mardi 29 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2205714 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 7 mars et 6 avril 2022, A C E, représentée par Me Dujoncquoy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 février 2022 par lequel le préfet de police de Paris a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire en qualité de parent d'enfant malade, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué n'est pas suffisamment motivé ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure, faute pour le préfet de police de n'avoir pas saisi la commission du titre de séjour ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 2 de la Déclaration des droits de l'homme de du citoyen, le 10ème alinéa du préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 9 du code civil ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 22 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 25 avril 2022.
Une note en délibéré produite par A E a été enregistrée le 15 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- et les observations de Me Dujoncquoy, pour A E.
Considérant ce qui suit :
1. A C E, ressortissante algérienne née le 17 août 1975, est entrée en France le 17 août 2018 sous couvert d'un visa de court séjour. Par un jugement n°2005504 du 1er décembre 2020, le tribunal administratif de Paris a annulé l'arrêté du 2 mars 2020 par lequel le préfet de police avait notamment refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant malade et lui a enjoint de lui octroyer une autorisation provisoire de séjour d'une durée de six mois. Par un arrêté du 7 février 2022, dont A E demande l'annulation, le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit par suite être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. "
4. Si les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, cette circonstance n'interdit pas au préfet de police, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation, de délivrer à ces ressortissants une autorisation provisoire de séjour pour accompagnement d'enfant malade. Il appartient seulement au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet de police n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation portée sur la situation personnelle de l'intéressé.
5. Par un avis du 13 octobre 2021, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que si l'état de santé du fils mineur H A E nécessite une prise en charge médicale dont le défaut est susceptible d'entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.
6. Il ressort des pièces du dossier que le fils de A E, B F, âgé de 10 ans à la date de la décision attaquée, souffre depuis sa naissance d'une hydrocéphalie congénitale ayant nécessité la pose d'une valve de dérivation ventriculo-péritonéale à l'âge de trois mois. En raison de cette pathologie, l'enfant souffre d'un retard sévère de développement se traduisant par une déficience intellectuelle, des troubles du langage, des troubles psychomoteurs, un retard staturo-pondéral, ainsi que par de fréquentes crises d'épilepsie.
7. Dans son jugement n°2005504 du 1er décembre 2020, le tribunal administratif de Paris s'était fondé, pour annuler l'arrêté en litige, sur la gravité de ces pathologies et le suivi rapproché qu'elles nécessitaient, en particulier à la suite des trois interventions chirurgicales subies par l'enfant entre le 7 mai 2020 et le 4 juin 2020, en raison notamment d'une infection de la valve de dérivation intracrânienne qui lui avait été implantée en Algérie en 2012.
8. Il ressort toutefois des pièces du dossier, notamment des certificats médicaux et comptes rendus de bilans neuro-orthopédiques produits au dossier, que depuis ces interventions chirurgicales, l'état de santé d'Akram F nécessite essentiellement une prise en charge rééducative avec, notamment, des soins orthopédiques, d'orthophonie, des dents ainsi qu'un traitement épileptique. Dans son certificat de suivi du 21 février 2022, la professeure G indique seulement à cet égard que son épilepsie nécessite un suivi rapproché et que sa prise en charge rééducative " fait envisager des interventions orthopédiques dans les années à venir ainsi qu'un suivi de sa valve avec réintervention neurochirurgicale possible ". Si ce certificat ajoute que son fils ne pourra pas bénéficier effectivement d'une telle prise en charge en Algérie, cette mention reste excessivement générale et peu circonstanciée. Dans ces conditions, la requérante qui ne produit aucun élément de nature à contredire l'avis du collège des médecins de l'OFII n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
10. Compte-tenu de ce qui a été dit au point 8 et de ce que l'arrêté attaqué n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer la requérante de ses enfants, dont elle a seule la charge, celle-ci n'est pas fondée à soutenir que le préfet de police a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a été autorisée à séjourner en France dans le but exclusif d'y faire soigner son enfant et qu'ils y résidaient, à la date de l'arrêté attaqué, depuis moins de quatre années. Elle a par ailleurs résidé jusqu'à l'âge de quarante-trois ans en Algérie, où ses enfants sont nés et où le préfet de police soutient, sans être contredit, qu'elle conserve des attaches familiales et personnelles fortes. Dans ces conditions, même s'il ressort effectivement des pièces du dossier que A E a fait beaucoup d'efforts pour s'intégrer en France et que ses enfants font preuve de beaucoup de sérieux dans le cadre de leur scolarité, celle-ci n'est pas fondée à soutenir que le préfet de police a porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a pris l'arrêté attaqué. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par suite être écarté.
13. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 9 du code civil et de l'alinéa 10 du préambule de la Constitution du 17 octobre 1946 sont en tout état de cause infondés et doivent être écartés. Il en va de même du moyen tiré de la méconnaissance de l'article 2 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen qui n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bienfondé.
14. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 12, A E n'est pas fondée à soutenir que le préfet de police a entaché son arrêté d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
15. En septième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 8, A E ne justifie pas, à la date de l'arrêté attaqué, remplir les conditions prévues par l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet de police, en ne soumettant pas à la commission de titre de séjour, pour avis, la demande de l'intéressée, n'a pas entaché son arrêté d'un vice de procédure.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par la requérante doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par A E, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par la requérante doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en tout état de cause obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par A E au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par A E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à A C E et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
A Evgénas, présidente,
A Laforêt, première conseillère,
M. Halard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.
Le rapporteur,
G. D
La présidente,
J. EVGENASLa greffière,
M.-C. POCHOT
La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2205714/2-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026