mardi 19 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2202072 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | DAVID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistré le 27 janvier 2022, Mme C A, représentée par Me David, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 26 juin 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a interdit de sortir du territoire français pour une durée de six mois ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative qui sera versée à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme A soutient que :
- la décision attaquée a été prise en violation du droit d'être entendu dès lors qu'elle n'a pas fait l'objet d'une procédure contradictoire préalable ;
- la décision a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les articles 27 et 30 de la directive 2004/38 ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 décembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L.224-1 du code de la sécurité intérieure " Tout Français peut faire l'objet d'une interdiction de sortie du territoire lorsqu'il existe des raisons sérieuses de penser qu'il projette : / 1° Des déplacements à l'étranger ayant pour objet la participation à des activités terroristes ; / 2° Ou des déplacements à l'étranger sur un théâtre d'opérations de groupements terroristes, dans des conditions susceptibles de le conduire à porter atteinte à la sécurité publique lors de son retour sur le territoire français. / L'interdiction de sortie du territoire est prononcée par le ministre de l'intérieur pour une durée maximale de six mois à compter de sa notification. La décision est écrite et motivée. Le ministre de l'intérieur ou son représentant met la personne concernée en mesure de lui présenter ses observations dans un délai maximal de huit jours après la notification de la décision. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ".
2. Par l'arrêté attaqué du 26 juin 2019, le ministre de l'intérieur a prononcé à l'encontre de Mme A une interdiction de sortie du territoire français d'une durée de six mois sur le fondement des dispositions de l'article L.224-1 du code de la sécurité intérieure.
3. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires réglées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. En l'espèce, il résulte des dispositions de l'article L. 224-1 précitées du code de la sécurité intérieure que l'interdiction de sortie du territoire est soumise à une procédure contradictoire particulière prévoyant que la personne qui fait l'objet d'une telle mesure est invitée à faire valoir ses observations écrites ou orales dans un délai de huit jours à compter de la notification de cette décision. Mme A ne peut donc utilement faire valoir qu'une procédure contradictoire devait être engagée avant l'édiction de la mesure dont elle a fait l'objet et il ressort des pièces du dossier que le ministre de l'intérieur a, par l'article 5 de son arrêté, invité la requérante à présenter des observations écrites ou orales sur la mesure d'interdiction de sortie du territoire prise à son encontre, selon les modalités prévues à l'article L. 224-1 du code de la sécurité intérieure, en lui précisant qu'elle avait la possibilité de se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.
4. En deuxième lieu, le ministre de l'intérieur a édicté cette mesure d'interdiction de sortie du territoire à l'encontre de Mme A pour le motif que cette dernière s'est radicalisée, qu'elle entretient un réseau relationnel pro-jihadiste et qu'il existe des raisons sérieuses de penser qu'elle projette des déplacements à l'étranger de la nature de ceux visés à l'article L. 224-1 du code de la sécurité intérieure.
5. Il ressort des pièces du dossier et notamment d'une note de renseignements qui a été versée aux débats et dont les mentions ne sont pas sérieusement remises en cause par Mme A, que cette dernière a été remarquée dès l'année 2015 notamment en raison de ses contacts suivis avec un combattant jihadiste ayant intégré l'organisation terroriste Etat islamique, pour laquelle il réalisait de la propagande invitant à la commission d'actes violents. Cette note précise que la requérante a entretenu depuis l'enfance une relation avec une femme partie sur la zone de combat syro-irakienne en 2014. Il est également fait état de relations entre la requérante et une femme pro-jihadiste incarcérée pour avoir participé à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte de terrorisme et tentative d'assassinat. Il y est aussi précisé que Mme A s'est mariée religieusement avec un homme proche de la mouvance islamiste radicale, en compagnie duquel elle a été interpelée en Algérie, alors qu'ils tentaient de rejoindre la Libye dans l'objectif d'y intégrer l'organisation terroriste Etat islamique et d'y mener le jihad et qu'après avoir passé trois ans dans les prisons algériennes, Mme A est revenue en France en mars 2019. Ces faits, non sérieusement contestés par la requérante, suffisent à établir l'existence de raisons sérieuses de penser que Mme A projette un déplacement de la nature de ceux visés par les dispositions précitées de l'article L. 224-1 du code de la sécurité intérieure. Par suite, le ministre de l'intérieur a pu à bon droit édicter une interdiction de sortie du territoire de six mois à son encontre sans entacher sa décision d'erreurs de fait ou d'une erreur d'appréciation.
6. En troisième lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir des dispositions des articles 27 et 30 de la directive 2004/38.
7. En dernier lieu, si Mme A soutient que la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'atteinte portée par cette mesure d'interdiction de sortie du territoire à sa vie privée et familiale, n'est pas, dans les circonstances de l'espèce, notamment au regard de sa durée, disproportionnée au regard de l'objectif d'ordre et de sécurité publics poursuivi.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Madame A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Giraudon, présidente rapporteure,
Mme Amat, présidente,
Mme Beugelmans, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.
La présidente-rapporteure,
M.-C. D
L'assesseure la plus ancienne,
N. AMAT
Le greffier,
Y. FADEL
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2201606
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026