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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2207546

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2207546

mercredi 30 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2207546
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5e Section - 3e Chambre
Avocat requérantAYDIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 mars et 7 octobre 2022,

Mme C B, représentée par Me Aydin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 3 décembre 2021 par laquelle le préfet de police lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour en qualité de membre de famille d'un étranger titulaire du statut " résidant longue durée-UE " dans un autre Etat de l'Union européenne et ayant été admis à ce titre au séjour en France ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour mention " vie privée et familiale " avec autorisation de travail comme salariée pharmacienne en France métropolitaine, par dérogation à l'article L. 426-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de police, qui n'a pas produit de mémoire en défense, malgré une mise en demeure adressée le 11 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Leravat,

- et les observations de Me Aydin, avocate de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante kosovare née le 3 février 1989, est entrée régulièrement en France le 21 novembre 2021. Par une demande déposée le 3 décembre 2021 sur la plateforme " demarches-simplifiees.fr ", elle a sollicité un titre de séjour en qualité de membre de famille d'un étranger titulaire du statut " résidant longue durée-UE " dans un autre Etat de l'Union européenne et ayant été admis à ce titre au séjour en France. Par un courriel adressé le même jour, la préfecture de police a classé sans suite sa demande au motif que celle-ci relève de l'admission exceptionnelle au séjour. Par un courrier en date du 6 décembre 2021, reçu le 8 décembre 2021, Mme B a formé un recours gracieux auprès du préfet de police. Du silence gardé par l'administration est née une décision implicite de rejet. Par la présente requête,

Mme B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 426-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve qu'il en fasse la demande dans les trois mois qui suivent son entrée en France, le conjoint d'un étranger titulaire du statut de résident de longue durée-UE dans un autre Etat membre de l'Union européenne et d'une carte de séjour temporaire délivrée en application de l'article L. 426-11 se voit délivrer, s'il justifie avoir résidé légalement avec le résident de longue durée-UE dans l'autre Etat membre, disposer de ressources stables et suffisantes ainsi que d'une assurance maladie, une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale". La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Par dérogation à l'article L. 414-10, cette carte n'autorise pas l'exercice d'une activité professionnelle dans l'année qui suit sa première délivrance. " Aux termes de l'article L. 426-14 du même code : " Pour l'application des articles L. 426-12 et L. 426-13, sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur et, le cas échéant, de son conjoint ou parent, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. / Les ressources doivent atteindre un montant qui tient compte de la taille de la famille du demandeur. Ce montant, qui doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième, est fixé par décret en Conseil d'Etat. "

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, titulaire d'une carte de séjour italienne, est entrée régulièrement en France le 21 novembre 2021, afin de rejoindre son conjoint, M. F D, avec lequel elle justifie d'une vie maritale en Italie antérieure à sa demande et également titulaire d'une carte de séjour italienne ainsi que d'un titre de séjour français. De leur union est née une enfant, A D, le 15 février 2022 à Paris. Son conjoint est employé en contrat à durée indéterminée au sein de la société British Council, en qualité de comptable, pour lequel il perçoit un salaire mensuel brut de 3 129 euros, soit supérieur au salaire minimum de croissance mensuel. Enfin, Mme B produit une carte d'assurance maladie. Dans ces conditions, la requérante remplit l'ensemble des conditions posées par les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, Mme B est fondée à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit.

4. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 3 décembre 2021, ensemble la décision implicite rejetant le recours gracieux de Mme B, doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. L'exécution du présent jugement, eu égard au motif d'annulation retenu, implique que le préfet de police délivre à Mme B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de police d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Mme B au titre dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de police du 3 décembre 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à Mme B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente de la délivrance de cette carte, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, au préfet de police et à

Me Aydin.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Ladreyt, président,

M. Gandolfi, premier conseiller,

Mme Leravat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022.

La rapporteure,

C. Leravat

Le président,

J-P. LADREYT

La greffière,

L. SUEUR

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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