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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2201604

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2201604

mercredi 4 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2201604
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5e Section - 3e Chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 janvier et 8 décembre 2022, M. C B, représenté par Me de Seze, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 6 décembre 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder provisoirement les conditions matérielles d'accueil dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et ce depuis le mois de décembre 2021 ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision du 6 décembre 2021 est insuffisamment motivée ;

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit démontrer que sa vulnérabilité a bien été prise en compte en justifiant qu'un entretien d'évaluation a bien été effectué préalablement par un agent qualifié ;

- le contenu du questionnaire d'évaluation fixé par l'arrêté du 23 octobre 2015 ne permet pas d'apprécier la vulnérabilité du demandeur d'asile dès lors qu'aucune question quant à la santé des demandeurs et quant à leur qualité de victime de tortures, de viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle n'est prévue ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a bien envoyé la pièce sollicitée par l'Office ;

- la liste de pièces ne contenait aucune pièce légalement exigible ;

- il n'avait pas compris la teneur de cette liste ;

- il n'avait pas la possibilité de fournir ces documents ;

- la cessation totale des conditions matérielles d'accueil est excessive.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris du 6 avril 2022, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de M. Lamy, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan né le 2 février 2000, a sollicité la reconnaissance de la qualité de réfugié en France ou le bénéfice de la protection subsidiaire et a accepté, le 4 août 2021, l'offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil proposée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le 20 septembre 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu M. B du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le 25 novembre 2021, M. B s'est vu délivrer une attestation de première demande d'asile en procédure normale. Le 6 décembre 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 6 avril 2022, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dès lors, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à son admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, lesquelles sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / () /. La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ".

4. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application et indique que les motifs invoqués par M. B ne permettent pas de justifier des raisons pour lesquelles il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision serait insuffisamment motivée ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, si les dispositions de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile font obligation à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder, à la suite d'un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil, elles n'imposent pas la tenue d'un nouvel entretien préalablement à la décision statuant sur une demande de rétablissement de ce bénéfice. Ainsi, M. B ne saurait utilement soutenir avoir été privé d'un nouvel entretien avant l'intervention de la décision portant refus de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil et le moyen, soulevé par la voie de l'exception, et tiré de l'illégalité de de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandes d'asiles prévu par l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur avant le 1er mai 2021, ne peut qu'être écarté.

6. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier et de ce qui a été relevé précédemment que pour refuser de faire droit à la demande de rétablissement présentée par M. B, l'Office a relevé que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil avait été suspendu au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de fournir les documents demandés et que les motifs qu'il évoquait ne justifiaient pas des raisons pour lesquelles il n'avait pas respecté ses obligations. Par suite, et alors que contrairement à ce que soutient M. B, il lui appartenait de justifier de ses conditions d'hébergement auprès de l'Office, la seule circonstance qu'il n'aurait pas compris la teneur de la demande d'informations qu'il lui a adressée ou qu'il n'était pas en mesure de fournir les pièces justificatives sollicitées ne suffisent pas à démontrer qu'il aurait justifié des raisons pour lesquelles il n'avait pas respecté ses obligations. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation doivent être écartés.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire de M. B.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me de Seze.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Ladreyt, président,

M. Gandolfi, premier conseiller,

Mme Leravat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 janvier 2023.

Le rapporteur,

G. ALe président,

J-P. Ladreyt

La greffière,

L. Sueur

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. / 5-3

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