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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2205586

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2205586

vendredi 21 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2205586
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 mars 2022 et 20 mars 2023,

M. B A, représenté par Me De Seze, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ;

3°) d'enjoindre au préfet compétent d'enregistrer sa demande d'asile dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article 9.2 du règlement n°1560/2003 du 2 septembre 2003, le préfet ne démontrant pas avoir informé les autorités italiennes de la prolongation du délai de transfert ;

- elle méconnaît l'article 29 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; il ne peut être regardé comme s'étant intentionnellement soustrait à la mesure de contrôle des autorités de police en vue d'échapper à la procédure de transfert dont il était susceptible de faire l'objet ; il n'était pas nécessaire de produire un examen de dépistage RT-PCR négatif pour entrer en Italie à la date retenue pour le transférer, de sorte que son refus de se soumettre au test de dépistage RT-PCR ne peut être interprété comme l'intention de se soustraire à l'exécution de la mesure d'éloignement le concernant.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 avril 2022 et 28 mars 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable, la prolongation du délai de transfert ayant pour effet de maintenir en vigueur la décision de remise aux autorités belges et non de faire naître une nouvelle décision ; l'agent préfectoral qui a oralement indiqué que le délai de transfert était prolongé n'a fait qu'informer l'intéressé de ladite prolongation et ne peut être considéré comme ayant pris une décision ;

- à titre subsidiaire, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 9 du règlement n°1560/2003 du 2 septembre 2003 modifié et de l'article 29 du règlement n° 604/2013 du

26 juin 2013 n'ont pas été méconnues.

M. A été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n° 1560/2003 modifié de la Commission du 2 septembre 2003, modifié ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Kanté, première conseillère,

- et les conclusions de M. Thulard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant afghan né le 2 juin 1993, a sollicité son admission au séjour en France au titre de l'asile, le 23 avril 2021. Il a été placé sous procédure Dublin.

Le 5 août 2021, le préfet de police a pris un arrêté de transfert de M. A aux autorités italiennes, lesquelles avaient implicitement accepté leur responsabilité le 2 août 2021. M. A a été déclaré en fuite et les délais prévus pour son transfert vers l'Italie ont été prolongés. M. A demande l'annulation de la décision par laquelle le préfet de police a implicitement, à la suite de sa présentation en préfecture le 8 mars 2022, refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Le transfert du demandeur () de l'État membre requérant vers l'État membre responsable s'effectue conformément au droit national de l'État membre requérant, après concertation entre les États membres concernés, dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée () 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite () ".

3. Il résulte clairement des dispositions mentionnées au point précédent que la notion de fuite doit s'entendre comme visant le cas où un ressortissant étranger se serait soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant, notamment dans l'hypothèse où il se soustrait intentionnellement à l'exécution d'un transfert organisé.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A a refusé, les 9 janvier 2022 et

10 janvier 2022, qu'il soit procédé au test PCR dans les 48 heures précédant le vol du

11 janvier 2022 à 11h35 à l'aéroport Roissy, retenu par l'administration pour organiser son transfert vers l'Italie. M. A, qui n'ignorait pas les conséquences de son refus, ne conteste pas ces faits et ne fait état d'aucune circonstance médicale légitime justifiant son opposition à la réalisation de ce test. Le préfet de police justifie par les pièces qu'il produit que l'Italie a maintenu l'exigibilité d'une " certification Covid-19 " pour accéder à son territoire jusqu'en

juin 2022. Dans ces conditions, en refusant ainsi d'effectuer le test PCR obligatoire pour l'entrée effective sur le territoire de l'Etat membre responsable, en l'occurrence l'Italie, M. A dont il ressort des pièces du dossier qu'il avait connaissance des conséquences d'un refus de sa part à la réalisation du test PCR et qui ne se prévaut d'aucune raison médicale particulière justifiant d'une absence de consentement à celle-ci doit être regardé comme s'étant soustrait de manière intentionnelle à l'exécution de son transfert. Il suit de là qu'en constatant sa fuite et en prolongeant le délai de transfert à dix-huit mois jusqu'au 2 février 2023, le préfet de police n'a pas méconnu les dispositions précitées et n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

5. En second lieu, aux termes du paragraphe 2 de l'article 9 du règlement (CE)

n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 : " Il incombe à l'État membre qui, pour un des motifs visés à l'article 29, paragraphe 2, du règlement (UE) n° 604/2013, ne peut procéder au transfert dans le délai normal de six mois à compter de la date de l'acceptation de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée, ou de la décision finale sur le recours ou le réexamen en cas d'effet suspensif, d'informer l'État responsable avant l'expiration de ce délai. À défaut, la responsabilité du traitement de la demande de protection internationale et les autres obligations découlant du règlement (UE) n° 604/2013 incombent à cet État membre conformément aux dispositions de l'article 29, paragraphe 2, dudit règlement ". Il résulte de ces dispositions que l'État membre requérant, projetant de prolonger le délai d'exécution du transfert, est tenu d'informer l'État membre responsable de cette prolongation avant l'expiration du délai initial de six mois, à défaut de quoi la responsabilité du traitement de la demande d'asile lui incombe.

6. En l'espèce, il ressort des éléments produits en défense, et notamment de l'accusé de réception automatique émanant de l'application de messagerie " Dublinet ", que les autorités italiennes ont bien été avisées, le 11 janvier 2022 à 9h53, de la prolongation jusqu'au 2 février 2023 du délai de transfert de M. A, dont les références personnelles figurent dans l'objet du message. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 doit, dès lors être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de police et à Me De Seze.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Riou, présidente,

Mme Kanté, première conseillère,

M. Coz, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 avril 2023.

La rapporteure,

C. KantéLa présidente,

C. Riou

La greffière,

L. Sueur

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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