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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2204641

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2204641

mardi 27 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2204641
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre
Avocat requérantIVANOVIC FAUVEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 février 2022, Mme A B, représentée par Me Fauveau Ivanovic, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision implicite de rejet née le 8 janvier 2022 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, et de lui verser rétroactivement les allocations pour demandeur d'asile à compter du 8 novembre 2021 dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation personnelle ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme B soutient que :

- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que l'Office n'a pas procédé à un examen de vulnérabilité ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que l'Office n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle au regard de sa situation de vulnérabilité ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 juin 2022, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B au soutien de ses conclusions à fin d'annulation ne sont pas fondés et qu'il ne peut, en tout état de cause être fait droit à ses conclusions à fin d'injonction dès lors que la requérante, qui a obtenu le bénéfice de la procédure subsidiaire par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 31 janvier 2022, n'a plus la qualité de demandeur d'asile.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les conclusions de M. Guérin-Lebacq, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante malienne, née le 5 juin 1995, est entrée sur le territoire français le 18 avril 2018. Elle a présenté une demande d'asile le 23 mai 2019 et a été placée en procédure accélérée en raison du dépôt tardif de sa demande d'asile. Par une décision du même jour l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder les conditions matérielles d'accueil pour ce motif. La demande d'asile de Mme B a été clôturée le 5 juillet 2019. Par une décision du 23 août 2019, il a été procédé à la réouverture de la demande d'asile de Mme B. Par un courrier en date du 8 novembre 2021, alors que sa demande d'asile était toujours en cours d'examen, Mme B a sollicité de nouveau auprès de l'OFII le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une décision de rejet formée le 8 janvier 2022, l'OFII a implicitement rejeté la demande de Mme B. Par la présente requête la requérante demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet par laquelle l'OFII a refusé de lui accorder les conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'obtention du bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Il ressort des pièces du dossier que Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 mars 2022. Par suite les conclusions tendant à l'obtention de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet et il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. / Lors de l'entretien, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale () ".

4. Mme B soutient que l'OFII n'a pas procédé à un examen de sa situation au regard de sa particulière vulnérabilité. Toutefois, l'Office justifie en défense avoir procédé à cet examen lors de la demande initiale présentée le 23 mai 2019 et cet examen n'a pas mis en évidence, à l'époque, que l'intéressée était particulièrement vulnérable. Il ressort en outre des pièces du dossier et en particulier du compte-rendu d'entretien produit en défense que la vulnérabilité de la requérante a de nouveau été examinée, le 15 novembre 2021, avec le concours d'un interprète.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de la décision attaquée que le directeur de l'OFII aurait refusé à Mme B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil sans examiner au préalable sa situation personnelle au regard de sa situation de vulnérabilité.

6. En dernier lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier () les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des certificats médicaux établis en 2019 et 2021 faisant état des lésions que présente Mme B depuis des violences conjugales subies en 2014, que l'intéressée se trouvait, à la date de la décision implicite contestée dans une situation de particulière vulnérabilité. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'elle bénéficie d'un hébergement depuis mars 2021. Par suite, en refusant d'accorder à Mme B les conditions matérielles d'accueil, l'OFII n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède, que la requête de Mme B doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à ce qu'il soit accordé à Mme B le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme A B, à Me Fauveau Ivanovic et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Laloye, président,

Mme Roussier, première conseillère,

M. Théoleyre, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2022.

La rapporteure,

S. C

Le président,

P. LaloyeLe greffier,

A. Lemieux

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2204641/6-

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