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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2208918

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2208918

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2208918
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4e Section - 1re Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 avril 2022, M. C B A, représenté par Me David, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 février 2022 par lequel le préfet de police a décidé de son expulsion du territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'erreur de droit ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juin 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 9 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 juillet 2022.

Des pièces complémentaires présentées pour le requérant ont été enregistrées le 26 mai 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Palla,

- les conclusions de Mme Baratin, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B A, ressortissant gabonais né le 16 octobre 1975 est arrivé en France en 2004 selon ses déclarations. Il s'est vu délivrer un une carte de résident valable du 4 février 2011 au 3 février 2021. Le 3 février 2022, le préfet de police a pris à son encontre un arrêté d'expulsion du territoire français. M. B A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier les articles L. 631-1 et L. 632-1 dont il fait application, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne également différents éléments de la situation personnelle de M. B A, notamment le fait qu'il a fait l'objet d'une condamnation à quinze ans de réclusion criminelle assortie d'un suivi socio-judiciaire pendant sept ans pour viol commis par une personne étant ou ayant été conjoint et viol avec plusieurs circonstances aggravantes. Par suite, l'arrêté attaqué, qui comporte les circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé et le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3 ". L'article L. 631-2 du même code dispose : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion que si elle constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique et sous réserve que l'article L. 631-3 n'y fasse pas obstacle : / () 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été pendant toute cette période titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ; / () ".

4. M. B A fait valoir qu'il réside régulièrement en France depuis le 4 février 2021, date à laquelle lui a été délivrée une carte de résident valable dix ans, et que, dès lors, à la date de l'arrêté attaqué, il résidait régulièrement en France depuis une durée suffisante pour entrer dans la catégorie du 3° de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il a été écroué à partir du 18 juillet 2013 et qu'il était toujours emprisonné à la date à laquelle le préfet de police a pris l'arrêté contesté. Dès lors, eu égard à la durée de la période d'incarcération de M. B A, celui-ci n'établit pas résider régulièrement en France depuis plus de dix ans. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B A a été condamné par la cour d'assise des Landes statuant en appel à quinze ans de réclusion criminelle assortie d'un suivi socio-judiciaire pendant sept ans pour viol commis par une personne étant ou ayant été conjoint et viol avec plusieurs circonstances aggravantes. Si M. B A se prévaut de son bon comportement en détention, tel qu'il ressort de la synthèse de son parcours d'exécution de peine rédigée par le directeur du centre de détention de Melun le 22 juin 2021, le rapport d'évaluation pluridisciplinaire du 4 novembre 2021 relève notamment la fragilité psychique de l'intéressé, des problèmes d'addiction et la superficialité de son projet de sortie. En outre, la commission d'expulsion saisie en application des articles L. 632-1 et L. 632-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a émis un avis favorable à son expulsion. Dès lors, eu égard à la particulière gravité des faits commis et à la fragilité psychique de l'intéressé, le préfet de police n'a pas commis d'erreur d'appréciation en considérant que son comportement constitue une menace grave pour l'ordre public.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ".

7. M. B A est divorcé de son épouse et le jugement du tribunal de grande instance de Tarbes du 21 mars 2017, qui a prononcé ce divorce aux torts exclusifs de l'intéressé, a confié l'autorité parentale à l'égard de son fils exclusivement à la mère de celui-ci. Il ne justifie pas de contact avec sa fille issue d'une autre relation, il ressort même des pièces du dossier qu'il est en rupture avec ses enfants et qu'il ne contribue pas de manière régulière à leur entretien. S'il justifie d'une demande formulée auprès du juge aux affaires familiales pour solliciter un droit de visite auprès de ses enfants, il n'apporte aucun élément quant à la suite donnée à ces démarches. Enfin, M. B A se prévaut de liens forts avec les membres de sa famille présents en France et d'une promesse d'hébergement de la part de sa sœur et de son beau-frère. Toutefois, ces éléments ne permettent pas de considérer que l'intéressé justifie d'une réelle insertion dans la société française. Dès lors, eu égard à la gravité des faits commis, rappelés au point 5 du présent jugement, la mesure d'expulsion prise à son encontre n'a pas, dans les circonstances de l'espèce, porté au droit au respect de sa vie familiale une atteinte excédant ce qui était nécessaire à la défense de l'ordre public. Par suite, elle n'a pas méconnu les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être énoncés, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'erreur d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B A et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Viard, présidente,

M. Perrot, conseiller,

M. Palla, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

Le rapporteur,

F. PALLA

La présidente,

M-P. VIARDLa greffière,

L. THOMAS

La République mande et ordonne le préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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