mercredi 17 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2209308 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CAPDEBOS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 21 avril 2022,
le 26 mai 2022, le 7 mars 2023 et le 21 avril 2023, l'association Greenpeace France, représentée par Me Capdebos, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision par laquelle la ministre de la Transition écologique a implicitement refusé de communiquer à l'association Greenpeace France les éléments relatifs aux exportations d'uranium issu du retraitement du combustible usé (URT) vers la Russie en 2021 ;
2°) d'enjoindre à la ministre de la transition écologique de lui communiquer les éléments demandés dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les documents demandés sont communicables car ils concernent des informations relatives à l'environnement, au sens de l'article L. 124-2 du code de l'environnement et, plus spécifiquement, des informations relatives à des émissions de substances dans l'environnement, au sens de l'article L. 124-5 du même code ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L.124-1, L.124-4, L. 124-5, L.124-6 et R.124-1 du code de l'environnement relatifs à la communication des informations relatives à l'environnement dès lors que la ministre s'est abstenue de répondre à une demande d'informations relatives à l'environnement, dont la communication ne porte pas atteinte à la conduite de la politique extérieure de la France, à la sécurité publique ou à la défense nationale, au déroulement des procédures juridictionnelles ou à la recherche d'infractions pouvant donner lieu à des sanctions pénales, ou aux droits de propriété intellectuelle, par une décision écrite et motivée précisant les voies et délais de recours ;
- l'avis émis par la commission d'accès aux documents administratifs est inopérant dès lors que la demande formulée par l'association Greenpeace France ne relevait pas du régime général de communication des documents administratifs mais du régime spécial de communication en matière d'informations relatives à l'environnement, régi par les articles
L. 124-1 à L. 124-8 du Code de l'environnement ;
- la communication de l'arrêté du 21 décembre 2020 délivré à la société Orano Cycle n'épuise pas la demande d'informations portée par l'association ;
- les informations sollicitées par l'association existent, quand bien même elles ne seraient pas déjà formalisées au sein d'un document, conformément aux dispositions des articles L.1333-2, L.1333-3, L.1333-4, L.1333-7, R.1333-3, R.1333-11 à R.1333-13 et R.1333-17 du code de la défense et de l'article 7 de l'arrêté du 18 août 2010 relatif à la protection et au contrôle des matières nucléaires en cours de transport ; ainsi qu'aux obligations internationales de la France relatives à la Convention sur la protection physique des matières nucléaires ;
- l'URT constitue un bien à double usage au sens du règlement (CE) n° 428/2009 du Conseil du 5 mai 2009, et relève donc d'un régime spécifique d'autorisation impliquant la compilation d'informations relatives au destinataire des biens exportés, à la quantité de marchandises exportées, à l'utilisation finale des biens, ainsi qu'au lieu de destination finale ; ces informations existent donc et sont communicables.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 13 janvier 2023 et le 7 avril 2023,
le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et la ministre de la transition énergétique, concluent au rejet de la requête.
Ils soutiennent que :
- il n'y a plus lieu à statuer, le seul document existant et présentant un caractère communicable ayant été produit à l'appui de leur mémoire en défense dans une version occultant les mentions couvertes par un secret protégé par la loi (arrêté n° 007/20 du 21 décembre 2020 délivré à la société Orano Cycle) ;
- les éléments relatifs à d'éventuelles licences délivrées à des sociétés françaises les autorisant à exporter de l'uranium retraité vers la Russie, ainsi que les documents qui s'y rapportent, ne présentent pas de caractère communicable, en application des dispositions de l'article L. 311-5 du code des relations entre le public et l'administration, car leur communication serait susceptible de porter atteinte à la conduite de la politique extérieure de la France, dans le contexte particulier de l'invasion russe de l'Ukraine ;
- le rapport au Parlement 2022 relatif aux exportations des biens à double usage de la France est un document en libre-accès qui n'a pas à faire l'objet d'une communication spécifique par leurs services.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'avis n° 20217668 du 10 mars 2022 de la commission d'accès aux documents administratifs ;
- l'arrêté n° 007/20 de la ministre de la transition écologique du 21 décembre 2020 autorisant la société Orano Cycle à exercer, au titre de l'article L. 1333-2 du code de la défense, des activités d'élaboration, de détention, d'utilisation, de transfert, d'importation et d'exportation de matières nucléaires, ainsi que, pour ce qui concerne la protection contre les actes de malveillance, les activités nucléaires mettant en œuvre les sources de rayonnements ionisants sur l'établissement du Tricastin.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Abdat,
- les conclusions de M. Lamy, rapporteur public,
- et les observations de Me Capdebos, représentant l'association Greenpeace France.
Une note en délibéré présentée par l'association Greenpeace France a été enregistrée le 26 avril 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Le 10 novembre 2021, l'association Greenpeace France a sollicité de la ministre de la transition écologique la communication d'éléments d'information relatifs aux exportations d'uranium issu du retraitement du combustible usé (URT) vers la Russie et, notamment, (I) l'autorisation préalable fournie par l'autorité administrative concernant ces exportations ou tout élément démontrant l'accord donné par l'État, (II) l'indication de la destination exacte de ces exportations ainsi que de l'utilisation faite de l'URT exporté, (III) les documents et informations qui attesteraient d'une réutilisation de l'URT exporté, (IV) l'accord conclu entre la France et la Russie précisant les modalités de stockage en Russie, la durée du stockage, l'utilisation faite des matières et, plus généralement, les conditions de sûreté du transfert et du stockage en Russie et/ou de leur réutilisation, (V) les documents et informations expliquant comment l'État français s'assure des conditions de sûreté en Russie et (VI) les documents et informations relatifs aux contrôles opérés par l'État français sur ces modalités de stockage. En l'absence de réponse de l'administration, l'association a saisi la commission d'accès aux documents administratifs d'une demande d'avis relative à la communication de ces éléments le 21 décembre 2021.
La commission a émis un avis défavorable le 10 mars 2022 en raison du risque d'atteinte au secret de la politique extérieure de la France. Le silence gardé par la ministre de la transition écologique pendant le délai de deux mois suivant l'enregistrement de la demande de l'association par la commission a fait naître une décision implicite de rejet.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, dans le cadre de l'instance, l'arrêté n° 007/20 de la ministre de la transition écologique du 21 décembre 2020 autorisant la société Orano Cycle à exercer, au titre de l'article L. 1333-2 du code de la défense, des activités d'élaboration, de détention, d'utilisation, de transfert, d'importation et d'exportation de matières nucléaires, ainsi que, pour ce qui concerne la protection contre les actes de malveillance, les activités nucléaires mettant en œuvre les sources de rayonnements ionisants sur l'établissement du Tricastin a été transmis au requérant le 16 janvier 2023. S'il peut être regardé comme répondant partiellement à la demande formulée par l'association Greenpeace France, il ne saurait l'épuiser. Par suite, il y a lieu d'écarter l'exception de non-lieu à statuer sur les conclusions à fins d'annulation de la requête.
3. En second lieu, aux termes de l'article L. 124-3 du code de l'environnement : " Toute personne qui en fait la demande reçoit communication des informations relatives à l'environnement détenues par : 1° L'Etat, les collectivités territoriales et leurs groupements, les établissements publics [] ". Aux termes de l'article L.124-2 du même code : " Est considérée comme information relative à l'environnement au sens du présent chapitre toute information disponible, quel qu'en soit le support, concernant : [] 2° Les décisions, les activités et les facteurs, notamment les substances, l'énergie, le bruit, les rayonnements, les déchets, les émissions, les déversements et autres rejets, susceptibles d'avoir des incidences sur l'état des éléments visés au 1°, ainsi que les décisions et les activités destinées à protéger ces éléments [] ". Aux termes de l'article L.124-6 du même code : " I.- Le rejet d'une demande d'information relative à l'environnement est notifié au demandeur par une décision écrite motivée précisant les voies et délais de recours. L'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ne s'applique pas. II.- Lorsque ce rejet est fondé sur le 1° du II de l'article L. 124-4, cette décision indique le délai dans lequel le document sera achevé, ainsi que l'autorité publique chargée de son élaboration. Lorsque ce rejet est fondé sur le 2° du II de l'article L. 124-4, cette décision indique, le cas échéant, l'autorité publique détenant cette information. ".
4. Les informations sollicitées par le requérant sont relatives à l'exportation d'uranium issu du retraitement du combustible usé par l'entreprise Orano vers la Russie et concernent en particulier les conditions de transport, de stockage et d'utilisation faite de matières nucléaires, lesquelles constituent des activités susceptibles d'avoir une incidence sur l'état de l'environnement, ainsi que sur l'état de la santé humaine, la sécurité et les conditions de vie des personnes. Elles doivent donc être regardées comme des informations relatives à l'environnement au sens des dispositions précitées, dont le refus de communication doit faire l'objet d'une décision écrite motivée. En rejetant de manière implicite la demande d'information de l'association Greenpeace France, les ministres de la transition écologique, de la cohésion des territoires et de la transition énergétique ont entaché leur décision d'une illégalité de forme de nature à entraîner son annulation.
5. Il résulte de ce qui précède que l'association Greenpeace France est fondée à demander l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de communication.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".
7. Aux termes de l'article L. 311-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Ne sont pas communicables : [] 2° Les autres documents administratifs dont la consultation ou la communication porterait atteinte : [] c) A la conduite de la politique extérieure de la France ".
8. Saisie d'une demande de communication en ce sens, il appartient à l'administration, sous le contrôle du juge, d'apprécier de façon objective et quels que soient les motifs pour lesquels le demandeur sollicite la communication d'un document administratif, si, eu égard au contenu de celui-ci et aux utilisations que pourrait en faire toute personne susceptible de le demander, cette communication porterait atteinte à la conduite de la politique extérieure de la France.
9. L'URT est un bien à double usage susceptible d'avoir une utilisation tant civile que militaire, justifiant un régime d'exportation restrictif sous la forme d'obligations de licence.
Eu égard aux enjeux, notamment militaires, liés à l'exportation de substances radioactives,
la communication des documents afférents doit être regardée comme susceptible de porter atteinte à la politique extérieure de la France. Dans les circonstances de l'espèce, et compte-tenu notamment du contexte international de la guerre en Ukraine et des tensions diplomatiques entre la France, et plus largement l'Europe, et la Russie, que souligne notamment l'avis n° 20217668 du 10 mars 2022 de la commission d'accès aux documents administratifs, il n'y a pas lieu d'enjoindre aux ministres de la transition écologique, de la cohésion des territoires et de la transition énergétique de transmettre à l'association Greenpeace France les informations sollicitées.
10. Il y a en revanche lieu de les enjoindre à réexaminer la demande formulée par l'association Greenpeace France dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
11. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite de rejet de la demande d'information de l'association Greenpeace France est annulée.
Article 2 : Il est enjoint aux ministres de la transition écologique, de la cohésion des territoires et de la transition énergétique de réexaminer la demande de l'association Greenpeace France dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à l'association Greenpeace France la somme de 2 000 euros.
Article 4 : Le surplus des conclusions de l'association Greenpeace France est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'association Greenpeace France et aux ministres de la transition écologique, de la cohésion des territoires et de la transition énergétique.
Délibéré après l'audience du 26 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Ladreyt, président,
M. Gandolfi, premier conseiller,
Mme Abdat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2023.
La rapporteure,
G. ABDAT
Le président,
J-P. LADREYT
La greffière,
L. SUEUR
La République mande et ordonne aux ministres de la transition écologique, de la cohésion des territoires et de la transition énergétique en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/5-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026