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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2206822

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2206822

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2206822
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantMAIRESSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 mars 2022, l'Agence du numérique en santé, représentée par Me Dal Farra et Me de Sevin (SCP UGGC Avocats), demande au tribunal d'homologuer le protocole transactionnel qu'elle a conclu le 11 mars 2022 avec la société DXC Technology France à l'issue d'une médiation organisée entre les parties en application des articles L. 213-1 et suivants du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa demande est recevable dès lors qu'elle s'inscrit dans le cadre d'une médiation organisée en application des articles L. 213-1 et suivants du code de justice administrative ;

- sa demande est bien fondée dans la mesure où, d'une part, le protocole a été formalisé par écrit, avec le consentement des parties, et signé par l'autorité compétente de l'Agence, d'autre part, son objet est licite, en outre, il n'emporte pas de libéralité de la part de la personne publique, contient des concessions réciproques et équilibrées, ne porte pas sur des droits dont les parties n'auraient pas la libre disposition et ne méconnaît aucune règle d'ordre public, enfin, l'indemnité convenue n'est pas manifestement disproportionnée.

Par un mémoire, enregistré le 25 mars 2022, la société DXC Technology France, représentée par Me Mairesse, demande que le tribunal fasse droit à la demande d'homologation du protocole transactionnel qu'elle a conclu le 11 mars 2022 avec l'Agence du numérique en Santé.

Elle soutient que :

- son intervention est recevable en application de l'article R. 632-1 du code de justice administrative ;

- la demande d'homologation est bien fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 2011-525 du 17 mai 2011 ;

- l'ordonnance n° 2015-899 du 23 juillet 2015 ;

- le décret n° 2016-360 du 25 mars 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Privet, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Mairesse, représentant la société DXC Technology France.

Considérant ce qui suit :

1. Le 7 juin 2018, la société DXC Technology France s'est vue attribuer le lot n° 3 relatif aux " prestations de mise à disposition d'un outil de gestion de la relation clients " d'un marché public de " prestations de supports clients, centre de gestion et outil de la relation clients " de l'Agence des systèmes d'information partagés en Santé (l'ASIP Santé), devenue l'Agence du numérique en Santé (l'ANS). Ce marché a été conclu sous la forme d'un accord-cadre mono-attributaire à bons de commande pour une durée de deux ans, renouvelable deux fois pour une durée d'un an par tacite reconduction. La première phase de ce marché, dont l'objet était de doter l'ANS d'un outil de gestion de la relation clients, appelé système d'information de la relation clients (SI RC), plus performant que l'outil existant, portait sur la " construction de la solution socle ". Cette phase comprenait notamment une prestation, appelée L3P1, relative à " la construction du système d'information de gestion de la relation clients (SI RC) sur son périmètre socle ". Cette prestation, qui était à prix global et forfaitaire, a été commandée par un bon de commande d'un montant de 216 620 euros, émis le 11 juin 2018. Elle devait être achevée le 31 octobre 2018 mais a finalement été effectuée le 22 novembre 2019. Un différend est survenu entre les parties au sujet des surcoûts subis par la société DXC Technology France lors de l'exécution de cette prestation. Après que l'ANS a rejeté, par une décision du 10 février 2020, la réclamation qu'elle avait présentée à ce titre, à hauteur de la somme de 2, 5 millions d'euros, la société DXC Technology France a saisi le comité consultatif interrégional de Paris de règlement amiable des litiges relatifs aux marchés publics (le CCIRA). Le CCIRA a émis, le 31 mai 2021, l'avis selon lequel l'ANS doit indemniser cette société à raison du coût du traitement d'un volume de données de mauvaise qualité nécessaire à l'exécution de la prestation L3P1, excédant celui auquel la société pouvait s'attendre lors de la remise de son offre, sous réserve de ce que cette dernière justifie du montant de ce surcoût auprès de l'agence.

2. Les parties au contrat ont engagé un processus de médiation le 30 décembre 2021 sur la base du grief retenu par le CCIRA, à l'issue duquel elles ont conclu, le 11 mars 2022, un protocole transactionnel. En vertu de cet accord, d'une part, l'ANS s'engage à verser à la société DXC Technology France, à titre transactionnel, définitif, global, forfaitaire et libératoire, la somme de 420 000 euros HT, soit 504 000 euros TTC, et renonce définitivement à toute demande, action ou réclamation antérieures à la date de signature du protocole, de quelque nature et sur quelque fondement que ce soit et devant quelque juridiction ou autorité que ce soit, à l'encontre de la société DXC Technology France, qui trouverait sa cause ou son origine dans le différend précité dont le CCIRA a été saisi. D'autre part, la société DXC Technology France, en contrepartie des engagements pris par l'ANS, se déclare intégralement remplie de ses droits au titre du différend visé et dont elle avait saisi le CCIRA, et renonce définitivement à toute demande, action ou réclamation antérieures à la date de signature du protocole, de quelque nature et sur quelque fondement que ce soit et devant quelque juridiction ou autorité que ce soit, à l'encontre de l'ANS, qui trouverait sa cause ou son origine dans le différend précité. Par la présente requête, l'ANS demande au tribunal d'homologuer cet accord, conformément à son article 3.

Sur l'intervention de la société DXC Technology France :

3. Le jugement à rendre sur la demande d'homologation du protocole transactionnel conclu le 11 mars 2022 entre l'ANS et la société DXC Technology France est susceptible de préjudicier aux droits de cette société, laquelle a de surcroît déposé son mémoire en intervention dans les formes prescrites par l'article 3 du protocole conclu. Dès lors, l'intervention de la société DXC Technology est recevable.

Sur la demande d'homologation du protocole transactionnel conclu entre l'Agence du numérique en santé et la société SDX Technology France :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 213-1 du code de justice administrative : " La médiation régie par le présent chapitre s'entend de tout processus structuré, quelle qu'en soit la dénomination, par lequel deux ou plusieurs parties tentent de parvenir à un accord en vue de la résolution amiable de leurs différends, avec l'aide d'un tiers, le médiateur, choisi par elles ou désigné, avec leur accord, par la juridiction ". L'article L. 213-3 de ce code précise que " L'accord auquel parviennent les parties ne peut porter atteinte à des droits dont elles n'ont pas la libre disposition ". Enfin, l'article L. 213-4 du même code prévoit que : " Saisie de conclusions en ce sens, la juridiction peut, dans tous les cas où un processus de médiation a été engagé en application du présent chapitre, homologuer et donner force exécutoire à l'accord issu de la médiation ".

5. D'autre part, l'article 2044 du code civil dispose que " La transaction est un contrat par lequel les parties, par des concessions réciproques, terminent une contestation née, ou préviennent une contestation à naître. Ce contrat doit être rédigé par écrit ". Il résulte de ces dispositions, combinées avec celles des articles 6 et 2052 du code civil, que l'administration, peut, ainsi que le rappelle désormais l'article L. 423-1 du code des relations entre le public et l'administration, légalement conclure avec un ou des particuliers un protocole transactionnel afin de prévenir ou d'éteindre un litige, sous réserve de la licéité de l'objet de ce dernier, de l'existence de concessions réciproques et équilibrées entre les parties et du respect de l'ordre public.

6. Lorsque le juge est saisi d'une demande d'homologation d'un accord de médiation, il lui appartient d'appliquer les dispositions du code de justice administrative propres à ce type d'accord en s'assurant de l'accord de volonté des parties, de ce que celles-ci n'ont pas porté atteinte à des droits dont elles n'auraient pas eu la libre disposition et de ce que l'accord ne contrevient pas à l'ordre public ni n'accorde de libéralité. Les dispositions de l'article L. 213-1 du code de justice administrative n'imposent pas aux parties de conclure une médiation par une transaction au sens de l'article 2044 du code civil. Toutefois, lorsqu'il est saisi d'une demande d'homologation d'une transaction concrétisant un accord de médiation, le juge doit encore examiner si celle-ci répond aux exigences fixées par le code civil et par le code des relations entre le public et l'administration.

7. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le protocole transactionnel conclu le 11 mars 2022 par l'ANS et la société SDX Technology France, qui y ont effectivement consenti, n'a pas d'autre objet que de prévenir, par des concessions réciproques et équilibrées, un différend concernant l'exécution du marché public qui les lie. Le protocole a été régulièrement signé, n'est pas constitutif d'une libéralité de la part de l'agence, ne porte pas atteinte à des droits dont les parties n'auraient pas la libre disposition et ne méconnaît aucune autre règle d'ordre public. Ainsi, rien ne s'oppose à son homologation.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention de la société DXC Technology France est admise.

Article 2 : Le protocole transactionnel conclu le 11 mars 2022 entre l'Agence du numérique en santé et la société DXC Technology France est homologué.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'Agence du numérique en santé et à la société DXC Technology France.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Amat, présidente,

Mme Armoët, première conseillère,

M. Broussillon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

La rapporteure,

E. A

La présidente,

N. AMATLa greffière,

P. TARDY-PANIT

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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