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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2209514

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2209514

vendredi 15 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2209514
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantSAYAGH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 22 avril et 25 mai 2022, M. B A, représenté par la SELARL Sayagh, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 avril 2022 par lequel le préfet de police de Paris en tant qu'il a rejeté la demande de titre de séjour ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de sept jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 000 euros à Me Sayagh, son avocat, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet de police s'est estimé lié par l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er juin 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Un mémoire, enregistré le 28 juin 2022, a été présenté pour M. A par Me Sayagh.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D ;

- et les observations de Me Cherfa, se substituant à la SELARL Sayagh, avocat de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né le 14 mars 1989, et entré en France le 16 août 2018 selon ses déclarations, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour des motifs tirés de son état de santé. Par un arrêté 8 mars 2022, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de renvoi et a refusé de lui délivrer un titre de séjour. M. A demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il a rejeté sa demande titre de séjour.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-00991 du 27 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme C, attachée d'administration de l'Etat, placée sous la responsabilité de la cheffe du 9ème bureau, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'elle a signé la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de police a fait application pour refuser la délivrance d'un titre de séjour à M. A. Il indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé. Ainsi, à sa seule lecture, cet arrêté permet à M. A de comprendre les motifs du refus de titre de séjour qui lui est opposé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

5. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. A, le préfet de police a estimé, au vu de l'avis du collège de médecins de l'OFII, que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale, le défaut de prise en charge n'était pas susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il pouvait voyager sans risque vers son pays d'origine. D'une part, il ne ressort pas des termes de l'arrêté que le préfet de police s'est estimé en situation de compétence liée par rapport à cet avis. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et notamment du certificat médical établi le 23 mai 2022, que M. A souffre d'une hépatite B et bénéficie à ce titre d'un suivi médical régulier en milieu hospitalier ainsi que d'un traitement médicamenteux à base de Rabéprazole. S'il allègue que le défaut de prise en charge entrainerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé, le certificat médical du 6 juillet 2021 n'apporte aucune précision sur ce point, et celui du 23 mai 2022, au surplus postérieur à l'arrêté, est rédigé en des termes excessivement généraux, sans que les autres documents médicaux soient davantage de nature à l'établir. Par suite, M. A, qui ne peut utilement se prévaloir de l'absence de traitement au Sénégal, n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police, qui n'a pas commis d'erreur de droit, a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En dernier lieu, les seules circonstances alléguées par M. A qu'il n'a jamais troublé l'ordre public, qu'il travaille depuis le mois de septembre 2020, ayant notamment exercé une activité de plongeur dans une cantine scolaire pendant le confinement et occupant désormais un emploi de manœuvre, et qu'il n'a plus d'attaches au Sénégal, ne sont pas de nature à établir que le préfet de police a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son refus de titre de séjour sur la situation personnelle de l'intéressé.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de police de Paris et à la SELARL Sayagh.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Delesalle, président ;

- M. Martin-Genier, premier conseiller ;

- M. Héméry, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2022.

Le président-rapporteur,

H. D

L'assesseur le plus ancien,

P. Martin-GenierLa greffière,

A. Frizzi

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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