jeudi 27 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2203107 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | DAVID |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée sous le n°2203107/5-2 le 9 février 2022,
Mme A D, représentée par Me David, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 14 décembre 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir les conditions matérielles d'accueil à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII et de l'intégration la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle, de lui verser cette somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que:
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une absence de débat contradictoire ;
- elle est entachée d'une atteinte au droit d'asile et méconnaît les articles 17-1 de la directive 2013/33/UE et L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa vulnérabilité.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 mars 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions à fin d'annulation de la décision du 14 décembre 2021 sont irrecevables, dès lors qu'un rejet implicite du recours administratif préalable obligatoire s'y est substitué ;
- les moyens ne sont pas fondés.
Mme D a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du
15 mars 2022.
II. Par une requête, enregistrée sous le n°2203133/5-2 le 9 février 2022,
M. C D, représenté par Me David, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 14 décembre 2021 par laquelle l'OFII a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir les conditions matérielles d'accueil à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle, de lui verser cette somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une absence de débat contradictoire ;
- elle est entachée d'une atteinte au droit d'asile et méconnaît les articles 17-1 de la directive 2013/33/UE et L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa vulnérabilité.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 mars 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions à fin d'annulation de la décision du 14 décembre 2021 sont irrecevables, dès lors qu'un rejet implicite du recours administratif préalable obligatoire s'y est substitué ;
- les moyens ne sont pas fondés.
M. D a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du
9 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique:
- le rapport de M. B,
- et les conclusions de Mme Florence Nikolic, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme D, dont la demande d'asile a été rejetée par les autorités françaises et par la Cour nationale du droit d'asile en 2021, ont été remis par les autorités allemandes le 9 décembre 2021. Le 13 décembre 2021, ils ont demandé un réexamen de leur demande d'asile et de pouvoir bénéficier des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 14 décembre 2021, l'OFII a rejeté leur demande. Par un courrier électronique du 1er février 2022, ils ont formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision. Par une décision du 28 juin 2022, le statut de réfugiés leur a été reconnu. Par la présente requête, M. et Mme D demandent l'annulation de la décision du
14 décembre 2021.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Par des décisions du 9 et du 15 mars 2022, Mme et M. D ont été admis à l'aide juridictionnelle totale. Partant, il n'y a plus lieu de statuer sur leurs conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur la fin de non-recevoir :
4. S'il est saisi de conclusions tendant à l'annulation d'une décision qui ne peut donner lieu à un recours devant le juge de l'excès de pouvoir qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable et si le requérant indique, de sa propre initiative ou le cas échéant à la demande du juge, avoir exercé ce recours et, le cas échéant après que le juge l'y a invité, produit la preuve de l'exercice de ce recours ainsi que, s'il en a été pris une, la décision à laquelle il a donné lieu, le juge de l'excès de pouvoir doit regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours, qui s'y est substituée.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme D ont exercé un recours administratif préalable obligatoire contre la décision du 14 décembre 2021, en application des dispositions de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le rejet implicite de ce recours s'étant substitué à la décision initiale, les requérants doivent être regardés comme demandant l'annulation du rejet implicite de leur recours. Partant, la fin de non-recevoir tiré de l'absence de conclusions à fin d'annulation contre le rejet implicite du recours administratif obligatoire doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
6. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; () / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. " Et aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, () les femmes enceintes (). "
7. En l'espèce, il est constant que, à la date de la décision en litige,
M. et Mme D étaient parents d'un enfant âgé de trois ans et attendaient un enfant, dont la naissance était prévue à la fin du mois d'avril. En outre, il n'est pas contesté qu'ils étaient dépourvus de ressources et de solution d'hébergement pérenne. S'il ne ressort pas des pièces du dossier que ces informations aient été transmises en langue française à l'OFII avant la décision du 14 décembre 2021, elles l'ont toutefois été lors du recours administratif préalable auprès du directeur général de l'OFII, le 1er février 2022. Une telle situation traduit une vulnérabilité au sens des dispositions citées au point précédent. Dans les circonstances de l'espèce, M. et Me D sont dès lors fondés à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. et Mme D sont fondés à demander l'annulation de la décision implicite de rejet de leur recours préalable obligatoire.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
9. Aux termes de l'article L. 551-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour les personnes qui se sont vu reconnaître la qualité de réfugié prévue à l'article L. 511-1 ou accorder le bénéfice de la protection subsidiaire prévue à l'article L. 512-1, le bénéfice de l'allocation prend fin au terme du mois qui suit celui de la notification de la décision. "
10. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme D ont été reconnus réfugiés, par une décision notifiée le 28 juillet 2022. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique donc que M. et Mme D soient rétablis, de manière rétroactive, dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, jusqu'au 31 août 2022, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. M. et Mme D ayant été admis à l'aide juridictionnelle totale, ils peuvent se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'OFII, partie perdante dans la présente instance, la somme globale de 1 000 euros à verser à Me David, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par
M. et Mme D tendant à ce qu'ils soient admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La décision implicite par laquelle du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté le recours administratif préalable obligatoire de M. et Mme D est annulée.
Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au profit de M. et Mme D, jusqu'au 31 août 2022, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera la somme globale de 1 000 euros à Me David, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C D,
Mme A D et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Riou, présidente,
M. Rebellato, premier conseiller,
M. Hélard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.
Le rapporteur, La présidente,
R. HELARD C. RIOU
La greffière,
S. PORRINAS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2203107/5-2, N°2203133/5-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026