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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2208486

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2208486

lundi 15 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2208486
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET KOSZCZANSKI, BERDUGO AVOCATS ASSOCIES (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2202710 du 4 avril 2022, la présidente du tribunal administratif de Marseille, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, a transmis au tribunal administratif de Paris la requête présentée par M. A C, enregistrée le 29 mars 2022.

Par cette requête, enregistrée sous le n° 2208486, et des mémoires, enregistrés les 7 novembre et 8 décembre 2022, M. A C, représenté par Me Koszczanski, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2021 par lequel le ministre de l'intérieur a prononcé son expulsion du territoire français ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à Me Koszczanski sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un vice de procédure, dès lors que le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'a pas saisi le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration alors qu'il y était tenu ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions du 3° de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il réside régulièrement en France depuis plus de 10 ans ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions des 1°, 2°, 4° 5° de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'autorité de la chose jugée, dès lors que l'exécution de la mesure d'expulsion l'empêchera d'exécuter la peine à laquelle il a été condamné.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 novembre 2022 et le 13 janvier 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 16 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 13 février 2023.

Par une décision du 11 mai 2022, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique,

- et les observations de Me Petit, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant algérien né le 3 mai 1957 à Marseille, demande l'annulation de l'arrêté du 30 novembre 2021 par lequel le préfet de police l'a expulsé du territoire français.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. C ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mai 2022, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion que si elle constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique et sous réserve que l'article L. 631-3 n'y fasse pas obstacle : () / 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été pendant toute cette période titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " () ". Aux termes de l'article L. 631-3 du même code : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion qu'en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes :/ 1° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; / 2° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans ; / () 4° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans et qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins un an ; / 5° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que, pour prononcer la mesure d'expulsion dont fait l'objet M. C, le ministre de l'intérieur a entendu se fonder exclusivement sur les dispositions de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permettent l'expulsion du territoire français d'un ressortissant étranger dont le comportement est lié à des activités à caractère terroriste, alors même que l'intéressé justifie résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans, qu'il réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans, qu'il est le père d'un enfant français mineur, résidant en France, à l'entretien et l'éducation duquel il contribue, ou que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié dans le pays de renvoi.

5. Le ministre de l'intérieur s'étant fondé exclusivement sur les dispositions de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant.

6. En deuxième lieu, les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure d'expulsion et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public. L'autorité compétente peut légalement prendre en compte l'état de santé mental de l'intéressé comme un élément de nature à caractériser l'existence d'un tel risque, alors même que cet état n'atteindrait pas un degré de gravité suffisant pour justifier son hospitalisation d'office.

7. Aucune disposition législative, ni aucun principe ne s'oppose à ce que les faits relatés par les " notes blanches " versées au débat contradictoire et qui ne sont pas sérieusement contestés, soient susceptibles d'être pris en considération par le juge administratif.

8. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que pour prononcer l'expulsion du territoire français de M. C, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur la circonstance que son comportement était lié à des activités à caractère terroriste. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, délinquant multirécidiviste ayant commis des faits de violences et menaces de mort sur son épouse et sur des personnes dépositaires de l'autorité publique, faits pour lesquels il a été condamné à plusieurs reprises, a, le 16 août 2019, muni d'un tapis de prière et d'un bidon d'essence, menacé de s'immoler devant la mairie du Clion-sur-Mer (Loire-Atlantique) au motif de son absence de raccordement au réseau électrique, et que, interpellé, il a tenu des propos menaçants à l'encontre de lieux représentatifs de l'Etat et du maire de Pornic, faisant valoir ses compétences pour construire une bombe et ses liens avec les " salafistes de Marseille ". En outre, le 5 octobre 2019, il a menacé de " se faire sauter avec des bouteilles de gaz ", le 4 décembre 2019, il a menacé de faire exploser une administration française, le 9 janvier 2020, il a évoqué l'idée de " se faire exploser ", et le 30 janvier 2020, lors d'un entretien administratif, se qualifiant de " salafiste modéré ", il a fait part de son amertume vis-à-vis de la France, a évoqué la Syrie ainsi que l'idée de " viser un casino dont le groupe propriétaire finance l'armée d'Israël ". Le 19 octobre 2020, il a justifié publiquement l'assassinat de Samuel Paty, et a été, pour ces faits, condamné le 22 avril 2021 par le tribunal correctionnel de Marseille à douze mois d'emprisonnement, dont six mois assortis d'un sursis probatoire pendant deux ans pour apologie publique d'un acte de terrorisme. Le 20 novembre 2020, se revendiquant comme salafiste, il a, par téléphone, menacé de se donner la mort par explosif et de faire exploser la mairie de la ville de Brains (Loire-Atlantique). Le 4 février 2021, il a été condamné pour ces faits par le tribunal correctionnel de Marseille à un an d'emprisonnement, dont six mois assortis d'un sursis probatoire pendant deux ans. En outre, en détention, M. C a été à l'origine de nombreux incidents disciplinaires, ayant, à plusieurs reprises, menacé de mettre le feu et de poser une bombe. L'intéressé n'apporte aucun élément permettant de contester ces faits corroborés par une note de renseignement produite par le ministre de l'intérieur. S'il fait valoir qu'il n'a pas été condamné pour une activité liée au terrorisme, mais pour des faits d'apologie publique du terrorisme, et que le juge a relevé l'absence d'adhésion à une idéologie politique ou à un courant religieux, il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui souffre de troubles psychologiques, a multiplié les menaces à l'égard de différentes personnes dépositaires de l'autorité publique, avec une agressivité croissante, et en empruntant la rhétorique djihadiste. Dès lors, le ministre de l'intérieur n'a commis ni erreur de droit, ni erreur d'appréciation en estimant que le comportement de M. C, alors même qu'il n'a pas fait l'objet d'une condamnation pénale pour des faits de terrorisme, devait être regardé comme lié à des activités terroristes au sens de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. / Toutefois, les décisions fondées sur des motifs en lien avec la prévention d'actes de terrorisme sont prises dans des conditions qui préservent l'anonymat de leur signataire. Seule une ampliation de cette décision peut être notifiée à la personne concernée ou communiquée à des tiers, l'original signé, qui seul fait apparaître les nom, prénom et qualité du signataire, étant conservé par l'administration. ". Aux termes de l'article L. 773-9 du code de justice administrative : " Les exigences de la contradiction mentionnées à l'article L. 5 sont adaptées à celles de la protection de la sécurité des auteurs des décisions mentionnées au second alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. / Lorsque dans le cadre d'un recours contre l'une de ces décisions, le moyen tiré de la méconnaissance des formalités prescrites par le même article L.212-1 ou de l'incompétence de l'auteur de l'acte est invoqué par le requérant ou si le juge entend relever d'office ce dernier moyen, l'original de la décision ainsi que la justification de la compétence du signataire sont communiqués par l'administration à la juridiction qui statue sans soumettre les éléments qui lui ont été communiqués au débat contradictoire ni indiquer l'identité du signataire dans sa décision. ".

10. Aux termes de l'article R. 632-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente pour prononcer l'expulsion d'un étranger en application des articles L. 631-2 ou L. 631-3 ainsi qu'en cas d'urgence absolue est le ministre de l'intérieur. ". Aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : () 2° Les chefs de service, directeurs adjoints, sous-directeurs, les chefs des services à compétence nationale mentionnés au deuxième alinéa de l'article 2 du décret du 9 mai 1997 susvisé ainsi que les hauts fonctionnaires et les hauts fonctionnaires adjoints mentionnés aux articles R. 1143-1 et R. 1143-2 du code de la défense () ".

11. Il ressort des pièces produites en défense par un mémoire distinct en application des articles L. 773-9 et R. 412-2-1 du code de justice administrative que l'original de l'arrêté contesté comporte la signature, le prénom et le nom et la qualité de son signataire en caractères lisibles. En l'espèce, le signataire de l'arrêté attaqué a été nommé par arrêté, régulièrement publié au Journal officiel de la République française, dans des fonctions qui, aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005, précité, lui donnaient compétence pour signer l'arrêté d'expulsion en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

13. La décision attaquée, qui vise notamment l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers sur le fondement duquel elle a été prise, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne que l'intéressé est un délinquant multirécidiviste connu pour des faits, notamment, de violences et menaces de mort sur son épouse et sur des personnes dépositaires de l'autorité publique, qu'il souffre de troubles psychiatriques, qu'il a été condamné pour apologie publique d'un acte de terrorisme, qu'il a montré un comportement violent et menaçant sur fond de rhétorique djihadiste et terroriste ainsi qu'une agressivité croissante, et que, s'il réside en France de façon habituelle depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans et de façon régulière depuis plus de vingt ans, eu égard à la nature et à la gravité de la menace à l'ordre public que représente M. C, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Ainsi, et alors même qu'il ne mentionne pas la demande de saisine de l'Office français de l'immigration et de l'intégration présentée par le requérant le 15 juin 2021, ni le fait que ce dernier a été placé sous le régime de la sauvegarde de justice par le juge des tutelles le 22 juin 2021, l'arrêté litigieux comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, conformément aux dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

14. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative constate l'état de santé de l'étranger défini au 5° de l'article L. 631-3 dans les conditions prévues aux articles R. 611-1 et R. 611-2. " Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. () ".

15. M. C fait valoir que l'arrêté attaqué a été pris au terme d'une procédure irrégulière, qui l'a privé d'une garantie, dès lors que le ministre de l'intérieur n'a pas saisi le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration avant de prendre à son encontre la mesure d'expulsion, alors qu'il avait expressément entendu se prévaloir de son état de santé pour faire échec à cette mesure. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, comme il a été dit aux points 4 à 8, le ministre de l'intérieur a entendu se fonder, pour prononcer la mesure d'expulsion dont fait l'objet M. C, exclusivement sur les dispositions de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permettent l'expulsion du territoire français d'un ressortissant étranger dont le comportement est lié à des activités à caractère terroriste, alors même que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Par suite, le moyen tiré de l'absence de saisine du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit être écarté comme inopérant.

16. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

17. M. C fait valoir qu'il possède l'ensemble de ses attaches familiales en France, où il a toujours vécu, et où résident ses trois enfants, ainsi que ses frères et sœurs, tous en situation régulière, et qu'il est dépourvu de toute attache en Algérie, dont il ne parle pas la langue. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. C est célibataire, qu'il n'établit pas entretenir de liens avec ses enfants majeurs, ni contribuer à l'éducation et à l'entretien de sa fille mineure à la date de la décision attaquée, et qu'il ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle sur le territoire français. En outre, si le requérant fait valoir que la décision attaquée le place dans une situation d'impécuniosité, cette circonstance résulte non de la décision attaquée, mais de l'arrêté du 28 octobre 2021 par lequel le ministre de l'économie, des finances et de la relance et le ministre de l'intérieur ont gelé ses avoirs pour une durée de six mois sur le fondement des articles L. 562-2 et suivants du code monétaire et financier. Dans ces conditions, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que l'atteinte portée à sa vie privée et familiale n'apparaît pas excessive au regard de l'intérêt public que présente son éloignement du territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, dès lors, être écarté.

18. En dernier lieu, la circonstance selon laquelle le requérant ne pourrait accomplir sa peine en cas d'expulsion ne méconnaît pas l'autorité de chose jugée au pénal.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 30 novembre 2021 du ministre de l'intérieur prononçant l'expulsion de M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de M. C tendant à l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 24 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Le Roux, présidente,

Mme Madé, première conseillère,

Mme Berland, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2023.

La rapporteure,

F. B

La présidente,

M.-O. LE ROUX La greffière,

I. SZYMANSKI

La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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