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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2206484

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2206484

mardi 27 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2206484
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 1re Chambre
Avocat requérantAUERBACH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 17 mars 2022, 26 avril 2022 et 6 juin 2022, M. A C, représenté par Me Auerbach, demande au tribunal :

1°) d'enjoindre au préfet de police de lui communiquer, dans un délai de quarante-huit heures et sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard, les documents suivants : les communications adressées à la Commission européenne conformément à l'article 20 de la directive dite " retour " n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008, les consignes adressées à ses services en charge de l'instruction des demandes de titre de séjour en ce qui concerne les demandeurs ayant des antécédents judiciaires, les deux décisions de justice évoquées dans son mémoire en défense, un document justifiant que le Gouvernement a effectivement soumis à l'Assemblée nationale et au Sénat le projet de directive dite " retour " et un nouveau récépissé de demande de titre de séjour ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 mars 2022 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un délai de trois ans ;

3°) d'enjoindre, au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte, en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) d'annuler, par voie de conséquence, l'arrêté du 21 décembre 2021 et du 11 mars 2022 ;

5°) d'annuler, à titre subsidiaire, la décision portant refus de délai de départ volontaire ;

6°) d'annuler, à titre subsidiaire, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

7°) d'enjoindre au préfet de police de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;

8°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 39 360 euros au bénéfice de Me Auerbach au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil s'abstienne de percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, de lui verser directement la somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté dans son ensemble :

- la notification de l'arrêté contesté est irrégulière car elle est intervenue par voie postale ;

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il a été pris en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il méconnaît les principes de loyauté de l'action publique, de sécurité juridique, de continuité du service public ;

- il a été pris en violation de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il a été pris en méconnaissance du principe de séparation des pouvoirs et du principe " non bis in idem " ;

- le préfet de police n'a pu légalement estimer qu'il représentait une menace pour l'ordre public ;

- il est entaché d'un défaut d'examen ;

- il porte atteinte au respect de son droit à la santé et a été pris en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur de droit au regard de sa situation ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il a été pris en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est illégale dès lors qu'il ne présente pas de risque de fuite ;

- elle méconnaît l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est excessive.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 avril 2022, le préfet de police, représenté par Me Orier, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 11 mai 2022, la clôture d'instruction a été finalement fixée au 31 mai 2022.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Mazeau, rapporteur public,

- et les observations de Me Auerbach, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, dont le nom de famille s'écrivait " Nguett " avant la rectification de son état civil, le 23 mai 2022, ressortissant sénégalais né le 20 juin 1989, déclare être entré en France le 20 septembre 2013. Le préfet des Yvelines lui a délivré un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " le 20 mars 2019, renouvelé jusqu'au 10 septembre 2021. Du fait de son changement de domicile, M. C a dû solliciter un second renouvellement de sa carte de séjour temporaire auprès du préfet de police de Paris. Par un arrêté du 24 décembre 2021, le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Le requérant a alors formé un recours gracieux et un recours contentieux contre ces décisions. Par un arrêté du 9 mars 2022, le préfet de police a, à nouveau, refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un arrêté du 11 mars 2022, il a ensuite abrogé son arrêté du 24 décembre 2021. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 mars 2022.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". L'article L. 432-2 du même code dispose : " () Le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à l'étranger qui cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de cette carte dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations ".

3. Pour refuser au requérant le renouvellement de son titre de séjour, le préfet de police s'est uniquement fondé sur le fait que la présence de l'intéressé en France constituait une menace pour l'ordre public. S'il ressort des pièces du dossier que le requérant a été condamné pénalement le 22 janvier 2021 à une amende de 400 euros pour avoir détenu et fait usage d'une carte de séjour contrefaite, ces faits datent de 2018. En outre, M. C a avoué cette infraction lors d'une campagne de régularisation de travailleurs sans-papiers menées par le syndicat CFDT, à l'issue de laquelle, il a obtenu la délivrance d'un récépissé puis d'un titre de séjour, renouvelé une première fois. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant, qui réside en France depuis plus de huit ans et travaille comme plongeur ou cuisinier, le plus souvent dans le cadre de contrats à durée indéterminée, ait commis d'autres infractions. Par suite, les faits pour lesquels il a été condamné, qui sont de " faible gravité " selon les termes employés par le juge pénal, ne suffisent pas à faire regarder sa présence en France comme constituant une menace à l'ordre public.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 9 mars 2022, par lequel le préfet de police a refusé de délivrer à M. C un titre de séjour, a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un délai de trois ans doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

5. Le présent jugement implique nécessairement que le préfet de police délivre à M. C un récépissé l'autorisant à travailler, procède au réexamen de sa demande de titre de séjour dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et prenne, sans délai, toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. C dans le système d'information Schengen. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

6. En revanche, le présent jugement n'implique pas qu'il soit enjoint au préfet de police de délivrer au requérant un titre de séjour ou de communiquer à celui-ci les consignes adressées à ses services en charge de l'instruction des demandes de titre de séjour en ce qui concerne les demandeurs ayant des antécédents judiciaires, les communications adressées à la Commission européenne conformément à l'article 20 de la directive dite " retour " n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008, les deux décisions de justice évoquées dans son mémoire en défense, un document justifiant que le Gouvernement a effectivement soumis à l'Assemblée nationale et au Sénat le projet de directive dite " retour ".

Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

7. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner l'Etat à verser à l'avocat de M. C la somme de 1 000 euros, sous réserve que Me Auerbach renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 9 mars 2022 du préfet de police est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer sans délai un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail à M. C et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de prendre, sans délai, toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. C dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour ci-dessus annulée.

Article 4 : L'Etat versera à Me Auerbach, avocat de M. C, la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Auerbach renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Auerbach et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Evgénas, présidente,

Mme Laforêt, première conseillère,

Mme de Saint-Chamas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2022.

La rapporteure,

L. B

La présidente,

J. EVGÉNAS La greffière,

B. CHAHINE

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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