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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2208349

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2208349

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2208349
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 8 avril 2022 et le 4 avril 2023, Mme E C, représentée par Me de Sèze, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 28 mars 2022 portant refus des conditions matérielles d'accueil prise par le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et ce, depuis la date du refus ;

4°) de mettre à la charge l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions des article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- la décision attaquée n'est pas motivée et est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est dénuée de base légale ;

- sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte et elle a été privée d'une garantie ;

- elle n'a pas fait l'objet d'une évaluation menée par des agents ayant reçu une formation spécifique ; par ailleurs l'arrêté ministériel du 23 octobre 2015 fixant le contenu du questionnaire d'évaluation est entaché d'illégalité ;

- elle n'a pas bénéficié d'un interprète à l'occasion de la proposition de transfert en région, et n'a pas compris ce qu'on lui proposait ; ainsi elle n'avait pas conscience des conséquences d'un tel refus ; par ailleurs, vivant avec un demandeur d'asile, elle devait, en tout état de cause, bénéficier d'une exemption et pouvoir refuser l'hébergement, ou l'orientation, proposé, sans risquer de perdre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

- la proposition d'hébergement dont se prévaut l'administration pour lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, est intervenue antérieurement à toute notification de l'information relative aux cas de refus ou de cessation des conditions matérielles d'accueil ; elle n'a donc pas été mise à même d'opérer un choix éclairé et a été privée d'une garantie ;

- elle justifie d'un motif légitime pour lequel elle ne pouvait accepter l'hébergement proposé par l'OFII et la décision est ainsi entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'OFII a méconnu les dispositions de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par une décision du 4 juillet 2022, le bureau de l'aide juridictionnelle a accordé le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à Mme C.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Errera,

- et les conclusions de M. Lahary.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, de nationalité afghane, née le 25 mai 1965 à Nangharhar, a présenté une demande d'asile enregistrée en guichet unique en préfecture le 25 mars 2022 et placée en procédure normale. Le 28 mars 2022, l'intéressée a accepté l'offre de prise en charge de l'OFII. Toutefois, l'intéressée ayant refusé une proposition d'hébergement, l'OFII a, par la décision attaquée du 28 mars 2022, refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme C. Cette dernière demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 4 juillet 2022, le bureau de l'aide juridictionnelle a accordé le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à Mme C. Par suite les conclusions tendant à l'obtention de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet et il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. A D, directeur territorial de l'OFII à Paris, qui bénéficiait à cette fin d'une délégation de signature du directeur général de l'OFII en vertu d'une décision du 10 septembre 2021 régulièrement publiée sur le site internet de l'OFII. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise par une autorité incompétente manque ainsi en fait et ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments caractérisant la situation personnelle de la requérante, vise les articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont elle fait application, et mentionne les faits qui en constituent le fondement. Dans ces conditions, la décision attaquée est suffisamment motivée et le moyen tiré du défaut de motivation, qui s'apprécie indépendamment de la pertinence des motifs retenus par son auteur, doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des motifs de la décision attaquée ou des autres pièces du dossier que le directeur territorial de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation F C avant de prendre la décision litigieuse. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. " L'article L. 551-3 du même code prévoit que l'OFII détermine la région de résidence " en tenant compte des besoins et de la situation personnelle et familiale du demandeur. " L'article L. 552-8 du même code dispose que : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration propose au demandeur d'asile un lieu d'hébergement. / Cette proposition tient compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation des besoins et de la vulnérabilité prévue au chapitre II du titre II, ainsi que des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région. " L'article L. 553-2 du même code dispose que : " Un décret définit le barème de l'allocation pour demandeur d'asile, en prenant en compte les ressources de l'intéressé, son mode d'hébergement et, le cas échéant, les prestations offertes par son lieu d'hébergement. Ce barème prend en compte le nombre d'adultes et d'enfants composant la famille du demandeur d'asile et accompagnant celui-ci. " Aux termes de l'article L. 551-15 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; /4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. " Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. " Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. "

7. Si Mme C soutient qu'elle se trouve dans une situation de vulnérabilité, il ressort des pièces du dossier qu'elle a pu bénéficier, le 28 mars 2022, d'un entretien au cours duquel sa situation personnelle a été évaluée. Si l'intéressée conteste avoir signé le jour même le formulaire d'évaluation des besoins du demandeur d'asile, et soutient ne s'être pas vue personnellement proposer une orientation en région en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 551-9, il est constant que la demande d'asile a été présentée à titre principal par sa belle-fille, Mme B, en son nom propre et au nom de la requérante, présentée comme une " personne majeure à charge ", au sein du groupe familial constitué F B, de son jeune fils, et F Mme C. Or, il résulte notamment des dispositions précitées des articles L. 551-3, L. 552-8 et L. 553-2 que l'OFII peut procéder à l'appréciation de la vulnérabilité du demandeur d'asile et des membres de sa famille, en particulier lorsque, comme en l'espèce, la cellule familiale s'est présentée comme une entité unique et a désigné, en son sein, un représentant jouant le rôle d'interlocuteur unique vis-à-vis de l'administration. Par suite, la circonstance que Mme C n'ait pas personnellement signé les documents soumis par l'OFII et ne se soit pas vue personnellement proposer une orientation en région n'est pas, dans les circonstances particulières de l'espèce, et alors qu'il est constant que l'évaluation de la vulnérabilité des membres de la famille a été réalisée au terme d'un entretien mené dans une langue comprise par Mme B, le pachtou, avec le concours d'un interprète professionnel, de nature à entacher d'illégalité la décision litigieuse. La requérante ne saurait par ailleurs utilement soutenir que l'entretien aurait permis de constater son état de vulnérabilité lié à son état de santé, dès lors qu'elle n'a pas effectué spontanément de signalement auprès de l'OFII sur cet état, ni sollicité d'avis médical auprès de l'Office, la case " non " étant cochée à la ligne " remise d'un certificat médical vierge pour avis MEDZO ". Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'a pas bénéficié de l'entretien prévu par les dispositions précitées de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. "

9. Alors que l'ensemble des auditeurs asile de l'OFII reçoivent une formation correspondant à leurs missions, dont celles d'évaluer la vulnérabilité des demandeurs d'asile, aucun élément du dossier ne permet de tenir pour établi que l'entretien dont aurait bénéficié Mme C n'aurait pas été mené par une personne ayant reçu une formation spécifique à cette fin. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.

10. En cinquième lieu, Mme C ne peut utilement exciper de l'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile, lequel ne constitue pas la base légale de la décision attaquée.

11. Enfin, il ressort des pièces du dossier que Mme B a expressément refusé la proposition d'orientation à Villeurbanne qui a été proposée à la famille qu'elle compose avec Mme C et son fils le 28 mars 2022. Contrairement à ce qui est soutenu, un interprète était présent lors de l'entretien du 28 mars 2022 et cette circonstance est de nature à établir que Mme B était informée des conditions dans lesquelles le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être accordé ou refusé, Mme B ayant en tout état de cause coché la case correspondant à la ligne " je certifie avoir été informée dans une langue que je comprends des conditions et modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil ", sur le formulaire d'offre de prise en charge. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision en litige du 28 mars 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à ce qu'il soit accordé à Mme C le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête F C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 15 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Errera, premier conseiller,

Mme de Saint-Chamas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

Le rapporteur,

A. ERRERA

Le président,

J. SORINLa greffière,

B. CHAHINE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2208349/2-

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