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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2207044

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2207044

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2207044
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3e Section - 3e Chambre
Avocat requérantBONAGLIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 mars 2022 et le 7 avril 2022,

Mme F, représentée par Me Bonaglia, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 22 mars 2022 par laquelle préfet de police l'a mise en demeure de quitter, sous un délai de vingt-quatre heures, le logement qu'elle occupait sans droit ni titre au 41 rue de l'Orillon à Paris (75011) ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle, ou, si sa demande d'aide juridictionnelle devait être rejetée, de lui verser cette somme, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a entachée de l'incompétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire distinct, enregistré le 7 avril 2022, Mme F demande au tribunal de transmettre au Conseil d'Etat la question prioritaire de constitutionnalité relative à la conformité aux droits et libertés garantis par la Constitution de l'article 38 de la loi du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable et portant diverses mesures en faveur de la cohésion sociale, dans leur rédaction issue de la loi du 7 décembre 2020 d'accélération et de simplification de l'action publique.

Elle soutient que les dispositions litigieuses portent atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution et notamment au droit au recours effectif et au principe d'égalité.

Par un mémoire enregistré le 11 octobre 2022, le préfet de police conclut à ce que la question prioritaire de constitutionnalité ne soit pas transmise au Conseil d'Etat.

Par une ordonnance du 20 octobre 2022, la question prioritaire de constitutionnalité a été transmise au Conseil d'Etat.

Par une décision n° 468389 du 20 janvier 2023, le Conseil d'État a saisi le Conseil Constitutionnel, d'une question prioritaire de constitutionnalité dans les conditions prévues à l'article 61-1 de la Constitution.

Par sa décision n° 2023-1083 QPC du 24 mars 2023, le Conseil constitutionnel, a déclaré conformes à la Constitution les dispositions l'article 38 de la loi du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable et portant diverses mesures en faveur de la cohésion sociale dans leur rédaction issue de la loi du 7 décembre 2020 d'accélération et de simplification de l'action publique, sous réserve que le préfet prenne en compte la situation personnelle ou familiale de l'occupant dont l'évacuation est demandée pour procéder à la mise en demeure.

Une ordonnance du 27 mars 2023 a fixé la clôture d'instruction au 27 avril 2023.

Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mai 2022.

Un mémoire présenté par le préfet de police a été enregistré le 26 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu la décision prise en application de l'article R. 222-19 du code de justice administrative par laquelle il a été décidé de renvoyer l'affaire en formation collégiale.

Vu :

- la Constitution, notamment son article 62 ;

- la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable et portant diverses mesures en faveur de la cohésion sociale ;

- la décision n° 2023-1083 QPC du 24 mars 2023 du Conseil constitutionnel statuant sur la question prioritaire de constitutionnalité soulevée par Mme F ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hermann Jager,

- les conclusions de M. Dubois, rapporteur public,

- et les observations de M. G, pour le préfet de police.

Considérant ce qui suit :

1. Pour faire suite au dépôt de plainte de M. B, propriétaire du logement situé au

41 rue de l'Orillon à Paris (75011), illégalement occupé par Mme F qui s'était irrégulièrement introduite dans les lieux, le préfet de police a, par un arrêté du 22 mars 2022, mis en demeure Mme F, sur le fondement de l'article 38 de la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 modifiée, instituant le droit au logement opposable et portant diverses mesures en faveur de la cohésion sociale, de quitter le logement qu'elle occupait sans droit ni titre, sous un délai de vingt-quatre heures. Mme F demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du président du bureau d'aide juridictionnelle en date du

24 mai 2022, Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ses conclusions tendant à ce qu'elle soit admise provisoirement à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. M. A D, sous-préfet, directeur adjoint du cabinet du préfet de police disposait d'une délégation de signature, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs du 31 août 2021, qui lui a été donnée, le 30 août 2021, par le préfet de police à l'effet de signer, en l'absence de M. E, préfet directeur de cabinet du préfet de police, au nom du préfet de police, tous actes, arrêtés, décisions, conventions et pièces comptables nécessaires à l'exercice des attributions et pouvoirs dévolus au préfet de police par les textes législatifs et réglementaires à l'exclusion des arrêtés portant nomination du directeur et du sous-directeur du laboratoire central, du directeur de l'institut médico-légal, de l'architecte de sécurité en chef, du médecin-chef du service du contrôle médical du personnel de la préfecture de police et du médecin-chef de l'infirmerie psychiatrique. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait.

4. L'arrêté en litige, qui mentionne les dispositions de l'article 38 de la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007, instituant le droit au logement opposable et portant diverses mesures en faveur de la cohésion sociale, relève qu'une plainte du propriétaire de studio illégalement occupé par

Mme F a été déposée, qu'un officier de police judiciaire a constaté l'entrée illégale de cette dernière dans le logement par changement de serrure, son maintien dans les lieux et le lui a fait savoir, qu'enfin, eu égard à la demande formulée par le propriétaire du logement tendant à ce que le préfet de police mette fin à l'occupation illicite, les conditions de mise en œuvre des dispositions de l'article 38 précité sont réunies. La décision en litige, qui comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est ainsi suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté.

5. Aux termes de l'article 38 de la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable et portant diverses mesures en faveur de la cohésion sociale modifié : " En cas d'introduction et de maintien dans le domicile d'autrui, qu'il s'agisse ou non de sa résidence principale, à l'aide de manœuvres, menaces, voies de fait ou de contrainte, la personne dont le domicile est ainsi occupé ou toute personne agissant dans l'intérêt et pour le compte de celle-ci peut demander au préfet de mettre en demeure l'occupant de quitter les lieux, après avoir déposé plainte, fait la preuve que le logement constitue son domicile et fait constater l'occupation illicite par un officier de police judiciaire. / La décision de mise en demeure est prise par le préfet dans un délai de quarante-huit heures à compter de la réception de la demande. "

6. Si la requérante soutient que la procédure d'expulsion du logement dont elle a fait l'objet était irrégulière et qu'en application de la circulaire du 22 janvier 2021 relative à la réforme de la procédure administrative d'évacuation forcée en cas de " squatt ", le préfet de police aurait dû faire réaliser un diagnostic social de son occupation et qu'en l'absence de ce diagnostic, la procédure d'évacuation forcée est irrégulière, Mme F ne peut utilement se prévaloir des dispositions de ladite circulaire dès lors qu'elles n'ont pas de valeur réglementaire. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police aurait décidé de son expulsion à l'issue d'une procédure irrégulière. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

7. Il ressort, en revanche des pièces du dossier que Mme F, s'est introduite irrégulièrement le 21 février 2022, après un changement de serrure, dans le studio de M. B, situé au 41 rue de l'Orillon à Paris (75011. Elle s'est maintenue dans les lieux alors qu'elle était avertie qu'elle occupait illégalement le logement, même si elle s'en défend, sans toutefois ni l'établir ni convaincre, faute de justificatifs précis et circonstanciés de nature à infirmer l'appréciation portée sur son comportement. Après dépôt d'une plainte par le propriétaire pour violation de domicile, le préfet de police a mis en œuvre la procédure d'expulsion. Au vu des éléments produits au dossier, l'intéressée ne peut qu'être regardée comme s'étant introduite par manœuvre dans le logement appartenant à M. B, qu'il avait mis en vente. La circonstance que ce studio était en vente et qu'il ne l'habitait plus n'est pas de nature à modifier l'appréciation quant à l'introduction et au maintien irréguliers dans le logement. Ainsi les conditions requises par les dispositions précitées de l'article 38 de la loi du 5 mars 2007 modifiée pour que l'occupant irrégulier soit mis en demeure de quitter les lieux dans le délai de 24 heures étaient réunies et ce d'autant plus que l'intéressée avait été informée de l'irrégularité de son occupation dudit logement par les services de police, dès le 12 mars 2022. Il s'ensuit que la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de police aurait entaché son arrêté d'une erreur de droit ou d'une erreur manifeste d'appréciation

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme F doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire de Mme F.

Article 2 : La requête de Mme F est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C F, au ministre de l'intérieur et des outre-mer, et à Me Bonaglia.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Hermann Jager, présidente rapporteure,

Mme Beugelmans-Lagane, première conseillère,

Mme Renvoise, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

La présidente rapporteure,

V. HERMANN JAGER

L'assesseure la plus ancienne,

N. BEUGELMANS-LAGANE

La greffière,

C. YAHIAOUI

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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