autorisation de translation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par la société.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Tang Lin et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 5 juillet 2021 du préfet de police et la décision du 17 novembre 2021 de rejet de recours gracieux sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police d'autoriser la translation de la licence de débit de boissons de quatrième catégorie n°7108 de la société Tang Lin dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à la société Tang Lin la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Tang Lin et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 27 avril, à laquelle siégeaient :

- Mme Amat, présidente,

- M. Rezard, premier conseiller,

- Mme Guglielmetti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2023.

La rapporteure,

S. A

La présidente,

N. Amat

La greffière,

C. Yahiaoui

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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