lundi 15 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2204083 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | KEMPF |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 février 2022, M. A B, représenté par Me Kempf, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2021 par lequel le ministre de l'intérieur et le ministre de l'économie, des finances et de la relance, ont renouvelé, pour une durée de six mois, le gel de ses fonds, instruments financiers et ressources économiques en application des articles L. 562-2 et suivants du code monétaire et financier ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, en ce que les ministres ont fondé leur décision sur des éléments antérieurs à la mesure de gel initiale, et antérieurs à la décision attaquée ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'il conteste l'ensemble des éléments mentionnés, et que les faits qui lui sont reprochés ne sont pas susceptibles de faciliter ou d'inciter à la commission d'acte de terrorisme ;
- elle porte atteinte à sa liberté d'association.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.
La requête a été communiqué au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, qui n'a pas présenté d'observations.
Par ordonnance du 17 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 21 avril 2023.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
- le règlement (CE) n° 2580/2001 du Conseil du 27 décembre 2001 ;
- la position commune 2001/931/PESC du Conseil du 27 décembre 2001 ;
- le code monétaire et financier ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision n° 2015-524 QPC du 2 mars 2016 du Conseil constitutionnel ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Alidiere, rapporteure publique,
- et les observations de Me Gauthier, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 12 juin 2019, le ministre de l'économie et des finances et le ministre de l'intérieur ont, en application de l'article L. 562-2 et suivants du code monétaire et financier, imposé pour une période de six mois le gel des fonds et ressources économiques possédés, détenus ou contrôlés par M. B, de nationalité turque. Par des arrêtés du 3 juillet 2020, du 15 avril 2021, et, en dernier lieu, du 14 décembre 2021, publié au Journal officiel de la République française le 16 décembre suivant, les ministres concernés ont renouvelé le gel des avoirs de M. B pour une durée de 6 mois. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 14 décembre 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 562-2 du code monétaire et financier : " Le ministre chargé de l'économie et le ministre de l'intérieur peuvent décider, conjointement, pour une durée de six mois, renouvelable, le gel des fonds et ressources économiques : / 1° Qui appartiennent à, sont possédés, détenus ou contrôlés par des personnes physiques ou morales, ou toute autre entité qui commettent, tentent de commettre, facilitent ou financent des actes de terrorisme, y incitent ou y participent () ". Aux termes de l'article L. 562-1 du même code : " Pour l'application du présent chapitre, on entend par : / 1° "Acte de terrorisme": les actes définis au 4° de l'article 1er du règlement (UE) no 2580/2001 du Conseil du 27 décembre 2001 concernant l'adoption de mesures restrictives spécifiques à l'encontre de certaines personnes et entités dans le cadre de la lutte contre le terrorisme ; () ". Ces dispositions renvoient elles-mêmes à la définition qui figure à l'article 1er, paragraphe 3, de la position commune 2001/931/PESC, aux termes duquel : " Aux fins de la présente position commune, on entend par "acte de terrorisme", l'un des actes intentionnels suivants, qui, par sa nature ou son contexte, peut gravement nuire à un pays ou à une organisation internationale, correspondant à la définition d'infraction dans le droit national, lorsqu'il est commis dans le but de : / i) gravement intimider une population, ou / ii) contraindre indûment des pouvoirs publics ou une organisation internationale à accomplir ou à s'abstenir d'accomplir un acte quelconque, ou / iii) gravement déstabiliser ou détruire les structures fondamentales politiques, constitutionnelles, économiques ou sociales d'un pays ou d'une organisation internationale : / a) les atteintes à la vie d'une personne, pouvant entraîner la mort ; / b) les atteintes graves à l'intégrité physique d'une personne ; / c) l'enlèvement ou la prise d'otage ; / d) le fait de causer des destructions massives à une installation gouvernementale ou publique, à un système de transport, à une infrastructure, y compris un système informatique, à une plate-forme fixe située sur le plateau continental, à un lieu public ou une propriété privée susceptible de mettre en danger des vies humaines ou de produire des pertes économiques considérables ; / e) la capture d'aéronefs, de navires ou d'autres moyens de transport collectifs ou de marchandises ; / f) la fabrication, la possession, l'acquisition, le transport, la fourniture ou l'utilisation d'armes à feu, d'explosifs, d'armes nucléaires, biologiques ou chimiques ainsi que, pour les armes biologiques ou chimiques, la recherche et le développement ; / g) la libération de substances dangereuses, ou la provocation d'incendies, d'inondations ou d'explosions, ayant pour effet de mettre en danger des vies humaines ; /h) la perturbation ou l'interruption de l'approvisionnement en eau, en électricité ou toute autre ressource naturelle fondamentale ayant pour effet de mettre en danger des vies humaines ; / i) la menace de réaliser un des comportements énumérés aux point a) à h) ; / j) la direction d'un groupe terroriste ; / k) la participation aux activités d'un groupe terroriste, y compris en lui fournissant des informations ou des moyens matériels, ou toute forme de financement de ses activités, en ayant connaissance que cette participation contribuera aux activités criminelles du groupe. / Aux fins du présent paragraphe, on entend par "groupe terroriste", l'association structurée, de plus de deux personnes, établie dans le temps, et agissant de façon concertée en vue de commettre des actes terroristes. Les termes "association structurée" désignent une association qui ne s'est pas constituée par hasard pour commettre immédiatement un acte terroriste et qui n'a pas nécessairement de rôles formellement définis pour ses membres, de continuité dans sa composition ou de structure élaborée. ".
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
4. L'arrêté attaqué vise le code monétaire et financier, en particulier son article
L. 562-2, sur le fondement duquel il a été pris. Il mentionne, en outre, l'activité militante du requérant au sein du PKK, et les circonstances de fait qui ont conduit l'autorité administrative à considérer qu'il devait être regardé comme facilitant la commission d'actes de terrorisme et ayant justifié la mesure de gel d'avoirs. Si le requérant soutient que l'arrêté n'identifie pas les actes de terrorisme qu'il financerait ou faciliterait, cette circonstance n'est pas de nature à constituer un défaut de motivation, dès lors que cet arrêté, qui est une mesure de police administrative, vise ainsi à prévenir la commission d'actes de terrorisme. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il appartient aux ministres compétents de vérifier que les conditions justifiant le prononcé d'une mesure de gel des avoirs d'un individu sont toujours satisfaites lors de son renouvellement, en prenant en compte, le cas échéant, les éléments nouveaux justifiant la prorogation de la mesure initiale.
6. Aucune disposition législative ni aucun principe ne s'oppose à ce que les faits relatés par les " notes blanches " versées au débat contradictoire et qui ne sont pas sérieusement contestés, soient susceptibles d'être pris en considération par le juge administratif.
7. Il ressort des pièces du dossier que, malgré trois premières mesures de gel de ses avoirs pour une durée de six mois imposées par trois arrêtés des 12 juin 2019, 3 juillet 2020 et 15 avril 2021, M. B a poursuivi ses activités en faveur du PKK ; il a ainsi, le 9 mai 2021, participé à un rassemblement non déclaré devant la mairie de Corbeil-Essonnes en vue d'obtenir la libération d'Abdullah Ocalan, il a participé à la campagne participative du financement du nouvel institut de réflexion et d'études sur le Kurdistan (IREK), association loi 1901 créée en juin 2020, et il a été, le 11 juillet 2021, lors d'un rassemblement qui s'est tenu en Allemagne, confirmé dans son rôle de membre du conseil de discipline du PKK, qui est un tribunal interne au PKK au niveau européen chargé de régler les conflits internes à la communauté et de juger les individus considérés comme " récalcitrants " à la cause. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision de renouvellement du gel de ses avoirs serait entachée d'une erreur de droit.
8. En troisième lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier, et notamment des éléments précis et circonstanciés figurant dans les quatre " notes blanches " versées au débat contradictoire, que M. B, après avoir été élu, en 2014, co-président de l'association de la communauté démocratique kurde de Villeneuve-Saint-Georges, a été élu co-président le 7 mai 2016 du Conseil démocratique kurde en France (CDK-F), qui apparaît comme la façade légale en France du PKK. Parallèlement à ces fonctions, qu'il a exercées jusqu'au 5 mai 2019, M. B a été désigné en 2018 comme membre du Parlement du Congrès de la société démocratique du Kurdistan en Europe (KCDK-E), confédération dont le CDK-F est l'une des organisations membres et qui apparaît comme étant la structure européenne du PKK. Il participe régulièrement à des réunions et des manifestations du CDK-F à destination de la communauté kurde dans toute la France, et a notamment co-présidé la réunion annuelle du CDK-F à Marseille le 3 mars 2019, et assisté le 29 septembre 2019 au sein du CDK-F d'Arnouville (95) à une réunion du congrès des cadres et présidents d'organisations kurdes sous l'égide du responsable clandestin du PKK pour la France. Le 12 septembre 2020, M. B a organisé, à Bruxelles, une réunion interne du Parlement du KCDK-E, et a relayé, lors d'une réunion du CDK-F à Paris le 4 octobre 2020, les consignes transmises aux cadres européens du PKK à cette occasion. En application de ces consignes, il a été désigné comme responsable de la création de coopératives par domaine d'activité, gérées par des membres du PKK, visant à faciliter et à améliorer les techniques de blanchiment des fonds de la Kampanya. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 7, M. B a poursuivi ses activités au sein de et en faveur du PKK postérieurement à la dernière mesure de gel d'avoirs dont il avait fait l'objet le 15 avril 2021. Si le requérant conteste l'ensemble de ces faits comme n'étant pas étayés par des éléments précis et circonstanciés, il n'apporte aucun élément permettant contester sérieusement ces informations.
9. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et notamment des éléments précis et circonstanciés figurant dans les " notes blanches " versées au débat contradictoire, que le PKK est une organisation politique qui mène des actions terroristes et est inscrite sur la liste des organisations terroristes de l'Union européenne, qu'elle est particulièrement active en Turquie, où des organisations qui lui sont affiliées revendiquent des attaques terroristes, qu'elle est également active en Europe, et particulièrement en France, où elle mène notamment d'importantes collectes de fonds, basées sur la menace et la violence à l'encontre de la communauté kurde, et où elle recrute et entraîne des individus afin de les envoyer sur les zones de combat des Kurdes. Par suite, les activités du requérant en soutien du PKK sont comprises dans la définition précitée de l'article 1err, paragraphe 3, de la position commune 2001/931/PESC à laquelle renvoient, par l'intermédiaire du 4° de l'article 1er du règlement (UE) précité n° 2580/2001 du Conseil du 27 décembre 2001, les dispositions de l'article L. 562-1 du code monétaire et financier. Il suit de là que le moyen tiré de ce que le ministre de l'économie et des finances et le ministre de l'intérieur, en estimant que M. B devait être regardé comme facilitant la commission d'actes de terrorisme et en prononçant, pour ce motif, le renouvellement du gel de ses avoirs pour une durée de six mois, auraient commis une erreur de fait ou une erreur d'appréciation, doit être écarté.
10. En dernier lieu, si le requérant fait valoir que la décision attaquée, qui évoque ses fonctions au sein du CDK-F, du KCDK-E, ainsi que du centre démocratique de la communauté kurde de Marseille, toutes trois associations loi 1901, porte atteinte à sa liberté d'association, l'arrêté attaqué, qui se fonde sur les activités de l'intéressé en tant que cadre du PKK pour prononcer une mesure de gel de ses avoirs pour une durée de six mois, n'a pas pour objet de limiter sa liberté d'association. Par suite, ce moyen est inopérant et ne peut qu'être écarté.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté conjoint du ministre de l'économie et des finances et du ministre de l'intérieur du 14 décembre 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 24 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Le Roux, présidente,
Mme Madé, première conseillère,
Mme Berland, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2023.
La rapporteure,
F. C
La présidente,
M.-O. LE ROUX La greffière,
I. SZYMANSKI
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026