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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2201566

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2201566

vendredi 6 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2201566
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantDELORME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 janvier 2022, M. C B, représenté par Me Delorme, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 octobre 2021 du préfet de police rejetant sa demande de regroupement familial au bénéfice de son fils ;

2°) d'enjoindre au préfet de police d'autoriser le regroupement familial sollicité, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de cette demande, aux mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, Me Delorme renonçant, le cas échéant, à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision portant refus de regroupement familial est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur de droit, d'erreur de fait et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des Nations Unies relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 9 novembre 2022 la clôture d'instruction a été fixée au 24 novembre 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des Nations Unies relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Kanté, première conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant malien né le 1er janvier 1968, entré en France, selon ses déclarations, en 1999, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en juillet 2027, a effectué le 1er décembre 2020, auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, une demande de regroupement familial partiel au bénéfice d'un de ses fils né le 17 février 2003 sur le fondement des dispositions de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 18 octobre 2021, le préfet de police a rejeté sa demande tendant à obtenir le bénéfice du regroupement familial au profit d'un de ses fils, mineur. M. B demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant et mentionne les articles L. 434-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il indique, en outre, que M. B a sollicité un regroupement partiel au profit d'un de ses fils né le 17 février 2003 à Bamako, son épouse et ses huit autres enfants mineurs, nés entre 2004 et 2016 restant au pays et qu'il n'est pas démontré l'intérêt supérieur de son fils d'être séparé de sa mère et de ses frères et sœurs avec lesquels il vivait jusqu'à présent. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué est suffisamment motivé pour permettre à M. B d'en discuter utilement les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, qui s'apprécie indépendamment de la pertinence des motifs retenus par son auteur, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen particulier de la demande de regroupement familial de M. B.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4. Un regroupement partiel peut toutefois être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants ". A aux termes de l'article L. 434-2 du même code : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévu par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans ".

5. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le regroupement familial doit concerner, en principe, l'ensemble de la famille du ressortissant étranger qui demande à en bénéficier et qu'un regroupement familial partiel ne peut être autorisé à titre dérogatoire que si l'intérêt des enfants en cause le justifie.

6. M. B soutient qu'il souffre de problèmes de santé occasionnés par de graves douleurs au genou, ce dont il ne justifie pas par les pièces qu'il produit, et que la présence à ses côtés de son fils est nécessaire pour l'aider dans ses démarches quotidiennes et ne pas être contraint d'arrêter son activité professionnelle. Toutefois, ce seul élément n'établit pas en quoi il serait dans l'intérêt de son fils mineur de venir le rejoindre en France, en quittant durablement sa mère, ses autres onze frères et sœurs et son pays d'origine où il a toujours vécu depuis sa naissance. Par suite et quand bien même M. B réside régulièrement en France depuis le

12 avril 2001, date de l'obtention de son premier titre de séjour, justifie d'un travail stable, et disposerait des ressources et du logement nécessaire pour prendre entièrement en charge son fils, il n'est cependant pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions précitées.

7. En quatrième lieu, son moyen tiré de l'erreur de fait n'est pas assorti des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. M. B, qui a toujours vécu en France sans son épouse et sans ses enfants, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale et qu'elle méconnaît ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale.

10. Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant :

" 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

11. Compte tenu de ce qui a été dit au point 6, M. B qui n'établit pas l'intensité des liens qu'il entretient avec son fils, lequel a jusqu'alors toujours vécu auprès de sa mère et de sa fratrie au Mali, n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B à fin d'annulation de l'arrêté du préfet de police du 18 octobre 2021 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Riou, présidente,

Mme Lambrecq, première conseillère,

Mme Kanté, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 janvier 2023.

La rapporteure,

C. KantéLa présidente,

C. Riou

La greffière,

L. Sueur

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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