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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2206866

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2206866

lundi 12 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2206866
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 2e Chambre
Avocat requérantVERDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 22 mars, 29 juillet et 19 septembre 2022 et le 3 mars 2023, Mme C A, représentée par Me Verdier, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2021 par lequel la maire de Paris a délivré un permis de construire à la société Buttes Chaumont pour la construction d'un ensemble de trois bâtiments sur un niveau de sous-sol à destination de bureaux et d'habitation sur un terrain situé 14, rue Arthur Rozier - 19, rue de Crimée dans le 19ème arrondissement de Paris ainsi que la décision portant rejet implicite de son recours gracieux ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2022 par lequel la maire de Paris a délivré un permis de construire modificatif portant sur la modification de l'aspect extérieur, la modification de la végétalisation, la mise à jour du dossier et la modification du tableau des surfaces ;

3°) de mettre à la charge de la ville de Paris et de la société Buttes Chaumont une somme globale de 12 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle justifie d'un intérêt à agir en sa qualité de voisin immédiat du projet ;

- le permis de construire a été signé par une autorité incompétente ;

- il a été délivré sur la base d'un dossier insuffisant au regard de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme, cette irrégularité n'ayant pas été régularisée par le permis de construire modificatif ;

- il méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît l'article UG. 10 du règlement du plan local d'urbanisme, cette irrégularité n'ayant pas été régularisée par le permis de construire modificatif ;

- il méconnaît l'article UG.11 de ce règlement et l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, cette irrégularité n'ayant pas été régularisée par le permis de construire modificatif ;

- il méconnaît le 2° de l'article UG.12.1 de ce règlement ;

- il méconnaît l'article UG. 13 de ce règlement ;

- la demande présentée sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme est irrecevable, faute d'avoir été formée par mémoire distinct, et infondée.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 juillet 2022 et les 3 et 20 janvier 2023, la ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les moyens invoquées par Mme A ne sont pas fondés ;

- un permis modificatif a été délivré le 1er décembre 2022 à la société Buttes Chaumont.

Par des mémoires, enregistrés les 29 avril et 31 août 2022 et le 11 janvier 2023, la société Buttes Chaumont, représentée par Me Baillon, conclut au rejet de la requête, à ce que la requérante soit condamnée à lui verser la somme de 500 000 euros sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à sa charge au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés ;

- les conditions de mise en œuvre du recours révèlent une volonté de lui nuire en bloquant le projet et traduisent un comportement abusif à l'origine d'un préjudice financier et d'image qui doit être évalué à 500 000 euros.

Par courrier du 24 mai 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme invoqué pour la première fois dans le mémoire en réplique enregistré le 19 septembre 2022, après l'expiration du délai de deux mois suivant la communication aux parties du premier mémoire en défense, est irrecevable en application des dispositions de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme.

Un courrier a été adressé le 9 janvier 2023 aux parties en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les informant de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et précisant la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par les derniers alinéas des articles R. 613-1 et R. 613-2 du code de justice administrative.

Par ordonnance du 22 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée le même jour.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le règlement du plan local d'urbanisme de la ville de Paris ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Madé,

- les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique,

- et les observations de Me Verdier, représentant Mme A, de Mme E représentant la ville de Paris et de Me Morisseau, représentant la société Buttes Chaumont.

Une note en délibéré présentée par la ville de Paris a été enregistrée le 1er juin 2023.

Une note en délibéré présentée par la société Buttes Chaumont a été enregistrée le 6 juin 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Le 29 avril 2021, la société Buttes Chaumont a déposé une demande de permis de construire pour la démolition de l'immeuble existant et la construction d'un ensemble immobilier de trois bâtiments à destination de bureaux et de logements sur un terrain situé 14, rue Arthur Rozier - 19, rue de Crimée dans le 19ème arrondissement de Paris. Le permis de construire sollicité a été délivré le 29 septembre 2021. Le 24 novembre 2021, Mme A a formé un recours gracieux contre cet arrêté qui a été implicitement rejeté. Par la présente requête, elle demande l'annulation de ces décisions. La maire de Paris a pris un arrêté rectificatif le 15 décembre 2021. Par ailleurs, un permis de construire modificatif portant sur la modification de l'aspect extérieur des constructions, la modification de la végétalisation, la mise à jour du dossier et la modification du tableau des surfaces a été délivré le 1er décembre 2022 par la maire de Paris. Mme A conteste également ce dernier arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les dispositions de l'arrêté du 29 septembre 2021 qui n'ont pas été modifiées par le permis de construire modificatif :

2. En premier lieu, par un arrêté du 21 septembre 2021 publié au bulletin officiel municipal de la ville de Paris du 28 septembre suivant, la maire de Paris a donné délégation à M. B D, adjoint au chef du service du permis de construire et du paysage de la rue, signataire de l'arrêté contesté, à l'effet de signer les arrêtés de permis de construire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code, ou d'une demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant une telle décision, les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. Cette communication s'effectue dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 611-3 du code de justice administrative. ".

4. Dans son mémoire en réplique enregistré le 19 septembre 2022, la requérante a invoqué un moyen nouveau tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Toutefois, ce moyen, invoqué plus de deux mois après la communication aux parties du premier mémoire en défense, doit être écarté comme irrecevable en application des dispositions précitées de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme.

5. En troisième lieu, Mme A soutient que le projet méconnaît les règles du plan local d'urbanisme relatives au gabarit-enveloppe.

6. D'une part, aux termes de l'article UG.10.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme : " Dispositions applicables aux terrains situés à l'angle de deux voies et aux terrains traversants : Lorsque, sur une partie de terrain, se superposent deux bandes E dans lesquelles sont définis, conformément aux articles UG.10.2.1, UG.10.2.2 ou UG.10.2.4, des gabarits- enveloppes de hauteurs différentes, le gabarit-enveloppe le plus élevé peut être appliqué sur cette partie de terrain, pour des motifs d'architecture ou d'environnement. ".

7. Il ressort du document graphique du plan local d'urbanisme que le terrain est bordé, côté rue Arthur Rozier, par un filet de couleur vert hachuré et que le gabarit-enveloppe se compose donc d'une verticale de hauteur de 10 mètres et d'un couronnement présentant une oblique de pente de 1/3 limitée par une horizontale située à 2 mètres au-dessus du sommet de la verticale. Toutefois, le terrain d'assiette étant, au niveau du bâtiment A, situé à l'angle de la rue de Crimée et de la rue Arthur Rozier, deux bandes E se superposent sur cette partie du terrain dans lesquelles sont définis des gabarits-enveloppes de hauteurs différentes. Le projet applique, en conséquence, à cet endroit le gabarit-enveloppe le plus élevé correspondant à celui déterminé depuis la rue de Crimée. Il ressort des pièces du dossier que l'application du gabarit-enveloppe le plus favorable au bâtiment A tend à assurer une continuité urbaine en alignant la hauteur du projet sur celle des constructions voisines, notamment sur celle située rue de Crimée faisant face à l'angle nord-ouest du bâtiment A, et à prendre en compte la configuration particulière des lieux, la rue Arthur Rozier étant surélevée par rapport à la rue de Crimée qu'elle coupe par un pont. Ainsi, des motifs architecturaux et d'environnement justifiaient que le gabarit-enveloppe de la construction projetée soit déterminé dans la partie de terrain concerné par la superposition des bandes E à partir des règles de gabarit-enveloppe applicables aux façades érigées depuis la rue de Crimée.

8. D'autre part, aux termes de l'article UG.10.4 du règlement du plan local d'urbanisme : " - Gabarit-enveloppe des constructions en vis-à-vis sur un même terrain : (Voir figure17) UG.10.4.1 - Dispositions générales : Le point d'attache du gabarit-enveloppe est pris sur le plancher du niveau le plus bas comportant des baies constituant l'éclairement premier de pièces principales s'éclairant sur la façade du bâtiment en vis-à-vis. Le gabarit-enveloppe d'une construction ou partie de construction à édifier en vis-à-vis de la façade d'un bâtiment comportant des baies constituant l'éclairement premier de pièces principales se compose successivement : a - d'une verticale de hauteur H égale au prospect P mesuré entre les constructions en vis-à-vis augmenté de 4 mètres : H = P + 4,00 m b- d'une oblique de pente 1/1 élevée au sommet de la verticale et limitée à la hauteur plafond. La façade ou partie de façade de la construction à édifier ne peut comporter de baies constituant l'éclairement premier de pièces principales que si le gabarit-enveloppe défini ci-dessus, appliqué au bâtiment en vis-à-vis, qu'il comporte ou non des baies, est respecté. Lorsque la façade ou partie de façade de la construction projetée n'est pas parallèle à la façade située en vis-à-vis, on peut utiliser une valeur moyenne Pm du prospect mesuré perpendiculairement au bâtiment le plus élevé, calculée par la moyenne arithmétique du prospect le plus petit et du prospect le plus grand. Cette valeur n'est prise en compte qu'à concurrence des 4/3 du prospect le plus petit. (Voir figure 14)".

9. Il résulte des dispositions précitées éclairées par la figure 14 que s'agissant des façades non parallèles situées en vis-à-vis des bâtiments A et C donnant sur le jardin intérieur, le prospect moyen doit être mesuré perpendiculairement au bâtiment A et calculé par la moyenne arithmétique entre le prospect le plus petit et le prospect le plus grand entre ces deux façades dans la limite des 4/3 du prospect le plus petit. Il ressort des pièces du dossier que le prospect le plus petit, correspondant à la distance entre l'extrémité nord de la façade du bâtiment A et la façade du bâtiment C située en vis-à-vis, est égal à 3 mètres. Par suite, le prospect moyen équivalant au 4/3 de ce prospect est de 3 mètres et la verticale de hauteur, qui correspond au prospect mesuré entre les constructions augmenté de 4 mètres, est donc de 8 mètres. S'agissant du bâtiment A, le point d'attache du gabarit-enveloppe est pris au niveau le plus bas du bâtiment C comportant au moins une baie constituant l'éclairement premier d'une pièce principale. Il ressort des pièces du dossier que la façade du bâtiment C comporte, compte tenu du décalage de niveaux entre les bâtiments A et C, deux baies constituant l'éclairement premier d'un séjour cuisine au niveau R+1, s'éclairant sur la façade du bâtiment A en vis-à-vis. Le plancher du niveau R+1 du bâtiment C, situé à la cote 107,16 NVP, doit donc être regardé comme le niveau du point d'attache du gabarit-enveloppe applicable au bâtiment A constitué d'une verticale de hauteur de 8 mètres et d'une oblique de pente 1/1 élevée au sommet de la verticale et limitée à la hauteur plafond. Or le bâtiment A, excède en partie les dimensions du gabarit-enveloppe autorisé par les dispositions de l'article UG.10.4.1 du règlement du plan local d'urbanisme précitées. S'agissant du bâtiment C, le point d'attache du gabarit-enveloppe est pris au niveau le plus bas du bâtiment A comportant au moins une baie constituant l'éclairement premier d'une pièce principale. Il ressort des pièces du dossier que la façade du bâtiment A comporte au niveau R+1 plusieurs baies constituant l'éclairement premier d'une pièce principale s'éclairant sur la façade du bâtiment C en vis-à-vis. Le plancher du niveau R+1 du bâtiment A, situé à la cote 103,48 NVP, doit donc être regardé comme le niveau du point d'attache du gabarit-enveloppe applicable au bâtiment C constitué d'une verticale de hauteur de 8 mètres et d'une oblique de pente 1/1 élevée au sommet de la verticale et limitée à la hauteur plafond. Or il ressort des pièces du dossier que le bâtiment C respecte le gabarit-enveloppe fixé par les dispositions de l'article UG.10.4.1 du règlement du plan local d'urbanisme précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être accueilli uniquement en ce qui concerne le bâtiment A.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article UG.11.1 du règlement du plan local d'urbanisme : Les interventions sur les bâtiments existants comme sur les bâtiments à construire, permettant d'exprimer une création architecturale, peuvent être autorisées. L'autorisation de travaux peut être refusée ou n'être accordée que sous réserve de prescriptions si la construction, l'installation ou l'ouvrage, par sa situation, son volume, son aspect, son rythme ou sa coloration, est de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. Notamment, pour éviter de créer ou de laisser à découvert des murs pignons, la hauteur d'une construction projetée en bordure de voie peut être soit réduite, soit augmentée, nonobstant les dispositions de l'article UG.10.2, sans créer de décalage supérieur, en principe, à la hauteur moyenne d'un étage par rapport aux constructions contiguës ".

11. Les dispositions de l'article UG.11 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris ont le même objet que celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, qui sont d'ailleurs reprises au point UG.11.1, et posent des exigences qui ne sont pas moindres que celles résultant de l'article R. 111-27. Dès lors, c'est par rapport aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme que doit être appréciée la légalité d'une autorisation d'urbanisme.

12. Ces dispositions fixent, de façon développée et nuancée, les règles relatives à l'aspect extérieur des constructions, aux aménagements de leurs abords, à la protection des immeubles et des éléments de paysage, applicables à la zone UG qui comprend l'essentiel du territoire construit de la ville de Paris. Si les dispositions du début du point UG.11.1.3 sur les constructions nouvelles énoncent que ces constructions doivent s'intégrer au tissu urbain existant, en prenant en compte les particularités des quartiers, celles des façades existantes et des couvertures, ces dispositions ne peuvent être isolées des autres dispositions de l'article UG.11, en particulier de celles du point UG.11.1, qui précisent que peuvent être autorisées des constructions nouvelles permettant d'exprimer une création architecturale et qui n'imposent pas que soit refusée une autorisation de nature à porter atteinte au caractère des lieux avoisinants, et celles du même point UG.11.1.3 qui précisent que l'objectif d'intégration dans le tissu urbain existant ne doit pas conduire à un mimétisme architectural ou faire obstacle à des projets d'architecture contemporaine. Dans cet esprit, les dispositions du point UG.11.1.3 permettent expressément de ne pas reprendre, pour des constructions nouvelles contemporaines, les registres des bâtiments sur rue, entendus comme le soubassement, la façade et le couronnement, tels qu'ils sont habituellement observés pour les bâtiments parisiens. De même, les dispositions du paragraphe 4 du point UG.11.1.3 relatives aux matériaux n'interdisent pas l'emploi de matériaux, ou de teintes, différents de la pierre calcaire ou du plâtre, et admet le recours à des matériaux innovants en matière d'aspect des constructions.

13. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit la construction d'un bâtiment A en R+6+attique sur un niveau de sous-sol côté rue Arthur Rozier et en R+7+attique côté rue de Crimée situé à l'angle des deux rues, un bâtiment B rue de Crimée en R+6+attique sur un niveau de sous-sol et un bâtiment C rue Rozier en R+2 sur un niveau de sous-sol. Toutefois, si les bâtiments A et B ont une hauteur élevée, il ressort des pièces du dossier que les immeubles implantés dans le quartier présentent des hauteurs variées et que plusieurs immeubles présentent une hauteur similaire voire même supérieure à celle de l'immeuble projeté. Par ailleurs, si la requérante soutient que certains immeubles avoisinants bénéficieraient d'une protection patrimoniale, elle n'apporte aucune précision sur les immeubles concernés. Enfin, si elle fait valoir que la suppression du soubassement en pierres meulières du bâtiment existant fera disparaître l'attrait du pont, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet, qui créée un parvis devant l'escalier menant au pont afin de valoriser son débouché et remploie les pierres meulières du bâtiment existant pour le soubassement des bâtiments A et B, porterait atteinte au pont de la rue Arthur Rozier, dont l'intérêt ou le caractère particulier ne sont, en tout état de cause, pas établis. Dans ces conditions, et malgré les réserves émises par l'architecte des bâtiments de France et le maire d'arrondissement, Mme A n'établit pas que le projet porterait atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants.

14. En cinquième lieu, aux termes de l'article UG.12.1 du règlement du plan local d'urbanisme : " Stationnement des véhicules à moteur 2°- Normes de stationnement :

a - Bureaux : La capacité d'un parc de stationnement réalisé dans une construction destinée aux

bureaux, places pour deux-roues motorisés comprises, ne doit pas dépasser :

sur le territoire des 1er au 11e arrondissements, un nombre de places égal au résultat,

arrondi au chiffre entier supérieur, de la division de la surface de plancher destinée

aux bureaux par la surface de 500 m² ; sur le territoire des 12e au 20e arrondissements, un nombre de places égal au résultat, arrondi au chiffre entier supérieur, de la division de la surface de plancher destinée aux bureaux par la surface de 250 m². Les normes maximales susmentionnées ne s'appliquent pas aux projets conservant les planchers existants. Les places de stationnement affectées à l'habitation ne peuvent être réaffectées aux bureaux que dans le respect de ces normes.

b - Autres destinations : Il n'est pas imposé de normes. ".

15. Mme A soutient que dans la mesure où le projet porte sur la réalisation de 650 mètres carrés de surface de plancher affectée aux bureaux, 3 places de stationnement devaient être prévues pour cette destination et que, s'agissant des 3 860 mètres carrés de stationnement destinés à l'habitation, plusieurs places de stationnement devaient également être prévues. Cependant, l'article UG.12.1 du règlement du plan local d'urbanisme fixe seulement une norme plafond pour les locaux à destination de bureaux. En outre, aucune norme n'est imposée s'agissant des locaux à destination d'habitation. Enfin, la requérante ne peut utilement soutenir, à l'appui du moyen tiré de la méconnaissance de cet article, que l'absence de place de stationnement serait de nature à générer un risque pour le trafic. Par suite, ce moyen doit être écarté.

16. En dernier lieu, si la requérante invoque la méconnaissance de l'article UG.13.1.2 du règlement du plan local d'urbanisme, en se bornant à soutenir que le projet ne respecte pas ces prescriptions, elle n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne les dispositions de l'arrêté du 29 septembre 2021 modifiées par l'arrêté de permis de construire modificatif :

17. Lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis d'aménager, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées à la suite de la modification de son projet par le pétitionnaire et en l'absence de toute intervention du juge ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.

18. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; ".

19. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

20. Alors que le dossier de permis de construire initial comportait quatre documents graphiques d'insertion du projet, le dossier de permis de construire modificatif comporte deux documents graphiques supplémentaires. Ces documents, ainsi que les photographies de l'environnement proche et lointain et les plans versés au dossier, ont permis aux services instructeurs d'apprécier l'insertion du projet de construction dans son environnement, notamment au niveau de la rue Arthur Rozier. Par suite, la requérante ne peut utilement soutenir que le permis de construire initial méconnaît les dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme.

Sur l'application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme :

21. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé. ".

22. Le vice tenant à la méconnaissance de l'article UG.10.4.1, qui affecte une partie identifiable du projet, peut être régularisé sans qu'une telle régularisation implique d'apporter au projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Par suite, il y a lieu de procéder à l'annulation partielle du permis de construire contesté du 29 septembre 2021 tel que rectifié par l'arrêté du 15 décembre 2021 et modifié par l'arrêté du 1er décembre 2022 en tant que le gabarit-enveloppe du bâtiment A méconnaît les dispositions de l'article UG.10.4.1 du règlement du plan local d'urbanisme et de fixer à trois mois le délai imparti à la pétitionnaire pour solliciter la régularisation du projet. Par ailleurs, la décision portant rejet du recours gracieux doit être annulée dans la mesure où elle ne revient pas sur cette autorisation en raison de cette illégalité.

Sur la demande de la société Buttes Chaumont présentée sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme :

23. Aux termes des dispositions de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts. La demande peut être présentée pour la première fois en appel.

24. La société Buttes Chaumont n'est, en tout état de cause, pas fondée à soutenir que Mme A aurait mis en œuvre son droit de former un recours pour excès de pouvoir contre le permis de construire litigieux dans des conditions traduisant un comportement abusif, au sens des dispositions législatives précitées, dès lors qu'en sa qualité de voisin immédiat du projet, cette dernière établit disposer, compte tenu de la nature de l'importance et de la localisation de ce dernier situé en face de son immeuble, d'un intérêt à agir contre ce permis et qu'en outre, contrairement à ce que soutient la société pétitionnaire, les moyens invoqués par la requérante ne sont pas dépourvus de caractère sérieux, l'un des moyens invoqués étant d'ailleurs fondé. Au surplus, la réalité du préjudice allégué de 500 000 euros tenant au coût des études et analyses réalisées en vain, aux frais divers et financiers et à son préjudice d'image, n'est pas établie. Par suite, la demande formée par la société Buttes Chaumont sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme doit être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

25. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Buttes Chaumont demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge, d'une part, de la ville de Paris, la somme de 200 euros et d'autre part, de la société Buttes Chaumont, la même somme, à verser à Mme A au titre de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 29 septembre 2021 tel que rectifié par l'arrêté du 15 décembre 2021 et modifié par l'arrêté du 1er décembre 2022 est annulé en tant que le gabarit-enveloppe du bâtiment A méconnaît les dispositions de l'article UG.10.4.1 du règlement du plan local d'urbanisme. La décision implicite portant rejet du recours gracieux est annulée dans la mesure où elle ne revient pas sur cette autorisation en raison de cette illégalité.

Article 2 : Le délai accordé à la société Buttes Chaumont pour solliciter la régularisation de son projet est fixé à trois mois.

Article 3 : La ville de Paris versera à Mme A la somme de 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La société Buttes Chaumont versera à Mme A la somme de 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Les conclusions présentées par la société Buttes Chaumont au titre des dispositions des articles L. 600-7 du code de l'urbanisme et L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à la ville de Paris et à la société Buttes Chaumont.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Le Roux, présidente,

Mme Madé, première conseillère,

Mme Berland, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2023.

La rapporteure,

C. MADÉ

La présidente,

M-O. LE ROUX La greffière,

I. SZYMANSKI

La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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