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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2207411

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2207411

lundi 21 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2207411
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3e Section - 2e Chambre - R.222-13
Avocat requérantLESAGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

D une requête, enregistrée le 29 mars 2022, M. B C, représenté D Me Lesage, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 janvier 2022 D laquelle le préfet de police a refusé de procéder à l'échange de son permis de conduire ivoirien contre un permis de conduire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de procéder à l'échange de son permis de conduire, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en l'absence de mise en œuvre de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation dans la mesure où son permis de conduire ivoirien est authentique.

D un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le moyen tiré du vice de procédure est inopérant dès lors que la décision a été prise en réponse à une demande de l'intéressé au sens de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- les autres moyens soulevés D M. C ne sont pas fondés ;

- les conclusions tendant à ce qu'il lui soit enjoint de procéder à l'échange de permis marocain du requérant sont irrecevables dès lors qu'elles ne sont adossées à aucune demande principale d'annulation d'une décision refusant de procéder à un tel échange.

D une ordonnance du 13 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 octobre 2022 à 12 heures.

Un mémoire, présenté pour M. C, a été enregistré le 3 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés D les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a sollicité l'échange, contre un permis de conduire français, du permis de conduire ivoirien qui lui a été délivré D les autorités ivoiriennes le 15 février 2013. D une décision du 26 janvier 2022, le préfet de police a refusé de procéder à l'échange sollicité au motif que le titre de circulation ivoirien en cause présente les caractéristiques d'une falsification documentaire. D la présente requête, M. C demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. () ".

3. Dès lors que la décision attaquée est intervenue en réponse à la demande d'échange de permis présentée D M. C, ce dernier ne peut pas utilement se prévaloir de la méconnaissance de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration.

4. En second lieu, aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré D un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3 Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies D arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés D les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne ni à l'Espace économique européen : " Tout permis de conduire délivré régulièrement au nom d'un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen est reconnu comme valable en France et peut être échangé contre un permis français de la (ou des) catégorie(s) équivalente(s) lorsque les conditions définies ci-après sont remplies. () ". En vertu de l'article 7 de ce même arrêté : " A. - Avant tout échange, l'autorité administrative compétente s'assure de l'authenticité du titre de conduite et, en cas de doute, de la validité des droits. B. - Pour vérifier l'authenticité du titre de conduite, l'autorité administrative compétente sollicite, le cas échéant, l'aide d'un service spécialisé dans la détection de la fraude documentaire. C. - Si l'authenticité du titre de conduite est établie, celui-ci peut être échangé sous réserve de satisfaire aux autres conditions. () E.-Si le caractère frauduleux du titre est établi, l'échange n'a pas lieu et le titre est retiré D l'autorité administrative compétente, qui saisit le procureur de la République en le lui transmettant ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a demandé l'avis des services spécialisés dans la fraude documentaire, en l'occurrence la division de l'expertise en fraude documentaire et à l'identité (DEFDI), qui a relevé que le permis de conduire présenté D M. C présente les caractéristiques d'une falsification documentaire. A cet égard, le rapport d'examen technique produit D le préfet de police relève, premièrement, que certaines parties du film holographique sont altérées au niveau de la photographie et des mentions biographiques, l'effet holographique étant effacé à certains endroits, ce qui démontre le remplacement de la photographie et des mentions biographiques, deuxièmement, que la photographie est imprimée en toner au lieu d'être en sublimation thermique de même que les mentions biographiques, troisièmement, qu'un film transparent recouvre l'intégralité du permis alors que, sur le modèle de référence, un film holographique apparent contourne la puce électronique. Pour contester ces constats techniques précis, M. C se borne à soutenir que les anomalies relevées sont dues à l'usure et qu'il a lui-même apposé un film plastique sur son permis de conduire afin de le protéger. Il produit en outre un " relevé d'informations du permis de conduire " émanant de l'administration ivoirienne qui atteste qu'un permis de conduire lui a bien été délivré le 15 mars 2013. Toutefois, ces éléments, qui ne sont pas suffisamment étayés, ne permettent pas de remettre en cause les conclusions du rapport du service spécialisé au vu duquel le préfet a refusé d'échanger le permis en cause. De même, le relevé produit, s'il atteste des droits à conduire reconnus à M. C D les autorités ivoiriennes, ne permet néanmoins pas d'attester de l'authenticité du permis que l'intéressé a présenté à l'administration française au soutien de sa demande. D suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait ou d'une erreur d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du préfet de police du 26 janvier 2022. D voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Copie pour information sera adressée au préfet de police.

Rendu public D mise à disposition au greffe le 21 novembre 2022.

La rapporteure,

E. A

La greffière,

P. TARDY-PANIT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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