Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 mars 2022, et des mémoires, enregistrés le 23 janvier 2023 et le 13 mars 2023, la société Def’Inov Group, représentée par Me Pieri, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d’annuler la décision du 18 octobre 2021 par laquelle Pôle emploi a refusé de financer les formations de M. B... et de M. A... par la société Def’Inov Group dans le cadre d’une préparation opérationnelle à l’emploi individuelle afin de pourvoir des offres d’emploi déposées par la société TM Fibre ;
2°) de mettre à la charge de Pôle Emploi la somme de 2 500 euros à lui verser au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Def’Inov Group soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- sa requête n’est pas dépourvue d’objet dès lors que la décision en litige a conduit à la résiliation du mandat qu’elle avait signé avec la société TM Fibre, ce qui a induit un préjudice dont elle demandera la réparation en cas d’annulation de la décision attaquée ;
- la décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d’une erreur de droit en ce que la société avait fourni à Pôle emploi les justificatifs de qualité exigés au cours de l'instruction de sa demande ;
- M. A... pouvait bénéficier de la formation car Pôle emploi ne l’avait pas informée que celui-ci suivait déjà une formation ;
- M. B... pouvait bénéficier de la formation car il ne suivait pas une autre formation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2022, et un mémoire, enregistré le 6 février 2023, la directrice générale de France Travail Île-de-France, représentée par la SERL Ideo Avocats, agissant par Me Bodin, conclut, à titre principal, à l’irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet, et en tout état de cause, à la mise à la charge de la société Def’Inov Group d’une somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient, à titre principal, que la requête était dépourvue d’objet au jour de son introduction, à titre subsidiaire, que les moyens de la requête ne sont pas fondés, et sollicite une substitution de motif tirée de ce que MM. A... et B... n’étaient pas en capacité de bénéficier de la formation car ils étaient inscrits au même moment à une autre formation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- l’instruction de Pôle emploi n° 2017-16 du 19 avril 2017 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Rannou,
- les conclusions de Mme Belkacem, rapporteure publique,
- les observations de Me Azérou, représentant la directrice régionale de France Travail Île-de-France, la société Def’Inov Group n’étant ni présente, ni représentée.
Considérant ce qui suit :
La société Def’Inov Group, un organisme de formation professionnelle, a sollicité le financement par Pôle emploi des formations de MM. B... et A... par la société dans le cadre d’une préparation opérationnelle à l’emploi individuelle afin de pourvoir des offres d’emploi déposées par la société TM Fibre. Par un courriel du 15 octobre 2021, Pôle emploi a refusé de financer la formation de MM. B... et A... par la société dans le cadre d’une préparation opérationnelle à l’emploi individuelle afin de pourvoir des offres d’emploi déposées par la société TM Fibre au motif que l’organisme n’est pas connu dans la liste des organismes de formation ayant le label Pôle emploi. Après échanges avec la société, le chargé de relations entreprises a confirmé à la société par un courriel du 18 octobre 2021 qu’elle devait faire les démarches auprès de Pôle emploi pour y être référencée. Par la présente requête, la société Def’Inov Group demande l’annulation de cette décision.
Sur le cadre du litige :
Aux termes de l’article L. 6326-1 du code du travail applicable : « La préparation opérationnelle à l'emploi individuelle permet à un demandeur d'emploi (…) de bénéficier d'une formation nécessaire à l'acquisition des compétences requises pour occuper un emploi correspondant à une offre déposée par une entreprise auprès de Pôle emploi ». L’article L. 6326-2 du même code applicable dispose : « Dans le cadre de la préparation opérationnelle à l'emploi, la formation est financée par Pôle emploi. (…) / L'employeur, en concertation avec Pôle emploi et avec l'opérateur de compétences dont relève l'entreprise concernée, définit les compétences que le demandeur d'emploi acquiert au cours de la formation pour occuper l'emploi proposé ».
En l’espèce, il est constant que, le 21 juillet 2021, la société TM Fibre a mandaté la société Def’Inov Group pour l’aider à recruter des techniciens dans le cadre d’une préparation opérationnelle à l’emploi individuelle. Le 18 août, deux offres d’emploi ont été publiées par Pôle emploi, pour lesquels la société Def’Inov Group a proposé, en dernier lieu, les noms de MM. B... et A... en vue d’une formation de trois mois devant débuter le 18 octobre 2021. Le 18 octobre 2021, après quatre jours d’échanges téléphoniques et par courriel, le chargé de relations entreprises du Pôle emploi de l’Ha -les-Roses a refusé le financement par Pôle emploi d’Île-de-France de la formation de ces deux candidats, ce qui a conduit la société Def’Inov Group à annuler la formation.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne la capacité de la société requérante à dispenser une formation de qualité :
Aux termes de l’article L. 6316-1 du code du travail applicable : « Les opérateurs de compétences, les commissions mentionnées à l'article L. 6323-17-6, l'Etat, les régions, Pôle emploi et l'institution mentionnée à l'article L. 5214-1 s'assurent, lorsqu'ils financent une action de formation professionnelle et sur la base de critères définis par décret en Conseil d'Etat, de la capacité du prestataire de formation mentionné à l'article L. 6351-1 à dispenser une formation de qualité ». L’instruction de Pôle emploi du 19 avril 2017 dispose que : « à compter du 9 mai 2017, un devis pour une aide individuelle de formation ou une demande de prise en charge pour une POEI peut être pris en compte par le conseiller pour l’analyser uniquement si l’organisme de formation est dans l’une des situations suivantes : / - l’organisme de formation est référencé au catalogue qualité de Pôle emploi ou attributaire d’un marché AFC Pôle emploi ; / ou, dès lors que l’organisme ne fait pas l’objet d’une suspension du financement d’actions de formation par Pôle emploi suite à sanction : / il est détenteur d’un label ou certificat reconnu par le CNEFOP ; / et/ou il est référencé au catalogue qualité d’un Conseil régional, d’un Organisme paritaire collecteur agréé (OPCA) [devenus opérateurs de compétences (OPCO) en 2019] d’un Organisme paritaire agréé au titre du congé individuel de formation (OPACIF) ou de l’Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des handicapés (AGEFIPH) ; / et/ou une attestation de conformité lui a été délivrée par Pôle emploi, suite à un contrôle sur pièces engagé dans le cadre d’une précédente prise en charge ».
En l’espèce, pour refuser de financer les formations de MM. B... et A... par la société requérante dans le cadre d’une préparation opérationnelle à l’emploi individuelle afin de pourvoir des offres d’emploi déposées par la société TM Fibre, Pôle emploi a estimé que la société Def’Inov Group ne disposait pas de la capacité à dispenser une formation de qualité, au motif qu’elle n’était pas référencée « Label Qualité Pôle emploi ».
Si la société reconnaît qu’elle n’était pas référencée au catalogue qualité de Pôle emploi, elle soutient qu’à la date de la décision attaquée, elle détenait le « label qualité des actions de formation » attribué par l’Apave et reconnu par le CNEFOP, et qu’elle était référencée au catalogue qualité des opérateurs de compétences Afdas et Mobilités. Toutefois, d’une part, le label attribué par l’Apave, qui était valable jusqu’au 29 décembre 2021, ne couvrait pas la totalité de la durée de la formation. D’autre part, les captures d’écran produites par la société requérante n’attestent pas de la réalité de son référencement au catalogue qualité de l’Afdas et de l’OPCO Mobilités durant la période de la formation. Dans ces conditions, la société Def’Inov Group n’est pas fondée à soutenir qu’elle disposait de la capacité à dispenser une formation de qualité au sens des dispositions citées au point 4.
Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête ni de répondre aux moyens relatifs à la capacité pour les candidats sélectionnés à bénéficier de la formation, la société requérante n’est pas fondée à demander l’annulation de la décision du 18 octobre 2021 par laquelle Pôle emploi a refusé de financer la formation de MM. B... et A... par la société Def’Inov Group dans le cadre d’une préparation opérationnelle à l’emploi individuelle afin de pourvoir des offres d’emploi déposées par la société TM Fibre.
Sur les frais du litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de France Travail Île-de-France, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée à ce titre par la société Def’Inov group. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la société Def’Inov Group le versement d’une somme de 1 800 euros à France Travail Île-de-France au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Def’Inov Group est rejetée.
Article 2 : La société Def’Inov Group versera à France Travail Île-de-France 1 800 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Def’Inov Group et à la directrice régionale de France Travail Île-de-France.
Délibéré après l'audience du 20 janvier 2026, à laquelle siégeaient :
- Mme Bailly, présidente,
- Mme Beugelmans-Lagane, première conseillère,
- M. Rannou, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2026.
2
N° 2206229/3-3
Le rapporteur,
G. RANNOU
La présidente,
P. BAILLY
Le greffier,
Y. FADEL
La République mande et ordonne au ministre du travail et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.