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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2208949

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2208949

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2208949
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 avril 2022, M. A B, représenté par Me Pouly, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2022 par lequel le préfet de police lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de délivrance d'un titre de séjour est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle dès lors qu'il remplit les conditions de régularisation des travailleurs étrangers intervenant auprès de la société Frichti comme livreur sous le statut d'autoentrepreneur ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mai 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant sénégalais, né le 4 mai 1994, entré en France le 28 juillet 2018 selon ses déclarations, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 23 mars 2022, le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté du préfet de police du 23 mars 2022.

2. En premier lieu, aux termes de l'articles L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

3. M. B, qui déclare être entré en France récemment, le 28 juillet 2018, justifie sa présence sur le territoire à partir du 22 février 2019, date à laquelle il a été muni d'une attestation de demande d'asile. Toutefois, il n'établit, ni même n'allègue résider en France de manière continue depuis lors. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. B a, le 15 mars 2019, conclu, sous le statut d'autoentrepreneur, un contrat de prestation de service avec la société Frichti, plateforme numérique de préparation et de livraison de commandes. S'il fait valoir qu'à la suite d'une mobilisation des travailleurs étrangers en situation irrégulière, l'administration s'est engagée à régulariser ceux d'entre eux qui remplissaient des conditions d'ancienneté dans leur activité et de chiffre d'affaires, les éléments versés aux débats par M. B, en particulier des articles de presse et de doctrine et des échanges de courriels avec la préfecture de police, ne font état que de l'engagement de procédures de régularisation des travailleurs concernés en vue de l'examen de leur situation respective. En outre, si M. B produit une attestation de la société Frichti du 20 juillet 2020 indiquant qu'il a exercé une activité de livreur indépendant à partir du 15 mars 2019 et qu'il a généré un chiffre d'affaires total facturé de 15 220,12 euros, il ne démontre pas disposer d'un emploi à la date de la décision attaquée. Enfin, M. B, qui est célibataire, sans charge de famille en France et qui a des attaches familiales dans son pays d'origine, ne justifie pas d'une présence continue depuis son entrée sur le territoire français. Par suite, en refusant à M. B la délivrance d'une carte de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces mêmes dispositions.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2 () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été muni d'une attestation de demande d'asile le 22 février 2019. S'il fait valoir que le préfet de police ne pouvait prononcer de mesure d'éloignement à son encontre dès lors que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides n'a pas statué sur sa demande, il ne démontre pas avoir poursuivi la procédure de demande d'asile alors que l'attestation précitée n'était valable que jusqu'au 21 juin 2019 et que le préfet de police fait valoir en défense, sans être contredit, qu'il a abandonné sa demande tendant à la reconnaissance du statut de réfugié. Par suite, le préfet de police n'a pas fait une inexacte application du 4° de l'article L. 611-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en obligeant le requérant à quitter le territoire français.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 23 mars 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées, ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Amat, présidente,

- Mme Armoët, première conseillère,

- M. Broussillon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

Le rapporteur,

A. C

La présidente,

N. AmatLa greffière,

P. Tardy-Panit

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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