jeudi 23 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2206543 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | GUINDO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 18 mars, 29 avril 2022, 20 juin 2022 et 31 janvier 2023, M. D B, représenté par Me Guindo et Me Andrivet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2022 par lequel le préfet de police a prononcé son expulsion du territoire français ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché de l'incompétence de son auteur ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile;
- en tout état de cause, il méconnaît l'article L. 631-1 du même code, dès lors qu'il ne représente pas une menace grave pour l'ordre public et n'a été condamné que pour des délits mineurs ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'erreur de fait ; le centre de sa vie privée et familiale se situe en France.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 19 mai 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Par une ordonnance du 27 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 27 juillet 2022.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 février 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de Mme Baratin, rapporteure publique,
- et les observations de Me Andrivet, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B, ressortissant malien, entré en France le 11 octobre 2005 selon ses déclarations, a fait l'objet, le 19 janvier 2022, d'un arrêté d'expulsion pris par le préfet de police sur le fondement des articles L. 631-1 et L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les moyens de légalité externe :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf en cas d'urgence absolue, l'autorité administrative compétente pour prononcer l'expulsion d'un étranger en application de l'article L. 631-1 est le préfet de département et, à Paris, le préfet de police ".
3. M. A E, signataire de l'arrêté contesté, a été nommé préfet de police de la Ville de Paris, par décret du 20 mars 2019 régulièrement publié au Journal officiel de la République française le 21 mars 2019. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait.
4. En second lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
Sur les moyens de légalité interne :
5. Aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3 ". Aux termes de l'article L. 631-2 du même code : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion que si elle constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique et sous réserve que l'article L. 631-3 n'y fasse pas obstacle : 1° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins un an ; () Par dérogation au présent article, l'étranger mentionné aux 1° à 4° peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application de l'article L. 631-1 s'il a été condamné définitivement à une peine d'emprisonnement ferme au moins égale à cinq ans. Par dérogation au présent article, l'étranger mentionné aux 1° à 4° peut faire l'objet d'une décision d'expulsion s'il vit en France en état de polygamie ".
6. En premier lieu, M. B fait valoir que, compte tenu de ce qu'il est le père de 8 enfants, dont 6 mineurs nés et résidant sur le territoire français, à l'entretien et à l'éducation desquels il participe, le préfet de police aurait dû examiner sa situation au regard des dispositions de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non au regard des seules dispositions de l'article L. 631-1 du même code. A l'appui de ses allégations, M. B produit un relevé de compte du mois de mai 2022, sur lequel apparaissent des virements adressés à sa fille aînée, une facture du mois de janvier 2022 correspondant selon ses dires à l'achat d'un scooter pour l'un de ses fils et deux attestations de ses ex-compagnes, datées du 28 février 2022, indiquant, pour l'une, que M. B " voit régulièrement ses enfants et participe à hauteur de ses moyens humains et financiers " à leur entretien et leur éducation et, pour l'autre, qu'il a " toujours fait son possible moralement et financièrement ". Toutefois, l'ensemble de ces documents sont postérieurs à la décision attaquée et ne permettent pas d'établir qu'à la date de cette dernière, M. B contribuait effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants français depuis au moins un an. De même, l'attestation de l'une de ses filles, qui porte sur le comportement de M. B depuis sa sortie de prison, relate des éléments postérieurs à la date de l'arrêté attaqué. Ainsi, en estimant que la situation de M. B relevait des seules dispositions de l'article L. 631-1 et non des dispositions de l'article L. 631-2, le préfet de police n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit.
7. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que, si comme le fait valoir M. B il n'a jamais été condamné à une peine d'emprisonnement ferme au moins égale à 5 ans, il a connu une dizaine de condamnations entre février 2008 et décembre 2020 pour divers délits routiers (conduite d'un véhicule sans permis ni assurance, sous l'empire d'alcool ou en ayant fait usage de stupéfiants, refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter), violence en réunion sans incapacité, rébellion, évasion, vol, escroquerie, menaces de mort réitérées et violences aggravées sur ses trois compagnes, violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité en récidive avec circonstances aggravantes. L'ensemble de ces condamnations représente, sur une durée de 14 ans, un quantum de peine de 7 ans et 3 mois, l'intéressé ayant été condamné le 15 décembre 2020 à une peine de 2 ans d'emprisonnement dont 6 mois avec sursis. Dans ces conditions, en estimant que M. B représente une menace grave pour l'ordre public, le préfet de police n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen ainsi invoqué doit donc être écarté.
8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. M. B fait valoir qu'il est le père de 8 enfants dont 6 mineurs résidant en France et qu'il est dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, ses parents étant décédés et l'ensemble de sa fratrie vivant sur le territoire français. Toutefois, d'abord, ainsi qu'il a été dit au point 6,
M. B n'établit pas contribuer effectivement et régulièrement à l'entretien et l'éducation de ses enfants, la seule attestation de l'une de ses filles produite au dossier portant, ainsi qu'il a été dit, sur le comportement de M. B postérieurement à la date de la décision attaquée. Ensuite, il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné à deux reprises, en 2008 et 2019, pour des faits de violences conjugales et menaces de mort à l'encontre de la mère de ses enfants nés en 2001, 2005 et 2014, qu'il a été condamné en 2015 pour des faits de violences à l'encontre de la mère de ses enfants nés en 2007 et 2009, et qu'il a été condamné en 2012 pour des faits de violences conjugales à l'encontre d'une troisième compagne. Enfin, il ressort des jugements correctionnels produits en défense par le préfet de police que les enfants de M. B ont été régulièrement témoins de ces faits de violence. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6, 7 et 9, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur dans l'appréciation des faits sur lesquels il s'est fondé.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 9 février 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Viard, présidente,
M. Perrot, conseiller,
M. Palla, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2022.
Le rapporteur,
V. C
La présidente,
M-P. VIARDLa greffière,
L. THOMAS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026