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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2205688

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2205688

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2205688
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER (AARPI)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mars 2022, M. B A, représenté par Me Hug, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 février 2022 par laquelle le préfet de police a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ;

2°) d'annuler la décision prolongeant son délai de transfert aux autorités autrichiennes à dix-huit mois ;

3°) d'enjoindre à la préfecture de police d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale, à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de 5 jours à compter de la notification du présent jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Hug au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle, à lui verser directement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les dispositions de l'article 9, paragraphe 2, du règlement n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 ont été méconnues dans la mesure où le préfet n'établit pas avoir informé les autorités autrichiennes de l'exercice par lui d'un recours contre la décision de transfert puis de la prolongation du délai de transfert en raison de son placement en fuite dès lors l'arrêté de transfert est devenu caduc ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il ne peut être regardé comme étant en fuite.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 avril 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 mai 2022.

Par une ordonnance du 24 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 juin 2022.

Par un courrier du 6 avril 2023, le tribunal administratif de Paris a, en application des dispositions de l'article R. 612-5-1 du code de justice administrative, adressé une demande de maintien de sa requête à M. A.

Par un mémoire du 6 avril 2023, M. A indique maintenir l'ensemble des conclusions de sa requête.

Par un courrier du 9 mai 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen soulevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions en annulation de la décision par laquelle le préfet de police a prolongé le délai de transfert de M. A aux autorités autrichiennes, dès lors que la prolongation du délai de transfert a pour effet de maintenir en vigueur la décision de transfert aux autorités de l'État responsable et ne suppose pas l'adoption d'une nouvelle décision susceptible de recours.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Guglielmetti,

- et les conclusions de Mme Privet, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né le 15 février 1992, a présenté le 25 mars 2021 une demande d'asile enregistrée en procédure dite " Dublin ". Le 21 mai 2021, le préfet de police a pris à son encontre un arrêté de transfert vers les autorités autrichiennes. Le 21 février 2022, estimant que son délai de transfert de six mois vers les autorités autrichiennes était expiré, M. A, a sollicité par courriel un rendez-vous auprès des services de la préfecture de police en vue de l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale. Cette demande a fait, le même jour, l'objet d'un refus de la part de l'agent l'ayant examinée, au motif que le délai d'exécution de son transfert avait été prolongé jusqu'en janvier 2023. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision portant refus d'enregistrement de sa demande d'asile.

Sur la recevabilité des conclusions en annulation de la décision par laquelle le préfet de police a prolongé le délai de transfert de M. A :

2. La prolongation du délai de transfert, qui résulte du seul constat de fuite du demandeur et qui ne donne lieu qu'à une information de l'Etat responsable de la demande d'asile par l'État membre qui ne peut procéder au transfert du fait de cette fuite, a pour effet de maintenir en vigueur la décision de transfert aux autorités de l'Etat responsable et ne suppose pas l'adoption d'une nouvelle décision. Cette prolongation n'est ainsi qu'une des modalités d'exécution de la décision initiale de transfert et ne peut être regardée comme révélant une décision susceptible de recours. Par suite, les conclusions dirigées contre la décision de prolongation de l'arrêté de transfert doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus d'enregistrement de la demande d'asile en procédure normale :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 29, paragraphe 1, du règlement, le transfert du demandeur vers l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile doit s'effectuer " dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre Etat membre de la requête aux fins de la prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27, paragraphe 3 ". Aux termes du paragraphe 2 du même article : " Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant ".

4. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la note d'informations relative à la prolongation de délai de transfert du préfet de police et de l'accusé de réception Dublinet, que les autorités autrichiennes ont été informées par le préfet de police, le 31 août 2021, de la prolongation du délai de transfert en raison de la fuite de l'intéressé ainsi que de de la date de l'introduction de son recours du 4 juin 2021 et de la date de notification du jugement, le 8 juillet 2021. Ainsi, contrairement à ce qu'allègue M. A, le préfet de police justifie avoir informé les autorités autrichiennes de la prolongation du délai de transfert à dix-huit mois. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat qu'elle entend requérir, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il est procédé à l'enregistrement de la demande selon les modalités prévues au chapitre I du titre II. Une attestation de demande d'asile est délivrée au demandeur selon les modalités prévues à l'article L. 521-7. Elle mentionne la procédure dont il fait l'objet. Elle est renouvelable durant la procédure de détermination de l'Etat responsable et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet Etat. Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre Etat ". Aux termes de l'article L. 573-1 du même code : " L'étranger pour lequel l'autorité administrative estime que l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la fin de la procédure de détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet Etat ". Aux termes de l'article R. 573-2 de ce code : " L'attestation de demande d'asile peut être retirée ou ne pas être renouvelée lorsque l'étranger se soustrait de manière intentionnelle et répétée aux convocations ou contrôles de l'autorité administrative en vue de faire échec à l'exécution d'une décision de transfert ". Il résulte clairement de ces dispositions que le transfert vers l'Etat membre responsable peut avoir lieu pendant une période de six mois à compter de l'acceptation de la demande de prise en charge et est susceptible d'être portée à dix-huit mois si l'intéressé " prend la fuite ", cette notion devant s'entendre comme visant le cas où un ressortissant étranger se serait soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant. Tel est le cas notamment s'il se soustrait intentionnellement à l'exécution d'un transfert organisé en refusant un test PCR obligatoire pour l'entrée effective sur le territoire de l'Etat membre responsable, dès lors qu'il avait connaissance des conséquences d'un refus de sa part et qu'il ne fait état d'aucune raison médicale particulière justifiant une absence de consentement à la réalisation du test.

6. Il ressort des pièces du dossier, que la mesure de transfert du requérant vers l'Autriche n'a pas pu être exécutée en raison de la soustraction du requérant à trois reprises, et en dernier lieu, le 31 août 2021, à un test PCR, la production d'un résultat négatif à ce test en étant une condition nécessaire. L'intéressé ne fait état d'aucune raison médicale particulière justifiant une absence de consentement de sa part à ces tests. Dans ces circonstances, c'est sans erreur d'appréciation que le préfet a estimé que le requérant devait être regardé comme s'étant soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à sa mesure de réadmission et ainsi refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale.

7. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation la décision par laquelle le préfet de police a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête à fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Amat, présidente,

M. Rezard, premier conseiller,

Mme Guglielmetti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

La rapporteure,

S. GUGLIELMETTI

La présidente,

N. AMATLa greffière,

P. TARDY-PANIT

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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