jeudi 28 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2208207 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Section 8 - Chambre 1 |
| Avocat requérant | MAILLARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 avril 2022, M. F D, représenté par Me Maillard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2021 par lequel le préfet de police de Paris lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail, ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de mettre fin au signalement de M. D dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à
Me Maillard, son avocat, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'inexactitudes matérielles ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet de police s'est estimé en situation de compétence liée ;
- elle méconnaît les stipulations du f) de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre qu'elle assortit ;
- elle est illégale dès lors qu'il remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour de plein droit ;
- elle méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet de police s'est estimé en situation de compétence liée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2022, le préfet de police, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E ;
- et les observations de Me Maillard, avocat de M. D, présent.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant tunisien né le 11 juillet 1981 et entré en France en dernier lieu le 13 mars 2007 muni de son passeport revêtu d'un visa Schengen selon ses déclarations, a bénéficié d'une carte de résident valable du 11 avril 2007 au 10 avril 2017 en raison de son mariage avec une ressortissante italienne dont il a divorcé le 6 janvier 2009. Ayant sollicité le renouvellement de son titre de séjour, il a fait l'objet d'un arrêté de rejet pris le 24 juillet 2019 par le préfet de police de Paris, assorti d'une obligation de quitter le territoire français qui a été annulé par le tribunal administratif par un jugement du 24 septembre 2020 qui a également enjoint à l'autorité administrative de réexaminer sa demande. Dans ce cadre, M. D a sollicité son admission au séjour sur le fondement du f) de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Par un arrêté du 15 décembre 2021, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois. M. D demande l'annulation de ces décisions.
Sur la légalité de la décision de refus de renouvellement du titre de séjour :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-00991 du 27 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme A B, attachée d'administration de l'Etat, placée sous la responsabilité de la cheffe du 9ème bureau, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'elle a signé la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté mentionne les stipulations de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, dont le préfet de police a fait application pour refuser le renouvellement du titre de séjour de M. D. Il indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé. Si cet arrêté ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de M. D, il lui permet de comprendre les motifs du refus de renouvellement de son titre de séjour qui lui est opposé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. D avant de refuser de lui accorder un titre de séjour, la circonstance que l'arrêté ne mentionne pas certains faits n'étant pas, en l'espèce, de nature à établir que cela n'ait pas été le cas.
5. En quatrième lieu, il ressort des termes de l'arrêté que le préfet de police, après avoir rappelé l'avis émis le 29 juin 2021 par la commission du titre de séjour, a indiqué qu'il statuait " défavorablement ", et n'a pas estimé, contrairement à ce que le requérant soutient, que cet avis était lui-même défavorable. Par ailleurs, si M. D est entré une première fois sur le territoire français le 9 juillet 2000, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police ait entaché sa décision d'inexactitude matérielle en indiquant que M. D était entré en France le 13 mars 2007, dès lors que cette date figure sur le titre de séjour de dix ans qui lui avait été délivré le 11 avril 2007, et a d'ailleurs été retenue par la commission du titre de séjour dans son avis du 29 juin 2021, et que l'intéressé, qui ne produit pas la copie de son passeport valide au cours de cette période, avait indiqué une date d'entrée en France ce même mois dans la fiche de salle en précisant être entré sous couvert d'un visa. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision est entachée d'inexactitudes matérielles doit être écarté.
6. En cinquième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de police ne s'est pas estimé en situation de compétence liée pour refuser la délivrance d'un titre de séjour à M. D.
7. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : " 1. Un titre de se´jour d'une durée de dix ans, ouvrant droit a` l'exercice d'une activité´ professionnelle, est délivré´ de plein droit, sous réserve de la régularité´ du se´jour sur le territoire français : / () / f) Au ressortissant tunisien qui est en situation régulière depuis plus de dix ans, sauf s'il a e´te´ pendant toute cette période titulaire d'une carte de se´jour temporaire portant la mention " étudiant " ; () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. D a été titulaire d'un titre de séjour valable du 11 avril 2007 au 10 avril 2017, en qualité de conjoint de ressortissant de l'Union européenne, et de huit récépissés de demande de renouvellement de titre de séjour valables entre 2017 et 2021. Toutefois, il ne justifie pas résider régulièrement depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée, dès lors, d'une part, que les récépissés produits ne couvrent pas l'ensemble de la période, sans que l'annulation rétroactive par le tribunal, dans un jugement du 24 septembre 2020, de l'arrêté du 24 juillet 2019 lui refusant le renouvellement de son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français, ait eu pour effet de régulariser sa situation entre ce refus et cette annulation, et, d'autre part, que la période de détention, qu'il ne conteste pas, de seize mois, dont sept avec sursis, dont il a fait l'objet, ne peut être regardée comme une période de résidence régulière au sens de l'article 10 de l'accord franco-tunisien de 1988. Dans ces conditions, sans qu'il puisse se prévaloir de sa durée de résidence entre 2000 et 2007 dont il ne justifie pas, en tout état de cause, le caractère régulier, M. D, n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police, en estimant qu'il ne justifiait pas d'une situation régulière sur le territoire français depuis plus de dix ans, a méconnu les stipulations du f) de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988.
9. En septième lieu, aux termes de l'article 11 de l'accord franco-tunisien : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord () ". Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". Ainsi, les stipulations du f) de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ne privent pas l'administration française du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser l'admission au séjour en se fondant sur des motifs tenant à l'ordre public.
10. D'une part, il résulte de ce qui a été dit au point 9 que le préfet de police pouvait sans erreur de droit se fonder sur le motif tiré de ce que la présence en France de M. D présentait une menace à l'ordre public pour lui refuser la délivrance du titre de séjour qu'il sollicitait.
11. D'autre part, pour estimer que le comportement de M. D constituait une menace à l'ordre public, le préfet de police s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé avait commis, le 2 octobre 2017, des faits de menace de mort ou d'atteinte aux biens dangereuse pour les personnes à l'encontre d'une personne dépositaire de l'autorité publique, outrage et rébellion et qu'il avait fait l'objet de quatre condamnations les 2 février 2009, 8 mars 2011, 7 décembre 2011 et 29 janvier 2014 par le tribunal de grande instance et la cour d'appel de Paris, statuant en matière correctionnelle, pour dégradation ou détérioration de biens, usage illicite de stupéfiants, vol et refus de se prêter à des prises d'empreintes digitales. Le préfet de police fait par ailleurs valoir en défense, ainsi que l'a retenu également la commission du titre de séjour dans son avis du 6 juin 2019, que l'intéressé a été condamné le 5 octobre 2017 pour " usage de stupéfiants ", ainsi que le 2 août 2018, pour vol. Il ressort toutefois de l'extrait du bulletin n° 2 du casier judiciaire délivré le 2 novembre 2020 produit en réponse à une mesure d'instruction, que
M. C a effectivement été condamné le 5 octobre 2017 à une peine d'emprisonnement de dix mois, dont sept mois avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant trois ans, mais pour s'être rendu coupable le 2 octobre 2017 de menace de mort ou d'atteinte aux biens dangereuse pour les personnes à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique, outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et rébellion. Compte tenu de la répétition des faits délictueux jusqu'à une période récente et de leur nature, et quand bien même le requérant a fait des efforts de réinsertion et bénéficie d'une prise en charge psychologique, médicale et sociale, et que sa demande de titre de séjour a fait l'objet d'un avis favorable de la commission du titre de séjour à deux reprises, le préfet de police a pu sans erreur d'appréciation ni erreur de droit estimer que sa présence en France représentait une menace pour l'ordre public.
12. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
13. Si M. D se prévaut de ce qu'il vit en France depuis 2000, il ne justifie résider habituellement en France de façon probante que depuis le mois de mars 2007, dès lors qu'il ne produit, pour les années précédant l'année 2007, que des bulletins de paie ne couvrant la période que de façon parcellaire, et ne verse aucune pièce au dossier pour l'année 2005. S'il a en revanche bénéficié d'un titre de séjour de dix ans à partir du 11 avril 2007, et justifie d'une résidence habituelle en France depuis lors, et se prévaut de ce qu'il a fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux, compte tenu de ce que deux de ses frères y résident sous couvert d'un titre de séjour alors que sa mère bénéficie d'un visa à entrées multiples, et de ce qu'il a entrepris des efforts de réinsertion, bénéficiant d'un suivi et apportant son aide de manière bénévole à des personnes vulnérables de son entourage, il est célibataire et sans charge de famille et a commis des faits pénalement répréhensibles à plusieurs reprises ainsi qu'il a été exposé au point 11. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en dépit de la durée de présence en France du requérant et de certains efforts de réinsertion, soulignés notamment par une attestation établie le 23 juillet 2020 par un conseiller pénitentiaire d'insertion et de probation, le préfet de police, en refusant le renouvellement de son titre de séjour, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son refus de titre de séjour sur la situation personnelle de M. D.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
14. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 13, et de ce que le requérant ne présente aucun autre moyen à ce titre, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus de titre de séjour doit être écarté.
15. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ; () ".
16. Ainsi qu'il a été indiqué au point 8, M. D ne justifie pas résider régulièrement en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 3° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
17. En troisième lieu, indépendamment de l'énumération donnée par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une mesure de reconduite à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi ou un accord international prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'éloignement.
18. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 que M. D ne remplit pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour en application des stipulations du f) de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Par suite, et en tout état de cause, c'est sans erreur de droit au regard de ces stipulations que le préfet de police a pu décider de l'obliger à quitter le territoire français.
19. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 13, l'obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme portant une atteinte excessive au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou comme entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.
Sur la légalité de la décision refusant un délai de départ volontaire :
20. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 14 à 19, et de ce que
M. D ne présente aucun autre moyen à ce titre, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
21. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet de police se soit estimé en situation de compétence liée pour refuser à M. D l'octroi d'un délai de départ volontaire.
22. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. D.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
23. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 14 à 19, et de ce que le requérant ne présente aucun autre moyen à ce titre, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
Sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois :
24. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 14 à 19, et de ce que
M. D ne présente aucun autre moyen à ce titre, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
25. En deuxième lieu, si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement invoquer le principe général du droit de l'Union, relatif au respect des droits de la défense, et qui implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
26. En l'espèce, M. D, dont la demande de renouvellement de titre de séjour a fait l'objet d'un refus assorti d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, ne pouvait ignorer qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français. Par ailleurs, il n'est pas établi, ni même allégué, que M. D aurait disposé d'autres informations tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise à son encontre la mesure contestée et qui, si elles avaient été communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction d'une telle mesure. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance du principe fondamental du droit d'être entendu, tel qu'énoncé au 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être écarté.
27. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. D avant de prononcer une interdiction de retour sur le territoire français à son encontre, la circonstance que l'arrêté ne mentionne pas certains faits n'étant pas, en l'espèce, de nature à établir que cela n'ait pas été le cas.
28. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
29. Pour fixer à trente-six mois la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. D en application de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police s'est fondé sur la circonstance que son comportement constituait une menace pour l'ordre public. Compte tenu de ce qui a été dit au point 11 quant à la menace pour l'ordre public que constitue le comportement de M. D, et de ce que ce dernier est célibataire et sans enfant à charge, c'est sans erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de police a pu fixer à trente-six mois la durée de son interdiction de retour sur le territoire français.
30. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 13, l'interdiction de retour sur le territoire français ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
31. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F D, au préfet de police de Paris et à Me Maillard.
Délibéré après l'audience du 13 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Delesalle, président ;
- M. Martin-Genier, premier conseiller ;
- M. Béal, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juillet 2022.
Le président-rapporteur,
H. E
L'assesseur le plus ancien,
P. Martin-GenierLa greffière,
A. Heeralall
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/8
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026