mercredi 8 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2204718 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CHEMINET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 février et 26 octobre 2022,
M. E A, représenté par Me Cheminet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 septembre 2021 par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre un avertissement, ensemble la décision rejetant implicitement ses recours gracieux et hiérarchique ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que le signataire cet arrêté disposait d'une délégation de signature régulièrement publiée ;
- il n'a pas été en mesure de présenter des observations écrites ou orales ;
- cet arrêté est entaché d'une erreur de faits ;
- la société civile immobilière qu'il a constituée avec son épouse a pour objet la gestion de son patrimoine immobilier ;
- il n'a commis aucune faute disciplinaire ;
- la sanction est, en tout état de cause, disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 26 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 novembre 2022 en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligation des fonctionnaires ;
- la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;
- le décret n°84-961 du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'Etat ;
- le décret n° 95-654 du 9 mai 1995 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires actifs des services de la police nationale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :
- le rapport de M. C,
- et les conclusions de M. Lamy, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. E A, brigadier de la police nationale, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 2 septembre 2021 par lequel le préfet de police lui a infligé un avertissement, ensemble les décisions rejetant implicitement ses recours gracieux et hiérarchique formés les 20 octobre et 15 novembre 2021.
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le signataire de l'arrêté attaqué, Mme D B, directrice de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne, disposait d'une délégation de signature qui lui a été concédée par un arrêté du préfet de police n°2021-00722 du 22 juillet 2021, publié au recueil des actes administratifs spécial
n°75-2021-379 du même jour aux fins de signer notamment les arrêtés de sanctions disciplinaires du premier groupes infligés aux fonctionnaires du corps d'encadrement et d'application de la police nationale placés sous son autorité. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'un vice d'incompétence manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 visée ci-dessus : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination. / () / Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'administration doit informer le fonctionnaire de son droit à communication du dossier. Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe par les dispositions statutaires relatives aux fonctions publiques de l'Etat, territoriale et hospitalière ne peut être prononcée sans consultation préalable d'un organisme siégeant en conseil de discipline dans lequel le personnel est représenté. ".
4. D'une part, si les dispositions de l'article 3 du décret du 25 octobre 1984 prévoient que le fonctionnaire poursuivi peut présenter devant le conseil de discipline des observations écrites ou orale, ni ces dispositions, qui ne s'appliquent que devant le conseil de discipline, dont il est constant que, en l'espèce, la consultation, qui n'est pas obligatoire avant d'infliger une sanction disciplinaire du premier groupe telle que l'avertissement, n'a pas eu lieu, ni aucune autre disposition législative ou réglementaire n'imposait que le préfet de police, préalablement à l'édiction de l'avertissement contesté, ne mette à même M. A de présenter ses observations écrites ou orales à l'autorité investie du pouvoir disciplinaire.
5. D'autre part, en vertu d'un principe général du droit, une sanction ne peut être légalement prononcée à l'égard d'un agent public sans que l'intéressé ait été mis en mesure de présenter utilement sa défense.
6. Il ressort des pièces du dossier que, lors d'une enquête administrative diligentée après que son supérieur hiérarchique a, le 22 janvier 2020, informé le directeur territorial de la sécurité de Paris de ce que M. A, alors qu'il se trouvait en arrêt maladie, avait créé une société destinée à la restauration et à la gestion d'un hôtel dans le Cantal, l'intéressé a été entendu le 8 octobre 2020 par le commandant divisionnaire fonctionnel. Par un courrier du 3 juin 2021, M. A a été informé de ce que, à la suite de cette enquête, une procédure disciplinaire était engagée à son encontre en vue de lui infliger une sanction du premier groupe et qu'il pouvait consulter son dossier individuel et se faire assister par un ou plusieurs défenseurs de son choix. Il suit de là que le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été pris au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté.
7. En troisième lieu, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
8. Aux termes de l'article 25 septies de la loi du 13 juillet 1983 susvisée : " I.-Le fonctionnaire consacre l'intégralité de son activité professionnelle aux tâches qui lui sont confiées. Il ne peut exercer, à titre professionnel, une activité privée lucrative de quelque nature que ce soit, sous réserve des II à V du présent article. / Il est interdit au fonctionnaire : / 1° De créer ou de reprendre une entreprise lorsque celle-ci donne lieu à immatriculation au registre du commerce et des sociétés ou au répertoire des métiers ou à affiliation au régime prévu à l'article L. 613-7 du code de la sécurité sociale, s'il occupe un emploi à temps complet et qu'il exerce ses fonctions à temps plein ; / 2° De participer aux organes de direction de sociétés ou d'associations à but lucratif ; () ". Aux termes de l'article R. 434-13 du code de la sécurité intérieure : " Le policier ou le gendarme se consacre à sa mission. / Il ne peut exercer une activité privée lucrative que dans les cas et les conditions définis pour chacun d'eux par les lois et règlements. ". Aux termes de l'article R. 434-5 de ce même code : " I. - Le policier ou le gendarme exécute loyalement et fidèlement les instructions et obéit de même aux ordres qu'il reçoit de l'autorité investie du pouvoir hiérarchique, () ".
9. Aux termes de l'article 66 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat applicable à l'espèce : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes. / Premier groupe : /- l'avertissement ;/ - le blâme. / Deuxième groupe : /- la radiation du tableau d'avancement ; /- l'abaissement d'échelon ; /- l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de quinze jours ;/ - le déplacement d'office. / Troisième groupe : /- la rétrogradation ; /- l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de trois mois à deux ans. / Quatrième groupe : /- la mise à la retraite d'office ; /- la révocation. ".
10. Il ressort des pièces du dossier que pour infliger un avertissement à M. A, le préfet de police a relevé qu'il était devenu le gérant associé d'une société civile immobilière devant servir à l'exploitation d'un hôtel et qu'il a participé à une réunion pour une levée de fonds relative à son projet d'hôtel durant sa période de congé maladie ordinaire.
11. Il ressort des pièces du dossier que, le 25 octobre 2019, a été cédé au profit de M. A et de son épouse, par liquidation judiciaire de la SARL Hôtel Defau dont le siège était situé dans le département du Cantal, un fonds de commerce d'hôtel, bar, restaurant, plats cuisinés à emporter. Il ressort également des pièces du dossier que, le 23 novembre 2019, M. A et son épouse ont créé une société civile immobilière dont le requérant était le gérant.
12. D'une part, il ressort d'un extrait d'immatriculation principale au registre du commerce et des sociétés près du greffe du tribunal de commerce d'Aurillac que la société à responsabilité limité " La Grange de l'Abille ", immatriculée le 12 novembre 2019, dont le siège était situé Grange de l'Abille Le Bourg à Marchastel, dans le département du Cantal, avait pour activité principale la gestion d'une maison d'hôtes, de tables d'hôtes, la réalisation de plats cuisinés à emporter, le traitement et l'organisation de séminaires, la location de salle, l'organisation évènementielle, la production et la vente de miel, la vente de produits du terroir, la location de matériels de sport d'hiver, de randonnée et de vélo, et la vente de boissons alcoolisées. Si cette société avait pour seul gérant et associé unique l'épouse de M. A, il ressort des pièces du dossier que ce dernier, alors qu'il était au demeurant, en congé de maladie ordinaire, a participé activement à une campagne de collecte de fonds via un financement participatif en vue de la réalisation du projet mené par son épouse, avant son abandon et qu'il présentait lui-même ce projet en mentionnant que " dans un vie professionnelle rendue tumultueuse ces dernières années, [il a] choisi de [se] mettre au vert, de relever le défi de faire revivre le Peyre Tranquille au côté de [sa] femme pour y apporter bien être, chaleur et sourire aux gens ".
13. D'autre part, et ainsi que le soutient M. A, si la création par l'intéressé et son épouse d'une société civile immobilière le 23 novembre 2019 en vue de gérer leur patrimoine personnel ne constitue pas une faute disciplinaire, il résulte des dispositions précitées qu'il ne pouvait en être le gérant.
14. Il résulte de tout ce qui précède que, en dépit de la circonstance que le projet d'exploitation commerciale d'un fonds de commerce par l'épouse de M. A n'a pas abouti, les faits reprochés à M. A, contrairement à ce qu'a relevé le commandant divisionnaire en charge de l'enquête administrative, doivent être regardés comme établis et comme constitutifs des comportements fautifs de nature à justifier une sanction disciplinaire.
15. Enfin, si ses supérieurs hiérarchiques ont estimé en 2020 que M. A donnait pleinement satisfaction, était très investi, pleinement disponible et ont loué sa droiture et son sens du service public, ni cette circonstance, ni celle tirée de ce que la sanction prononcée aurait eu pour effet de l'empêcher de participer à la campagne de mutation au titre de l'année 2021 ne permettent de démontrer que celle-ci, laquelle constitue la sanction la moins grave parmi celles prévues par l'article 66 de la loi du 11 janvier 1984, aurait un caractère disproportionnée.
16. Il résulte de tout ce que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 25 janvier 2023 à laquelle siégeaient :
- M. Ladreyt, président,
- M. Gandolfi, premier conseiller,
- Mme Leravat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 8 février 2023.
Le rapporteur,
G. C
Le président,
J-P. Ladreyt
La greffière,
L. Sueur
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/5-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026