mercredi 2 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2201373 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | ARVIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 janvier 2022, et un mémoire complémentaire enregistré le 20 septembre 2022, la société Pho Bahn Cuon, représentée par Me Arvis, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 novembre 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis à sa charge une contribution spéciale d'un montant de 108 600 euros et une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement d'un montant de 13 854 euros et de la décharger de l'obligation de payer ces sommes ;
2°) à titre subsidiaire, de réduire le montant de la contribution spéciale mise à sa charge à hauteur de 14 600 euros et le montant de la contribution forfaire à 4 618 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;
- la procédure contradictoire a été méconnue car le gérant n'a pas reçu communication du procès-verbal du contrôle de police ; les courriers ne mentionnent
jamais la possibilité de demander la communication de ce procès-verbal de constat, ni les délais dans lesquels cette demande doit être effectuée;
- la décision est entachée d'une erreur de fait ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit car les montants des sanctions ne sont pas justifiés ; les sommes ont été calculés pour six travailleurs, alors qu'il apparaît que seulement quatre personnes étaient visées par le procès-verbal de constat ; concernant Mme B A et M. G, M. C a transmis à l'inspection du travail leurs pièces d'identité qu'il avait en sa possession. Les titres d'identité étant des cartes nationales d'identité française, le dirigeant n'était pas tenu de procéder à la vérification de leur authenticité ;
- seulement deux personnes sont concernées par la contribution spéciale ;
- il s'est acquitté des salaires et des indemnités de chacun de ses employés ; le montant aurait dû être réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti ;
- à titre subsidiaire, le calcul de la contribution spéciale aurait dû être le suivant : 2 travailleurs x 3,65 (taux horaire) x 2 000 = 14 600 euros ; le calcul de la contribution forfaitaire aurait dû être le suivant : 2 travailleurs x 2 309 euros (montant de la contribution pour les
pays d'Asie du Sud Est et du Moyen Orient) = 4 618 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 juin 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société Pho Bahn Cuon ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 20 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 27 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E,
- les conclusions de M. Dubois, rapporteur public,
- et les observations de Me Le Sueur, représentant la société SARL Pho Bahn Cuon.
Considérant ce qui suit :
1. Le 3 décembre 2019, les services de police ont procédé à un contrôle de la
SARL Pho Bahn Cuon qui exploite un restaurant au 129 avenue de Choisy à Paris
(13ème arrondissement). Par une décision du 17 novembre 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis à la charge de la société une contribution spéciale d'un montant de 108 600 euros et une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement d'un montant de 13 854 euros. Par la présente requête, la société
Pho Bahn Cuon demande au tribunal d'annuler cette décision et de la décharger de l'obligation de payer ces sommes.
Sur les conclusions à fin d'annulation et sans qu'il soit besoin de statuer sur l'ensemble des moyens de la requête :
2. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ". En application de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux. / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'Etat selon des modalités définies par convention () ". Aux termes de l'article L. 8271-17 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " Outre les agents de contrôle de l'inspection du travail mentionnés à l'article L. 8112-1, les agents et officiers de police judiciaire, les agents de la direction générale des douanes sont compétents pour rechercher et constater, au moyen de procès-verbaux transmis directement au procureur de la République, les infractions aux dispositions de l'article L. 8251-1 relatif à l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler et de l'article L. 8251-2 interdisant le recours aux services d'un employeur d'un étranger non autorisé à travailler. / Afin de permettre la liquidation de la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du présent code et de la contribution forfaitaire mentionnée à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration reçoit des agents mentionnés au premier alinéa du présent article une copie des procès-verbaux relatifs à ces infractions ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable au litige et dont les dispositions sont désormais reprises à l'article L. 822-2 : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine () L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et de fixer le montant de cette contribution () ".
4. En application des articles L. 211-2 et L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, la décision par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration inflige une contribution spéciale et une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine à un employeur, lesquelles constituent une sanction, doit être motivée et est soumise au respect d'une procédure contradictoire. En application de l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les mesures mentionnées à l'article L. 121-1 à caractère de sanction ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant ".
5. Si ni les articles L. 8253-1 et suivants du code du travail, ni l'article L. 8271-17 du même code, ni encore l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne prévoient expressément que le procès-verbal constatant l'infraction à la réglementation relative au séjour des étrangers en France et aux dispositions de l'article
L. 8251-1 relatif à l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler en France, et fondant le versement de la contribution spéciale et de la contribution forfaitaire, soit communiqué au contrevenant, le respect du principe général des droits de la défense suppose, s'agissant des mesures à caractère de sanction, ainsi d'ailleurs que le précise désormais l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration, que la personne en cause soit informée, avec une précision suffisante et dans un délai raisonnable avant le prononcé de la sanction, des griefs formulés à son encontre et mise à même de demander la communication des pièces au vu desquelles les manquements ont été retenus. Par suite, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est tenu d'informer l'intéressé de son droit de demander la communication du procès-verbal d'infraction sur la base duquel ont été établis les manquements qui lui sont reprochés.
6. Il est constant que le courrier du 8 octobre 2021 par lequel l'Office français de l'immigration et de l'intégration a informé la société requérante de son intention de mettre à sa charge une contribution spéciale et une contribution forfaitaire ne précisait pas que la société avait la possibilité de solliciter la communication du procès-verbal. La société ayant ainsi été privée d'une garantie, elle est fondée à soutenir que les sanctions précitées sont intervenues à l'issue d'une procédure irrégulière.
7. Il résulte, au surplus, de l'instruction que pour mettre à la charge de la société requérante la contribution spéciale en litige et la contribution forfaitaire en litige, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a considéré que la société avait embauché six travailleurs dépourvus de titre les autorisant à travailler en France. Au vu du procès-verbal produit par l'OFII au dossier, deux des salariés, Mme F et
M. D, se trouvaient en situation régulière, la première étant en possession d'un titre de séjour en cours de validité, et le second étant titulaire d'une carte nationale d'identité française également en cours de validité. Dans ces conditions, la société Pho Bahn Cuon est également fondée à soutenir que c'est à tort que le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a infligé la contribution spéciale pour l'emploi de Mme F et M. D.
8. Compte tenu de ce qui précède, eu égard au motif retenu, il y a lieu, d'annuler la décision du 17 novembre 2021 en litige dans son ensemble et de décharger, par voie de conséquence, la société requérante de la totalité des sommes mises à sa charge par cette décision qui doit être regardée comme n'ayant pas existé dans l'ordonnancement juridique.
Sur les frais d'instance :
9. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros à verser à la société SARL Pho Bahn Cuon au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du
17 novembre 2021 est annulée et la société Pho Bahn Cuon est déchargée en conséquence du paiement des sommes mises illégalement à sa charge.
Article 2 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera la somme de 1 500 ( mille cinq cents) euros à la société Pho Bahn Cuon au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Pho Bahn Cuon et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 11 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Hermann Jager, présidente,
Mme Beugelmans-Lagane, première conseillère,
Mme Renvoise, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2022.
La rapporteure,
T. E
La présidente
V. HERMANN JAGER
Le greffier,
Y. FADEL
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026