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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2203350

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2203350

vendredi 15 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2203350
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET CASSEL (SELAFA)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 février 2022, M. F D, représenté par la société d'exercice libéral à forme anonyme (SELAFA) cabinet Cassel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2022 par lequel la maire de Paris lui a infligé la sanction disciplinaire du licenciement ;

2°) d'enjoindre à la ville de Paris de le réintégrer à compter du 1er février 2022 et d'effacer toute mention de cette sanction et des poursuites disciplinaires dirigées contre lui de son dossier administratif et de tout autre fichier, dans un délai à déterminer et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la ville de Paris une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- le principe d'impartialité a été méconnu dès lors que deux des trois agents ayant mené l'enquête administrative étaient des supérieurs hiérarchiques ;

- le principe non bis in idem a été méconnu dès lors qu'il est passé deux fois devant le conseil de discipline à raison des mêmes faits ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de fait ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation, l'administration n'ayant pas tenu compte de son handicap mental.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 avril 2022, la ville de paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires,

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale,

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale,

- le décret n° 94-415 du 24 mai 1994 portant dispositions statutaires relatives aux personnels des administrations parisiennes,

- le décret n° 2016-1858 du 23 décembre 2016 relatif aux commissions consultatives paritaires des agents contractuels de la fonction publique territoriale,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les conclusions de Mme Mauclair, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F D, agent technique des écoles de 2ème classe contractuel, affecté à la direction des affaires scolaires (DASCO) de la ville de Paris, a fait l'objet d'une procédure disciplinaire à l'issue de laquelle la maire de Paris lui a infligé la sanction disciplinaire du licenciement par un arrêté du 13 janvier 2022. Par la présente requête, il demande l'annulation de cette sanction.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par Mme E C, sous-directrice des carrières à la direction des ressources humaines, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature consentie par un arrêté du 1er février 2021 régulièrement publié au bulletin officiel de la ville de Paris du 5 février 2021. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué manque donc en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la ville de Paris a diligenté une enquête administrative sur les agissements reprochés à M. D, laquelle a été menée par Mme D., cheffe de la circonscription des affaires scolaires et de la petite enfance des 8e, 9e et 10e arrondissements, Mme M., responsable de section de gestion décentralisée, et M. A, responsable de la mission " enquêtes administratives et amélioration des pratiques internes " à la direction des ressources humaines. Si M. D fait valoir que deux de ces trois agents sont ses supérieurs hiérarchiques, cette seule circonstance n'est pas, par elle-même, de nature à établir qu'ils auraient fait preuve de partialité à son égard, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils auraient eu une animosité particulière envers lui. Par ailleurs M. D ne peut utilement se prévaloir de la " méthodologie de l'enquête administrative à l'intention des directions " élaborée par la ville de Paris. En tout état de cause, M. D ne donne aucune précision quant aux relations qu'il aurait eues avec les deux enquêteurs qu'il décrit comme ses supérieurs hiérarchiques. Le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'impartialité doit, dans ces conditions, être écarté.

4. En troisième lieu, il découle du principe général du droit selon lequel une autorité administrative ne peut sanctionner deux fois la même personne à raison des mêmes faits qu'une autorité administrative qui a pris une première décision définitive à l'égard d'une personne qui faisait l'objet de poursuites à raison de certains faits, ne peut ensuite engager de nouvelles poursuites à raison des mêmes faits en vue d'infliger une sanction. Cette règle s'applique tant lorsque l'autorité avait initialement infligé une sanction que lorsqu'elle avait décidé de ne pas en infliger une. M. D soutient que la sanction litigieuse méconnaît le principe non bis in idem dès lors que les faits qui lui sont reprochés ont déjà donné lieu à une procédure disciplinaire conclue par une réunion du conseil de discipline le 30 janvier 2019. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'était prévu, le 30 janvier 2019, non une réunion du conseil de discipline, mais un simple entretien, qui a du reste été reporté au 12 mars 2019. En tout état de cause, il est constant qu'aucune décision n'a été prise à la suite de cet entretien, qui ne concernait d'ailleurs pas des faits exactement similaires. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe non bis in idem ne peut qu'être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 36 du décret n° 88-145 du 15 février 1988 : " Tout manquement au respect des obligations auxquelles sont assujettis les agents publics, commis par un agent contractuel dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions est constitutif d'une faute l'exposant à une sanction disciplinaire, sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par le code pénal. " L'article 36-1 du même décret dispose : " Les sanctions disciplinaires susceptibles d'être appliquées aux agents contractuels sont les suivantes : / 1° L'avertissement ; / 2° Le blâme ; / 3° L'exclusion temporaire des fonctions avec retenue de traitement pour une durée maximale de six mois pour les agents recrutés pour une durée déterminée et d'un an pour les agents sous contrat à durée indéterminée ; / 4° Le licenciement, sans préavis ni indemnité de licenciement. / Toute décision individuelle relative aux sanctions disciplinaires autres que l'avertissement et le blâme est soumise à consultation de la commission consultative paritaire prévue à l'article 136 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée. La décision prononçant une sanction disciplinaire doit être motivée. " Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

6. Pour prononcer à l'encontre de M. D la sanction du licenciement, la maire de Paris s'est fondée notamment sur les motifs tirés de ce que M. D a eu de façon récurrente, à compter du début de l'année 2019, une attitude inadaptée, irrespectueuse, grossière et déplacée vis-à-vis de son entourage professionnel, qu'il a tenu à plusieurs reprises des propos provocants et vulgaires, sexistes, racistes et humiliants, qu'outre ce comportement inapproprié, sa manière de servir est insuffisante, qu'il ne respecte ni ses horaires de travail, ni les consignes de sa hiérarchie, et que sa situation de handicap ne le dispense pas de respecter ses collègues et les règles d'organisation du travail et de fonctionnement de son environnement professionnel.

7. Si M. D soutient que les griefs formulés contre lui manquent en fait, il ressort des pièces du dossier, notamment des auditions menées dans le cadre de l'enquête administrative, qu'ils sont au contraire établis par des témoignages nombreux, précis et concordants. Par ailleurs les deux certificats signés par des collègues de M. D attestant que ce dernier entretenait avec eux de bonnes relations ne sont pas relatifs aux faits pour lesquels il a été sanctionné, mais à des démêlés qu'il a eus dans une précédente affectation à l'école Boulle, dans le 12e arrondissement, en 2012. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit, dès lors, être écarté.

8. En cinquième et dernier lieu, M. D fait valoir que la sanction qui lui a été infligée est manifestement inadaptée à sa situation de travailleur handicapé, laquelle aurait justifié, plutôt qu'une sanction disciplinaire, un reclassement sur un poste tenant compte de son handicap. Il se prévaut à cet effet de plusieurs certificats médicaux attestant qu'il souffre de troubles de l'humeur et du comportement et préconisant une procédure de reclassement sur un poste hors milieu scolaire. Toutefois, d'une part, les troubles psychiques dont souffre M. D ne permettent pas de l'exonérer de sa responsabilité à raison des agissements récurrents, voire systématiques, qui lui sont reprochés, notamment les propos déplacés et les insultes à ses collègues de sexe féminin, et l'insuffisance de sa manière de servir, lesquels agissements, qui revêtent un caractère fautif, sont de nature à justifier la sanction en litige. D'autre part, M. D ne peut utilement soutenir que l'administration aurait méconnu son obligation d'engager une procédure de reclassement dès lors qu'une telle obligation ne pèse sur elle, en application des dispositions de l'article 13 du décret n° 88-145 du 15 février 1988, que dans le cas où un fonctionnaire se trouve, à l'issue d'un congé de maladie, atteint d'une inaptitude physique à exercer son emploi. Au demeurant, il n'est ni établi ni même allégué que M. D aurait sollicité un reclassement professionnel. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige serait entaché d'une erreur d'appréciation doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F D et à la ville de Paris.

Délibéré après l'audience du 7 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Dalle, président,

Mme Belkacem, première conseillère,

M. Mazeau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2022.

L'assesseur le plus ancien,

N. BELKACEMLe président rapporteur,

D. B

La greffière,

M.-C. POCHOT

La République mande et ordonne au préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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