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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2207882

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2207882

mardi 11 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2207882
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3e Section - 3e Chambre
Avocat requérantTIGRINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 avril 2022, Mme C A, représentée par Me Tigrine, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de la ministre du travail du 28 janvier 2022 retirant la décision de l'inspecteur du travail en date du 2 juin 2021 rejetant la demande de licenciement présentée par la société Voyages Gallia et autorisant son licenciement ;

2°) de confirmer la décision de l'inspecteur du travail susvisée ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat et de la société Voyages Gallia une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- la décision est illégale car elle est entachée d'un défaut de motivation, la décision notifiée le 3 février 2022, par laquelle la ministre du travail, a annulé la décision de l'inspectrice du travail et par laquelle elle a autorisé son licenciement, n'a pas censuré le motif retenu par l'inspection du travail concernant l'absence de mise en place du comité social et économique ;

- le licenciement revêt un lien avec son mandat, son employeur lui était hostile ;

- elle n'a signé aucun avenant à son contrat de travail initial de 2010, malgré son changement de poste en 2016 ;

- la décision de la ministre est entachée d'illégalité dès lors que les critères d'ordres n'ont pas été respectés ; d'autres salariés ont été favorisés à son détriment ;

-

- son poste n'a pas été supprimé, l'employeur ne pouvait pas modifier unilatéralement son contrat de travail ;

- aucun CSE d'établissement n'a donc pu être réuni et consulté sur le projet de licenciement collectif pour motif économique.

Par un mémoire enregistré le 15 septembre 2022, le ministre du travail, du plein l'emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête, en soutenant qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

La requête a été communiquée à la société Voyages Gallia, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 20 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 21 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier. Vu :

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B ,

- les conclusions de M. Dubois, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Voyages Gallia a sollicité de l'inspecteur du travail le 6 avril 2021 l'autorisation de procéder au licenciement de Mme A, salariée protégée détenant le mandat de membre titulaire élue à la délégation du personnel du comité social et économique. Par une décision du 2 juin 2021, l'inspectrice du travail de l'unité territoriale de Paris 9 section 6 a refusé de faire droit à cette demande d'autorisation. Saisie le 30 juillet 2021 d'un recours hiérarchique de la société Voyages Gallia, la ministre du travail a, par une décision du 28 janvier 2022, annulé la décision de l'inspectrice du travail rejetant la demande de licenciement présentée par la société Voyages Gallia et autorisé le licenciement de Mme A. Mme A demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () : 4° Retirent ou abrogent une décision

1.

créatrice de droits ". () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article R. 2421-12 du code du travail : " la décision de l'inspecteur du travail est motivée ".

3. Lorsqu'il est saisi d'un recours hiérarchique contre une décision d'un inspecteur du travail statuant sur une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé, le ministre chargé du travail doit, soit confirmer cette décision, soit, si celle-ci est illégale, l'annuler puis se prononcer de nouveau sur la demande d'autorisation de licenciement compte tenu des circonstances de droit et de fait à la date à laquelle il prend sa propre décision. Dans le cas où le ministre, ainsi saisi d'un recours hiérarchique, annule la décision par laquelle un inspecteur du travail a rejeté la demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé, il est tenu de motiver l'annulation de cette décision ainsi que le prévoit l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et en particulier, lorsqu'il estime que le ou les motifs fondant une décision de refus d'autorisation de licenciement sont illégaux, d'indiquer les considérations pour lesquelles il estime que ce motif ou, en cas de pluralité de motifs, chacun des motifs fondant la décision de l'inspecteur du travail, est illégal.

4. D'une part, la décision de la ministre du travail du 28 janvier 2022 vise les articles applicables du code du travail, notamment ses articles L. 2411-1, L.2411-5 et suivants. D'autre part, la ministre a relevé la baisse significative du chiffre d'affaires de la société entre 2019 et 2020, vérifié la matérialité de la suppression du poste de Mme A, mentionné les recherches effectuées au titre du reclassement au sein des entreprises du groupe Gallia. À chacune de ces étapes de son examen, la ministre du travail a exposé les motifs de fait et de droit qu'elle a pris en considération et a explicité son appréciation. A cet égard, la décision de l'inspectrice du travail refusant l'autorisation de licenciement sollicitée étant annulée pour absence de respect de sa part, au cours de l'enquête, du principe du contradictoire, la ministre n'avait pas à se prononcer sur l'analyse menée par l'inspectrice du travail relative à la consultation du comité social et économique d'établissement, l'ensemble de la procédure se trouvant viciée. La ministre du travail a estimé, enfin, qu'il n'existait pas de lien entre les mandats détenus par la salariée et la procédure de licenciement dont elle faisait l'objet. Ainsi, la décision comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde permettant à la requérante de comprendre, à sa seule lecture, les raisons pour lesquelles la ministre du travail a annulé la décision de l'inspectrice du travail et autorisé son licenciement. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision prise par la ministre du travail serait entachée d'une insuffisance de motivation.

5. En deuxième lieu, Mme A soutient que le poste dont la suppression a été décidée est celui de " technicienne groupes et associations " alors qu'elle a été recrutée en tant que comptable en 2010, son contrat de travail n'ayant jamais été modifié en 2016, lorsqu'elle a pris ses fonctions en qualité de technicienne au sein du " service technique groupe ". Toutefois, Mme A n'établit pas qu'elle se serait opposée à une modification de son contrat de travail l'ayant amenée à exercer les fonctions de " technicienne groupes et associations " et il ressort des pièces du dossier que le poste qu'elle occupe à la date de la décision en litige est celui de

" technicienne groupes et associations ", dont la suppression effective est prévue par le projet de réorganisation de l'entreprise. Le moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, l'article R. 2421-16 du code du travail prévoit que, saisis d'une demande d'autorisation de licencier un salarié protégé, " l'inspecteur du travail et, en cas de recours hiérarchique, le ministre examinent notamment si la mesure de licenciement envisagée est en rapport avec le mandat détenu, sollicité ou antérieurement exercé par l'intéressé ". Il

1.

appartient ainsi à l'inspecteur du travail et, le cas échéant, au ministre du travail, d'opérer un tel contrôle au regard des circonstances de fait et de droit prévalant à la date de leur décision. En l'espèce, Mme A fait valoir que son licenciement présente un lien avec son mandat et présente plusieurs branches.

7. Tout d'abord, si la requérante soutient que son employeur a privilégié deux salariés ayant moins d'ancienneté qu'elle et qu'il aurait mal appliqué les critères d'ordre, en l'absence de production par ses soins de pièces justificatives, elle ne l'établit pas. Il ressort également des pièces du dossier qu'elle est la seule salariée protégée parmi les neuf salariés concernés par la procédure de licenciement, ce qui ne révèle pas une proportion anormale de représentants du personnel parmi les salariés licenciés et ne laisse pas supposer une volonté de discrimination. Ensuite, ainsi qu'indiqué ci-dessus, la circonstance qu'aucun avenant à son contrat de travail n'a été signé en 2016 lorsqu'elle a pris les fonctions en qualité de technicienne au sein du " service technique groupe " n'est pas non plus de nature à établir l'existence d'une discrimination directe ou indirecte avec l'exercice du mandat dont l'intéressée était investie depuis 2019. Si Mme A prétend, également, que son employeur a eu un comportement hostile envers elle et se prévaut de négligences de sa part quant à l'égalité de traitement entre les salariés dans le cadre de la mise en œuvre du télé-travail, de l'activité partielle liée à la pandémie et de l'absence de formation santé, sécurité et condition de travail nécessaire à l'exercice des missions des membres du CSE malgré les demandes expresses, il ne ressort pas des pièces du dossier l'existence d'une situation conflictuelle entre la direction de l'entreprise et les représentants du personnel. De plus, le ministre fait valoir, sans être utilement contesté, que le comité social et économique a été mis en place en décembre 2019 et qu'un arrêt de l'ensemble des projets de formation a été acté pendant la période de pandémie au sein de la société. Enfin, si Mme A se plaint d'erreurs commises sur sa fiche de paye du mois de janvier 2021, il n'est pas contesté qu'il s'agissait d'une erreur du prestataire et qu'elle a été remboursée de la somme manquante. Il résulte de tout ce qui précède que le moyen tiré de l'existence d'un lien entre le mandat détenu par Mme A et le licenciement envisagé doit être écarté dans toutes ses branches.

8. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article L.1233-8 du code du travail :

" L'employeur qui envisage de procéder à un licenciement collectif pour motif économique de moins de dix salariés dans une même période de trente jours réunit et consulte le comité social et économique dans les entreprises d'au moins onze salariés, dans les conditions prévues par la présente sous-section. Le comité social et économique rend son avis dans un délai qui ne peut être supérieur, à compter de la date de la première réunion au cours de laquelle il est consulté, à un mois. En l'absence d'avis rendu dans ce délai, le comité social et économique est réputé avoir été consulté. ". Aux termes de son article L. 1233-9 : " Dans les entreprises dotées d'un comité social et économique central d'entreprise, l'employeur réunit le comité social et économique central et le ou les comités sociaux et économiques d'établissements intéressés dès lors que les mesures envisagées excèdent le pouvoir du ou des chefs d'établissement concernés ou portent sur plusieurs établissements simultanément. ". D'autre part, aux termes de l'article L.2313-1 du code du travail : " Un comité social et économique est mis en place au niveau de l'entreprise. Des comités sociaux et économiques d'établissement et un comité social et économique central d'entreprise sont constitués dans les entreprises d'au moins cinquante salariés comportant au moins deux établissements distincts. " Aux termes de l'article L.2313-4 du code du travail : " En l'absence d'accord conclu dans les conditions mentionnées aux articles L. 2313-2 et L. 2313-3, l'employeur fixe le nombre et le périmètre des établissements distincts, compte tenu de l'autonomie de gestion du responsable de l'établissement, notamment en matière de gestion du personnel. " Enfin, selon l'article L.2313-5 du code du travail : " En cas de litige portant sur la décision de l'employeur prévue à l'article L. 2313-4, le nombre et le périmètre des établissements distincts sont fixés par l'autorité administrative du siège de l'entreprise dans des

conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. Lorsqu'elle intervient dans le cadre d'un processus électoral global, la saisine de l'autorité administrative suspend ce processus jusqu'à la décision administrative et entraine la prorogation des mandats des élus en cours jusqu'à la proclamation des résultats du scrutin. La décision de l'autorité administrative peut faire l'objet d'un recours devant le juge judiciaire, à l'exclusion de tout autre recours administratif ou contentieux. "

9. Il ressort des pièces du dossier que la société Voyages Gallia a mis en place, en décembre 2019, un comité social et économique unique, malgré l'existence de trois sites distincts, faute d'accord ou de décision de l'employeur ayant identifié un établissement distinct avec mise en place d'un comité social et économique d'établissement. Comme le fait valoir en défense le ministre du travail, aucune contestation n'a été émise sur le périmètre retenu pour l'organisation des élections du comité social et économique ou pour le périmètre des éventuels établissements distincts. En tout état de cause, le juge judiciaire aurait été compétent pour statuer sur un tel recours, en application de l'article L.2313-5 du code du travail précité. Dès lors, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la procédure de consultation du comité social et économique aurait été irrégulière, en l'absence de consultation d'un comité social et économique d'établissement.

10. Il ressort de tout de ce qui précède, que les conclusions de Mme A à fin d'annulation de la décision de la ministre du travail en date du 28 janvier 2022 autorisant son licenciement doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction.

Surl'applicationdesdispositionsdel'articleL.761-1ducodedejustice administrative :

11. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat et de la société Voyages Gallia qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance la somme que demande Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à la société Voyages Gallia et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient : Mme Hermann Jager, présidente,

Mme Beugelmans-Lagane, première conseillère, Mme Renvoise, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.

La rapporteure,

T. B

La présidente

V. HERMANN JAGER

La greffière,

C. YAHIAOUI

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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