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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2209297

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2209297

mercredi 6 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2209297
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre- OQTF 6 sem.
Avocat requérantGOEAU-BRISSONNIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 avril 2022, M. A B, représenté par Me Goeau-Brissonniere, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 20 avril 2022 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Goeau-Brissonniere sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;

- elle a été pris en méconnaissance de son droit à être entendu ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision de refus de délai de départ volontaire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 22 juin 2022, en présence de Mme Florentiny, greffière d'audience, le rapport de M. C a été entendu.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 12 septembre 1996, de nationalité afghane, a été interpellé le 19 avril 2022 pour détention de produits manufacturés sans autorisation préalable et sans être détenteur d'un titre de séjour en cours de validité. Par un arrêté du 20 avril 2022, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. " Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête en référé de M. B, il y a lieu d'admettre l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-00263 du 18 mars 2022, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet de police a donné à Mme D attachée de l'administration de l'Etat, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de son interpellation par les services de police, M. B a été entendu au cours d'une audition tenue le 19 avril 2022 et durant laquelle il a été mis en mesure faire valoir ses observations. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée, qui vise les textes dont elle fait application et qui mentionne l'ensemble des considérations de fait et de droit sur lesquelles s'est fondé le préfet de police pour prendre la décision attaquée, que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. B. En outre, ainsi qu'il a été dit, M. B a été auditionné par les services de police le 19 avril 2022 à la suite de son interpellation. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation doit être écarté.

6. En quatrième lieu, si M. B soutient qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de police a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, il n'apporte aucune précision ni aucun élément permettant d'apprécier le bien-fondé de ses allégations. En outre, il ressort des pièces du dossier, en particulier des déclarations de M. B lors de l'audition du 19 avril 2022, qu'il est célibataire, sans charge de famille et qu'il n'a aucun emploi. Par suite, en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de police n'a pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle. Le moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision lui refusant le délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. B ne saurait se prévaloir par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

8. En second lieu, M. B soutient qu'en lui refusant le délai de départ volontaire, le préfet de police a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Il fait valoir qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public et qu'il n'est pas démontré qu'il risque de se soustraire à la mesure d'éloignement. Toutefois, d'une part, il résulte des pièces du dossier, en particulier des procès-verbaux d'interpellation et d'audition, que M. B a été interpellé par les services de police pour détention de produits manufacturés sans autorisation préalable et, d'autre part, qu'il s'est déjà soustrait à une obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, le préfet de police n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. B.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. B ne saurait se prévaloir par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision l'interdisant de retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois.

10. En second lieu, aux termes du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de sa notification, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger ou lorsque l'étranger n'a pas satisfait à cette obligation dans le délai imparti. / Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. () La durée de l'interdiction de retour mentionnée au premier alinéa du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été interpellé pour avoir été en possession de produits manufacturés, en l'occurrence, des cigarettes. En l'état du dossier, et alors qu'aucune suite judiciaire n'a été donné à cette affaire, en estimant sur le fondement de cette seule circonstance que ces faits revêtaient un caractère de gravité tel qu'il justifiait de prononcer la durée de vingt-quatre mois d'interdiction de retourner sur le territoire français prévue par les dispositions citées au point précédent, le préfet de police a fait une appréciation erronée des faits de l'espèce. Il y a donc lieu d'annuler l'arrêté attaqué dans la mesure où la durée de l'interdiction prononcée excède douze mois.

12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de l'interdiction de retourner sur le territoire français, en tant que cette durée excède douze mois.

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du préfet de police portant interdiction de retour sur le territoire français est annulée en tant que la durée de cette interdiction excède douze mois.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 6 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

B. C

La greffière,

E. FLORENTINY

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2209297/2-

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