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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2209487

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2209487

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2209487
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6e Section - 1re Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantMOREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 avril et le 27 juin 2022, M. A E, représenté par Me Morel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 1er avril 2022 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

3°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation administrative dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou, en cas de rejet de la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle, de lui verser la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. E soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé et il n'a pas été procédé à un examen complet de sa situation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mai 2022, le préfet de police, représenté par Me Cano, conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. F, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 juin 2022 :

- le rapport de M. F,

- et les observations de Me Morel, représentant M. E assisté de Mme D, interprète en langue turque, qui fait valoir à l'audience que M. E est menacé de persécutions en Turquie en raison de son appartenance à la minorité kurde, qu'il est convoqué le 29 juin 2022 au guichet unique de la préfecture du Val-de-Marne pour l'enregistrement de sa demande de réexamen de sa demande d'asile et qui produit à l'audience un acte d'accusation daté du 22 février 2022 dans lequel le procureur de la République de Bingöl demande la condamnation de M. E pour des faits de propagande d'une organisation terroriste, ainsi qu'un mandat d'arrêt délivré contre lui le 17 juin 2021, documents nouveaux qui n'avaient pas été soumis à l'OFPRA et la CNDA et qui établissent qu'il est personnellement menacé en cas de retour en Turquie.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E, ressortissant turc, né le 2 mars 1990 à Bingol, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 29 décembre 2020, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile le 22 février 2022. Par la présente requête, M. E demande l'annulation de l'arrêté du 1er avril 2022 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-00991 du 27 septembre 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 75-2021-505 du 27 septembre 2021, le préfet de police, a donné à M. C B, chef du 12éme bureau, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. En outre, la circonstance que la version de l'arrêté du n° 2021-00991 du 27 septembre 2021 au recueil des actes administratifs spécial ne comporte pas de signature manuscrite du préfet de police est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué qu'il vise notamment l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales. L'arrêté mentionne également différents éléments de la situation personnelle du requérant, notamment la circonstance que sa demande de protection internationale a fait l'objet d'une décision de refus par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) et que ce dernier n'établissait pas être exposé à des peines ou traitements contraires aux stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. L'arrêté contesté contient ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour prononcer une obligation de quitter le territoire à l'encontre de M. E. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de police n'était pas tenu de faire état de tous les éléments relatifs à sa situation personnelle dont il avait connaissance mais seulement des faits qu'il jugeait pertinents pour justifier le sens de sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui mentionne les considérations de fait et de droit sur lesquels elle se fonde, est suffisamment motivée et satisfait ainsi aux exigences de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ".

7. M. E, entré en France le 15 janvier 2020 selon ses déclarations, ne justifie d'aucune intégration au sein de la société française. Dans ces conditions, eu égard au caractère récent de sa présence et des conditions de son séjour en France, le préfet de police n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'obligation de quitter le territoire français a été prise. Le préfet de police n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

8. En quatrième lieu, la circonstance selon laquelle le requérant est convoqué le 29 juin 2022 au guichet unique de la préfecture du Val-de-Marne pour l'enregistrement de sa demande de réexamen de sa demande d'asile, postérieure à la date de la décision attaquée, est sans incidence sur la légalité de cette dernière.

9. En dernier lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

10. M. E soutient qu'il encourt des risques de persécutions dans son pays d'origine et produit la copie d'un mandat d'arrêt prononcé à son encontre le 12 novembre 2019, préalablement son entrée sur le territoire français, ainsi que celle d'un acte d'accusation daté du 22 février 2022 dans lequel le procureur de la République de Bingöl demande sa condamnation pour des faits de propagande d'une organisation terroriste commis sur un réseau social en ligne. S'il est constant que ce second document, daté du même jour que la décision de rejet de sa demande d'asile par la CNDA, n'a pas pu être présenté dans le cadre de sa demande initiale, il ne mentionne ni les peines les autorités poursuivantes pourrait requérir à l'encontre du requérant ni même celles susceptibles d'être prononcées sur le fondement du droit pénal turc. En outre, le requérant n'apporte aucun élément relatif aux suites que les autorités judiciaires turques auraient donné à cet acte d'accusation. Par suite, ces documents ne sont pas suffisants pour considérer que M. E serait personnellement exposé à des risques en cas de retour dans son pays d'origine à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à Me Morel et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 7 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

M. F

Le greffier,

L. Marville

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2209487/6-1

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