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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2209477

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2209477

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2209477
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantPREVOST

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 22 avril 2022 et le 8 juin 2022, Mme B A, représentée par Me Prévost, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2022 du préfet de police de Paris en tant qu'il a rejeté sa demande d'admission au séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 440 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er juin 2022, le préfet de police, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- et les observations de Me Prévost, avocate de Mme A, présente.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante colombienne née le 24 mars 1996 et entrée en France le 22 octobre 2020 en dernier lieu, a sollicité son admission au séjour au titre des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 23 mars 2022, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi d'office passé ce délai. Mme A demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il rejette sa demande d'admission au séjour et l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur l'étendue du litige :

2. La seule circonstance que, postérieurement à l'arrêté du 23 mars 2022, le préfet de police a convoqué Mme A à un nouveau rendez-vous pour déposer un dossier de demande de titre de séjour n'est pas de nature à faire regarder le refus d'admission au séjour comme ayant été abrogé.

Sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de police a fait application pour refuser la délivrance d'un titre de séjour à Mme A. Il indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé. Ainsi, à sa seule lecture, cet arrêté permet à Mme A de comprendre les motifs du refus de titre de séjour qui lui est opposé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Mme A se prévaut de ce qu'elle vit en France depuis l'année 2019, après un bref retour en Colombie prolongé du fait de l'épidémie de Covid-19, qu'elle a conclu un pacte civil de solidarité (PACS) le 16 mars 2021 avec un ressortissant français avec lequel elle entretient une relation amoureuse depuis 2017, et mène une vie commune depuis le mois d'octobre 2020, que ce dernier a des ressources suffisantes et qu'elle-même dispose d'une promesse d'embauche et a travaillé au cours de l'année 2019. Toutefois, si elle a conclu un PACS le 16 mars 2021, elle ne justifie pas, par les seules attestations de proches produites, ni de l'ancienneté de sa relation avec son partenaire, ni d'une vie commune avec ce dernier avant le mois de décembre 2021. Par ailleurs, elle n'est entrée pour la première fois en France qu'au mois de février 2019, et quand bien même elle aurait été contrainte de rester plus longtemps que voulu en Colombie au cours de l'année 2020 du fait des contraintes sanitaires, elle ne justifie au plus que d'une durée d'environ trois ans de présence à la date de l'arrêté. Enfin, elle n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où résident ses parents. Dans ces conditions, et quand bien même Mme A dispose d'une promesse d'embauche et a conclu un PACS, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, le préfet de police n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 5 précédent, et sans que la requérante puisse utilement se prévaloir de la circulaire du 16 janvier 2007 relative au droit au séjour en France des étrangers ayant conclu un pacte civil de solidarité du ministre de l'intérieur dès lors qu'elle ne figure pas parmi les " Documents opposables " publiés sur le site du ministère, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son refus de titre de séjour sur la situation personnelle de Mme A.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " La décision portant de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". En application de ces dispositions, l'obligation de quitter le territoire français, qui vise les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte en fait de celle de la décision portant refus d'un titre de séjour, dès lors que celle-ci est, comme en l'espèce, régulièrement motivée.

8. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme A avant de l'obliger à quitter le territoire français.

9. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, l'obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme portant une atteinte excessive au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 5 quant à l'ensemble des circonstances relatives au séjour de Mme A en France, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision portant obligation de quitter le territoire sur la situation personnelle de l'intéressée.

11. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'ait d'incidence la nouvelle convocation de Mme A en préfecture, que ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 7611 du code de justice administrative dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Delesalle, président ;

- Mme Marik-Descoings, première conseillère ;

- Mme Hnatkiw, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

Le président-rapporteur,

H. C

L'assesseure la plus ancienne,

N. Marik-Descoings La greffière,

A. Heeralall

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8

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