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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2203275

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2203275

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2203275
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 février 2022, M. C A, représenté par Me de Sèze, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 9 février 2022 par laquelle le préfet de police a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale en raison de son placement en fuite ;

3°) d'enjoindre au préfet de police d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxe au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est intervenue à la suite d'une décision de prolongation du délai de transfert dont l'Etat de destination n'a pas été informé, en méconnaissance des dispositions de l'article 9 du règlement UE n°1560/2003 du 2 septembre 2003 ;

- il n'a pas été informé des conséquences du manquement à ses obligations de présentation ;

- la décision le plaçant en fuite méconnaît les dispositions de l'article 29 du règlement UE n°604/2013 du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, dès lors qu'il n'a pas pris la fuite.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable ;

- sur le fond, aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

M. A n'a pas été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mai 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le règlement 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 portant modalités d'application du règlement (CE) n°343/2003 du Conseil établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans des États membres par un ressortissant d'un pays tiers ;

- le règlement 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme B.

Par ordonnance du 30 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 11 mai 2022.

M. A a présenté un mémoire le 20 mars 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant afghan, né le 15 janvier 2001, qui a sollicité, pour la première fois, son admission au bénéfice de l'asile le 21 juin 2021, a été placé en procédure dite " Dublin ". Par un arrêté du 13 août 2021, le préfet de police décidait le transfert de l'intéressé aux autorités roumaines qui avaient reconnu être responsables de l'examen de sa demande d'asile. Le 20 octobre 2021, le préfet de police l'a déclaré en fuite, au motif qu'il n'avait pas, le 10 octobre 2021, réalisé le test PCR qui lui avait été demandé dans la perspective de la convocation pour l'exécution de son éloignement le 11 octobre 2021, à laquelle il ne s'est pas rendu. Par une décision du 9 février 2022, le préfet de police a refusé d'enregistrer la demande d'asile présentée par M. A en procédure normale. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande tendant à l'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle

2.Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'introduction de sa requête, la demande d'aide juridictionnelle du requérant a été rejetée par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 24 mai 2022. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant au bénéfice à titre provisoire de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes du paragraphe 2 de l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003, modifié par le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 : " Il incombe à l'État membre qui, pour un des motifs visés à l'article 29, paragraphe 2, du règlement (UE) n° 604/2013, ne peut procéder au transfert dans le délai normal de six mois à compter de la date de l'acceptation de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée, ou de la décision finale sur le recours ou le réexamen en cas d'effet suspensif, d'informer l'État responsable avant l'expiration de ce délai. À défaut, la responsabilité du traitement de la demande de protection internationale et les autres obligations découlant du règlement (UE) n° 604/2013 incombent à cet État membre conformément aux dispositions de l'article 29, paragraphe 2, dudit règlement ". Il ressort des pièces du dossier, notamment des éléments fournis par le préfet de police que celui-ci a informé les autorités roumaines de la prolongation du délai de transfert par un courrier du 20 octobre 2021 notifié le 19 novembre suivant. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers : " 1. Le transfert du demandeur ou d'une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), de l'État membre requérant vers l'État membre responsable s'effectue conformément au droit national de l'État membre requérant, après concertation entre les États membres concernés, dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27, paragraphe 3. () ; / 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté () à dix-huit-mois au maximum si la personne concernée prend la fuite. () ".

5. Contrairement aux allégations du requérant, il ressort des pièces du dossier, que le requérant a reçu, lors de la notification de la décision portant transfert aux autorités roumaines, des brochures d'informations notamment sur les règlements communautaires et ce dans une langue qu'il comprend, ainsi que cela résulte du résumé de l'entretien individuel établi le 13 août 2021.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat qu'elle entend requérir, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il est procédé à l'enregistrement de la demande selon les modalités prévues au chapitre I du titre II. Une attestation de demande d'asile est délivrée au demandeur selon les modalités prévues à l'article L. 521-7. Elle mentionne la procédure dont il fait l'objet. Elle est renouvelable durant la procédure de détermination de l'Etat responsable et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet Etat. Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre Etat ". Aux termes de l'article L. 573-1 du même code : L'étranger pour lequel l'autorité administrative estime que l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la fin de la procédure de détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet Etat ". Enfin, aux termes de l'article R. 573-2 de ce code : " L'attestation de demande d'asile peut être retirée ou ne pas être renouvelée lorsque l'étranger se soustrait de manière intentionnelle et répétée aux convocations ou contrôles de l'autorité administrative en vue de faire échec à l'exécution d'une décision de transfert ". Il résulte clairement de ces dispositions que le transfert vers l'Etat membre responsable peut avoir lieu pendant une période de six mois à compter de l'acceptation de la demande de prise en charge et est susceptible d'être portée à dix-huit mois si l'intéressé " prend la fuite ", cette notion devant s'entendre comme visant le cas où un ressortissant étranger se serait soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant. Tel est le cas notamment s'il se soustrait intentionnellement à l'exécution d'un transfert organisé en refusant un test PCR obligatoire pour l'entrée effective sur le territoire de l'Etat membre responsable, dès lors qu'il avait connaissance des conséquences d'un refus de sa part et qu'il ne fait état d'aucune raison médicale particulière justifiant une absence de consentement à la réalisation du test.

7. Il ressort des pièces du dossier, que la mesure de transfert du requérant vers la Roumanie n'a pas pu être exécutée, en raison de la soustraction du requérant à un premier test PCR le 10 octobre 2021, à la suite de quoi il a été placé en fuite et les autorités roumaines informées de la prolongation du délai de transfert. Dans ces circonstances, c'est sans erreur manifeste d'appréciation que le préfet a estimé que le requérant devait être regardé comme s'étant soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à son éloignement en ne se présentant ni à l'Hôtel-Dieu, où il avait été convoqué pour la réalisation d'un test PCR le 10 octobre 2021, ni, le lendemain, dans les locaux de la préfecture de police où il devait se rendre muni des résultats de son test pour, le cas échéant, être reconduit vers la Roumanie.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de police, que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête à fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A, au préfet de police et à Me de Sèze.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Fouassier, président,

Mme Belkacem, première conseillère,

Mme Marchand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

La rapporteure,

N. B

Le président,

C. FOUASSIER

La greffière,

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2203275/2-3

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