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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2207005

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2207005

mercredi 14 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2207005
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3e Section - 2e Chambre - R.222-13
Avocat requérantIOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 mars 2022, M. C B, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 février 2022 par laquelle le préfet de l'Essonne a suspendu la validité de son permis de conduire pendant une durée de cinq mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui restituer son permis de conduire dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît l'article R. 221-13 du code de la route ;

- elle méconnaît les articles L. 224-1 et L. 224-2 du code de la route en l'absence de mention de l'homologation et du nom de l'organisme qui a procédé à la vérification du cinémomètre qui a enregistré la vitesse de son véhicule.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le moyen tiré de la violation du principe du contradictoire est inopérant s'agissant d'une mesure prise en urgence et le requérant a, en tout état de cause, été en mesure de présenter ses observations ;

- le moyen tiré de la violation de l'article R. 221-13 du code la route est inopérant dès lors que les modalités de la visite médicale sont précisées dans l'arrêté attaqué ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions lors de l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, titulaire d'un permis de conduire délivré le 21 octobre 1970, a fait l'objet, le 7 février 2022, d'une mesure de rétention de son permis de conduire pour avoir commis un dépassement de vitesse de plus de 40 km/h de la vitesse maximale autorisée de 90 km/h, dans la commune de Saulx les Chartreux. Par un arrêté du 8 février 2022, le préfet de l'Essonne a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de cinq mois à compter de la date de sa rétention et a prévu qu'avant la fin de cette période l'intéressé devra se soumettre à une visite médicale devant un médecin agréé pour prononcer un avis sur l'aptitude médicale à la conduite. M. B a exercé un recours gracieux contre cette décision, le 24 mars 2022, qui a été implicitement rejeté. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 février 2022.

2. Aux termes de l'article L. 224-1 du code de la route : " I.- Les officiers et agents de police judiciaire retiennent à titre conservatoire le permis de conduire du conducteur : () 5° Lorsque le véhicule est intercepté, lorsque le dépassement de 40 km/ h ou plus de la vitesse maximale autorisée est établi au moyen d'un appareil homologué ; (). ". Aux termes de l'article L. 224-2 de ce code : " I.- Le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : () 3° Le véhicule est intercepté, lorsque le dépassement de 40 km/ h ou plus de la vitesse maximale autorisée est établi au moyen d'un appareil homologué ; () II.- La durée de la suspension du permis de conduire ne peut excéder six mois. () ".

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les textes dont il est fait application, notamment les articles L. 224-1 et L. 224-2 précités. En outre, il indique que M. B a fait l'objet d'une mesure de rétention de son permis de conduire pour avoir commis, dans la commune de Saulx Les Chartreux le 7 février 2022 à 13 heures 45, une infraction punie par le code de la route de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire, en précisant que l'intéressé a commis un dépassement de 40 km/h ou plus de la vitesse maximale autorisée établi au moyen d'un appareil homologué en l'occurrence une vitesse retenue de 143 km/h pour une vitesse autorisée de 90 km/h. L'arrêté retient ainsi que le conducteur en infraction représente un danger grave et immédiat pour la sécurité des usagers de la route, ses éventuels passagers et lui-même. Dans ces conditions, cet arrêté, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; 2° Lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public ou la conduite des relations internationales ; 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière ; () ". Les modalités de la procédure contradictoire applicables aux décisions mentionnées à l'article L. 211-2 sont définies à l'article L. 122-1 du même code. La suspension d'un permis de conduire est une mesure de police qui doit être motivée en application de l'article L. 211-2 du même code. Toutefois, compte tenu des conditions particulières d'urgence dans lesquelles intervient la décision par laquelle le préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route, qui doit être prise dans les 72 heures et qui a pour objet de faire obstacle à ce qu'un conducteur ayant commis un grave excès de vitesse retrouve l'usage de son véhicule, le préfet peut légalement prendre cette décision en se dispensant de procédure contradictoire en application du 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B a commis un dépassement de plus de 40 km/h de la vitesse maximale autorisée, en l'occurrence une vitesse enregistrée de 151 km/h et retenue à 143 km/h, alors que la vitesse autorisée sur la route nationale en cause était limitée à 90 km/h. Dans ces conditions, contrairement à ce que le requérant soutient, le préfet de l'Essonne pouvait légalement prendre la décision de suspension litigieuse en se dispensant du respect de la procédure contradictoire.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 221-13 du code de la route : " Le préfet soumet au contrôle médical de l'aptitude à la conduite : 1° Tout conducteur ou accompagnateur d'un élève conducteur auquel est imputable l'une des infractions prévues par les articles L. 234-1, L. 234-8, L. 235-1 et L. 235-3 ; 2° Tout conducteur qui a fait l'objet d'une mesure portant restriction du droit de conduire ; 3° Tout conducteur qui fait l'objet d'une mesure portant suspension du droit de conduire d'une durée supérieure à un mois pour l'une des infractions prévues au présent code, autres que celles mentionnées au 1° ci-dessus ". Les modalités du contrôle médical de l'aptitude à la conduite sont fixées par les articles R. 226-1 et suivants du même code.

7. En l'espèce, l'article 4 de l'arrêté attaqué précise que, avant la fin de la mesure de suspension du permis de conduire, l'intéressé devra se soumettre à une visite médicale devant un médecin agréé pour prononcer un avis sur l'aptitude médicale à la conduite. En outre, le verso de cet arrêté précise les modalités de cet examen médical. Par suite, M. B n'est, en tout état de cause, pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu les dispositions citées au point 6 du présent jugement.

8. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier du procès-verbal signé par le requérant le 7 février 2022 ainsi que du carnet métrologique produit par le préfet de l'Essonne, que l'infraction commise par M. B le 7 février 2022 a été relevée par un instrument cinémomètre fixe de la marque L.T.I, " ULTRALYTE LR ", n° de série 015237, qui avait fait l'objet d'une vérification, en dernier lieu, le 28 avril 2021 par la société SGS automotive services située au Mans. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les faits qui ont justifié la mesure de suspension n'auraient pas été constatés au moyen d'un appareil homologué ayant fait l'objet de la vérification requise.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 février 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2022.

La magistrate désignée,

E. ALa greffière,

P. TARDY-PANIT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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