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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2201515

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2201515

vendredi 7 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2201515
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCOLMANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 janvier 2022, Mme A B C, représentée par Me Colmant, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 juillet 2021 par lequel le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports a prononcé son licenciement, ensemble la décision rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'éducation nationale de la réintégrer et de prononcer sa titularisation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le tribunal administratif de Paris est compétent pour connaître de sa demande en application de l'article R. 312-12 du code de justice administrative

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué n'est pas suffisamment motivé en fait et en droit ;

- il a été pris au terme d'une procédure irrégulière, la délibération du jury académique du certificat d'aptitude au professorat du 5 juillet 2021 sur laquelle il se fonde étant entachée d'irrégularité ; un membre du jury académique a pu faire preuve de partialité ;

- il est entaché d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 2 février 2022, le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports fait valoir qu'en application des dispositions de l'article D. 222-35 du code de l'éducation, il appartient au recteur de la région académique Ile-de-France, recteur de l'académie de Paris de présenter des observations en défense au nom de l'Etat.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 mars 2022, le recteur de la région académique d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 17 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 3 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 72-581 du 4 juillet 1972 ;

- l'arrêté ministériel du 22 août 2014 modifié fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation de certains personnels enseignants et d'éducation de l'enseignement du second degré stagiaires ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Kanté, première conseillère ;

- et les conclusions de M. Thulard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C a été admise à la session 2020 du concours de recrutement des professeurs certifiés dans la discipline " lettres modernes ". Nommée à compter du 1er septembre 2020 en qualité de professeure certifiée stagiaire, elle a été affectée dans l'académie de Paris pour y suivre sa formation. Par délibération du 5 juillet 2021, le jury académique en charge de l'évaluation des professeurs certifiés stagiaires du second degré public de l'académie de Paris a émis un avis défavorable à sa titularisation et à une seconde année de stage. Par un arrêté du 23 juillet 2021, le ministre de l'éducation nationale a prononcé le licenciement de l'intéressée à compter du 1er septembre 2021. Mme B C a formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté le 17 septembre 2021. Elle demande l'annulation de l'arrêté du 23 juillet 2021 et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; ". Et aux terme de l'article L. 211-5 : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. Si la nomination dans un corps en tant que fonctionnaire stagiaire confère à son bénéficiaire le droit d'effectuer un stage dans la limite de la durée maximale prévue par les règlements qui lui sont applicables, elle ne lui confère aucun droit à être titularisé. Il en résulte que la décision refusant, au terme du stage, de le titulariser et procédant à son licenciement n'a pour effet, ni de refuser à l'intéressé un avantage qui constituerait pour lui un droit, ni dès lors que le stage a été accompli dans la totalité de la durée prévue par la décision de nomination comme stagiaire, de retirer ou d'abroger une décision créatrice de droit. Une telle décision n'est, dès lors, pas au nombre C qui doivent être motivées en application des dispositions précitées. En tout état de cause, l'arrêté litigieux qui vise les dispositions législatives et réglementaires applicables ainsi que la délibération du 5 juillet 2021 du jury académique et mentionne l'avis défavorable porté par le jury sur l'intérêt, au regard de l'aptitude professionnelle de Mme B C à l'autoriser à effectuer une deuxième et dernière année de stage est suffisamment motivé.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 5 du décret du 4 juillet 1972 relatif au statut particulier des professeurs certifiés, dans sa rédaction applicable : " Les professeurs certifiés sont recrutés : 1° Parmi les candidats qui ont satisfait aux épreuves du certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement du second degré ou du certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement technique ". Aux termes de l'article 6 du même décret : " Le certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement du second degré est délivré aux candidats qui, ayant subi avec succès les épreuves d'un concours externe ou d'un concours externe spécial ou d'un concours interne ou d'un troisième concours, ont accompli un stage d'une durée d'une année évalué dans les conditions prévues à l'article 24 ". Et aux termes de l'article 24 : " Les candidats reçus aux concours (), et remplissant les conditions de nomination dans le corps, sont nommés fonctionnaires stagiaires et affectés pour la durée du stage dans une académie par le ministre chargé de l'éducation. Le stage a une durée d'un an. Ses prolongations éventuelles sont prononcées par le recteur de l'académie dans le ressort de laquelle il est accompli. (). Les modalités du stage et les conditions de son évaluation par un jury sont arrêtées conjointement par le ministre chargé de l'éducation et par le ministre chargé de la fonction publique ". Aux termes de l'article 26 : " A l'issue du stage, la titularisation est prononcée par le recteur de l'académie dans le ressort de laquelle le stage est accompli, sur proposition du jury mentionné à l'article 24. () Les stagiaires qui n'ont pas été titularisés peuvent être autorisés par le recteur de l'académie dans le ressort de laquelle ils ont accompli leur stage à effectuer une seconde année de stage ;(). Les stagiaires qui n'ont pas été autorisés à accomplir une seconde année de stage ou qui, à l'issue de la seconde année de stage, n'ont pas été titularisés sont soit licenciés par le ministre chargé de l'éducation nationale, soit réintégrés dans leur corps ou cadre d'emplois d'origine s'ils avaient la qualité de fonctionnaire ".

5. D'autre part, aux termes de l'article 1 de l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation de certains personnels enseignants et d'éducation de l'enseignement du second degré stagiaires : " Les modalités de stage () des professeurs certifiés () ainsi que leurs modalités d'évaluation du stage et de titularisation sont fixées par le présent arrêté ". Aux termes de l'article 4 du même arrêté : " Il est constitué un jury académique par corps d'accès de cinq à huit membres nommés par le recteur. Le recteur ou son représentant préside le jury. A la demande de son président, le jury peut se constituer en groupes d'examinateurs en fonction des effectifs. Le vice-président et les autres membres du jury sont choisis parmi les membres des corps d'inspection, les chefs d'établissement, les enseignants-chercheurs, les professeurs des écoles et les formateurs académiques. Le jury académique est composé de membres qui ne sont pas affectés dans l'établissement d'enseignement supérieur chargé d'assurer la formation des stagiaires de l'académie. Lorsque le président du jury se trouve dans l'impossibilité de poursuivre sa mission, le vice-président lui succède sans délai dans cette fonction. Chaque jury académique institué pour une session demeure compétent jusqu'à la date à laquelle est nommé le jury de la session suivante. Les stagiaires bénéficiant d'une prolongation de stage et qui n'ont pas pu être évalués à cette date le sont par le nouveau jury compétent ".

6. Mme B C, précédemment admise à la session 2017 du concours de recrutement de professeurs certifiés dans la discipline " Lettres modernes " et qui, après une année de stage, a été licenciée à la suite de l'avis défavorable à sa titularisation et au renouvellement de son stage du jury académique le 29 juin 2018, fait valoir qu'un membre du jury qu'elle n'identifie pas, simultanément président du jury de titularisation du 5 juillet 2021 et membre du jury académique de la session 2017/2018 qui avait rendu un avis défavorable à sa titularisation, a pu faire preuve de partialité. Elle ne l'établit pas cependant, ces écritures hypothétiques manquant de précision. Ainsi, la seule présence du président dans le jury académique ne peut être regardée comme étant de nature, à elle seule, à caractériser un manque d'impartialité de ce jury. En outre, la circonstance qu'un membre de jury connaisse un candidat ne suffit pas à justifier qu'il s'abstienne de participer aux délibérations de ce jury. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que le jury qui, le 5 juillet 2021, a émis un avis défavorable à la titularisation de la requérante ainsi qu' un avis défavorable à ce qu'elle effectue une seconde et dernière année de stage aurait été composé en méconnaissance des dispositions de l'article 4 de l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation de certains personnels enseignants et d'éducation de l'enseignement du second degré stagiaires. Par suite, le moyen tiré de la partialité du jury doit être écarté.

7. En troisième lieu, Mme B C fait valoir qu'elle dispose de toutes les qualifications requises pour être titularisée dès lors qu'elle enseigne depuis les années 90 et qu'elle a acquis de ce fait une solide expérience dans l'enseignement. Il ressort cependant des pièces du dossier, et notamment des rapports concordants de visite d'inspection effectuées les 22 mars 2021 et 20 mai 2021 que si Mme B s'investit dans ses missions et réfléchit à son enseignement, ses démarches n'assurent pas comme elles le devraient la formation des élèves, l'intéressée ne parvenant pas à remettre en cause les défaillances de sa pratique professionnelle. Son enseignement est confus, ses compétences insuffisantes, Mme B C ne maîtrisant pas les contenus disciplinaires et leur didactique et éprouvant des difficultés à s'engager dans une démarche individuelle et collective de développement professionnel. Enfin, Mme B C, entendue à deux reprises par le jury académique le 28 juin 2021 et le 5 juillet 2021 s'est montrée incapable, lors de ces entretiens, de prendre le recul nécessaire pour analyser sa pratique pédagogique, démontrant ne pas être consciente des compétences attendues d'un professeur pour pouvoir lui confier une classe en responsabilité. Les avis défavorables établis à l'issue de ces entretiens, corroborant les conclusions des rapports de visite d'inspection font ainsi état, de façon convergente, de l'incapacité de la requérante à progresser dans l'acquisition des compétences nécessaires à l'exercice du métier de professeur et concluent à l'inutilité d'une année de stage supplémentaire.

8. Dans ces conditions, compte tenu de l'insuffisante maîtrise par la requérante des compétences attendues d'un professeur qui ne permettait pas d'en envisager l'acquisition pendant une seconde année de stage, il ne ressort pas des pièces du dossier que le jury académique, en émettant un avis défavorable à sa titularisation, ou le recteur, en lui refusant l'autorisation d'une seconde année de stage, auraient entaché leur appréciation de ses mérites professionnels d'une erreur manifeste.

9. Dès lors que Mme B C n'a pas été titularisée ni autorisée à accomplir une seconde année de stage, le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports se trouvait en situation de compétence liée pour prononcer le 23 juillet 2021 son licenciement. Par suite les moyens de la requérante tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation directement dirigés contre la décision attaquée ne peuvent qu'être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B C tendant à l'annulation de la décision ministérielle portant licenciement en date du 23 juillet 2021, et du rejet implicite de son recours gracieux contre cette décision doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requérante n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction doivent dès lors être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une somme au titre des frais exposés par Mme B C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B C et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie ne sera adressée au recteur de l'académie de Paris

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ladreyt, président,

Mme Kanté, première conseillère,

M. Coz, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 avril 2023.

La rapporteure,

C. KantéLe président,

J.P. Ladreyt

La greffière,

V. Lagrède

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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