mardi 28 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2207166 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | MONTOYA |
Vu les procédures suivantes :
Par une requête, enregistrée le 25 mars 2022, M. A C, représenté par Me Montoya, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision de l'inspecteur du travail de la 8ème section de l'unité de contrôle n°16 de Paris du 25 janvier 2022 ayant accordé l'autorisation, présentée par la société NACC, son employeur, de le licencier pour faute ;
2°) d'annuler la décision de licenciement pour faute disciplinaire du 31 janvier 2022 ;
3°) d'ordonner sa réintégration au sein de la société NACC ;
4°) de condamner la société NACC à indemniser son préjudice subi résultant de la perte de revenus entre la rupture de son contrat de travail et la réintégration dans l'entreprise, ainsi que son préjudice moral ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, concernant le grief relatif au non-respect des procédures dans deux dossiers dont la créance est supérieure à 300 000 euros, ainsi que pour les griefs relatifs à la négligence dans le traitement et le suivi du dossier Bradel, ainsi que pour le grief relatif à la connexion trop longue au logiciel de suivi des dossiers.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2022, et des pièces complémentaires du 16 septembre 2022, la société NACC, représentée par Me Farnier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une lettre du 7 septembre 2022, la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités a informé le tribunal de l'existence d'un recours hiérarchique contre sa décision.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2022, le ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 3 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 1er décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Par un courrier du 23 février 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant d'une part à l'annulation de la décision de licenciement pour faute disciplinaire du 31 janvier 2022, d'autre part à ordonner la réintégration du requérant dans la société NACC et enfin à la condamnation de la société NACC à indemniser le préjudice subi par le requérant résultant de la perte de revenus subie entre la rupture de son contrat de travail et la réintégration dans l'entreprise, ainsi que du préjudice moral subi, qui relèvent toutes du juge judiciaire.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B ;
- les conclusions de M. Dubois, rapporteur public ;
- et les observations de Me Montoya, pour M. C et de Me Farnier, représentant la société NACC.
Considérant ce qui suit :
1. La société NACC, a sollicité, le 8 décembre 2021, de l'inspecteur du travail, l'autorisation de licencier pour faute M. C, employé depuis le 5 avril 2004, en qualité de juriste contentieux et détenant le mandat de suppléant de membre du comité social et économique. Par une décision du 25 janvier 2022, l'inspecteur du travail de la 8ème section de l'unité de contrôle de Paris 16 a accordé cette autorisation. Par une décision implicite, née du silence gardé, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a rejeté le recours hiérarchique formé par M. C contre la décision de l'inspecteur du travail du 25 janvier 2022. Le ministre a, ultérieurement, par une décision du 16 août 2022, d'une part, retiré sa décision implicite et annulé la décision de l'inspecteur du travail et, d'autre part, autorisé le licenciement de M. C. M. C demande au tribunal l'annulation de la décision autorisant son licenciement.
Sur l'étendue du litige :
2. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque que le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.
3. Il en résulte que les conclusions de la requête, qui sont initialement dirigées contre la décision de l'inspecteur du travail du 25 janvier 2022, doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision de la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion du
16 août 2022 qui s'est substituée à la décision de l'inspecteur du travail annulée par la ministre.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En vertu des dispositions du code du travail, les salariés légalement investis de fonctions représentatives bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent. Leur licenciement ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail dont dépend l'établissement et ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi, et, le cas échéant, au ministre compétent, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi.
5. Pour autoriser le licenciement pour faute de M. C, juriste chargé de négociation de recouvrement des créances, l'inspecteur du travail et la ministre du travail ont considéré que ce dernier n'avait pas respecté les procédures internes de la société NACC relatives à la validation d'un accord portant sur des créances supérieures à un montant de 300 000 euros, concernant deux clients débiteurs, la société Caraïbes JC et la société Bati R. Il ressort des pièces du dossier que, s'agissant tout d'abord la créance de la société Caraïbes JC,
M. C a adressé à cette société une lettre d'accord, datée du 20 juillet 2021, lui indiquant l'acceptation par la société NACC, de solder son dossier, contre le versement de la somme de 450 000 euros avant le 30 novembre 2021. Par des courriers ultérieurs, des 30 septembre 2021 et
22 octobre 2021, il a formulé cette même solution de solde du dossier moyennant une somme de 500 000 euros. S'agissant de la société Bati R, M. C lui a envoyé une lettre d'accord datée du 30 juin 2021 faisant état de l'acceptation de la société NACC de solder son dossier contre le versement de la somme de 750 000 euros, avant le 30 novembre 2021. Ainsi que le fait valoir, en défense, la ministre du travail, l'obligation de recueillir l'autorisation de la direction de la société pour toute créance supérieure à 300 000 euros, dans le but de valider les protocoles d'accord transactionnels, avait été instaurée depuis 2018 au sein de la société. Cette exigence avait été dûment rappelée aux juristes de la société, lors de la réunion mensuelle du 5 mars 2021, cette procédure s'accompagnant de la transmission, à la direction, d'une fiche de transaction pour toute demande de transaction formulée par les clients débiteurs. S'il est constant que
M. C avait informé son supérieur hiérarchique direct des négociations en cours avec les deux sociétés précitées, notamment le 21 janvier 2021 concernant la société Caraibes JC et le
2 septembre 2020 concernant la société Bati R, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait formulé expressément une demande de validation à sa direction, avant les envois des courriers litigieux lesquels, eu égard aux termes mêmes employés, engageaient la société vis-à-vis des clients. M. C a, d'autre part, assuré par écrit, le 28 septembre 2021, à sa hiérarchie, qu'il était toujours en négociation avec les sociétés précitées, sans, toutefois, faire mention des lettres d'accord envoyées antérieurement par ses soins, et sans avoir respecté, ainsi que cela ressort des pièces du dossier, la procédure mise en place par son employeur, pour les créances supérieures à 300 000 euros. Il suit de là que l'absence de respect des procédures par l'intéressé dans ces deux dossiers de recouvrement de créances dépassant 300 000 euros est établie. La manière d'agir de M. C, qui a dissimulé à sa hiérarchie l'avancée des démarches entreprises vis-à-vis des clients et l'engagement qu'il avait pris vis-à-vis de ceux-ci, est ainsi constitutive d'une faute d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation invoqué par le requérant doit être écarté.
6. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion du
16 août 2022.
Sur la recevabilité des autres conclusions :
7. M. C a formulé des conclusions tendant d'une part à l'annulation de la décision de licenciement pour faute disciplinaire du 31 janvier 2022, d'autre part, à ordonner la réintégration du requérant dans la société NACC et enfin à la condamnation de la société NACC à indemniser le préjudice subi par le requérant résultant de la perte de revenus subie entre la rupture de son contrat de travail et la réintégration dans l'entreprise, ainsi que du préjudice moral subi. Toutefois, de telles conclusions qui relèvent de la compétence du juge judiciaire statuant dans le cadre d'un litige entre le salarié et son employeur, doivent, par conséquent, être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaitre.
Sur les frais liés au litige :
8. D'une part, dans les circonstances de l'espèce, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. C le versement d'une somme sollicitée par la société NACC au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la société NACC présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à la société NACC.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Hermann Jager, présidente,
Mme Beugelmans-Lagane, première conseillère,
Mme Renvoise, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.
La rapporteure,
T. B
La présidente
V. HERMANN JAGER
La greffière,
C. YAHIAOUI
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026