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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2209516

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2209516

vendredi 15 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2209516
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantCABINET BOZETINE, AMNACHE, HALLAL ASSOCIES (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 22 avril et 13 juin 2022, Mme A B, représentée par la SELARL Bah Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 avril 2022 par lequel le préfet de police de Paris lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est intervenu au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas établi que l'avis des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), qui doit mentionner les éléments de procédure, a été émis dans les conditions de collégialité par des médecins compétents, dont les signatures doivent être lisibles et que le médecin instructeur ne l'a pas signé ;

- il méconnaît les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle ne peut être éloignée du fait de l'examen de la demande de titre de sa mère, toujours en cours, et Mme B étant placée sous curatelle de cette dernière.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 juin 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- et les observations de la SELARL Bah Avocats, avocat de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne née le 12 avril 1995 et entré en France le 21 février 2020 selon ses déclarations, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour des motifs tirés de son état de santé. Par un arrêté du 4 avril 2022, le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'issue de ce délai. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. / (). ". La procédure de délivrance des certificats de résidence portant la mention " vie privée et familiale " prévue par ces stipulations, est régie par les dispositions des articles R. 425-11 à R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pris pour leur application.

3. D'une part, l'avis du collège de médecins de l'OFII au vu duquel le préfet de police s'est prononcé comporte le nom des trois médecins ayant siégé au sein de ce collège le 28 décembre 2021, avec leur signature et la mention : " après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant ", laquelle fait foi du caractère collégial jusqu'à preuve du contraire. En outre, ces trois médecins sont compétents en vertu de la décision du 18 novembre 2019 portant désignation au collège de médecins à compétence nationale de l'OFII, décision produite en défense. Il ressort par ailleurs de cet avis que le médecin instructeur ne figurait pas parmi ses signataires, conformément aux dispositions de l'article R. 425-13 précité. Il s'ensuit que cet avis a été émis dans le respect des dispositions des articles R. 425-11 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de ce que l'arrêté a été pris au terme d'une procédure irrégulière doit dès lors être écarté.

4. D'autre part, pour refuser de délivrer à Mme B un titre de séjour, le préfet de police a estimé, au vu de l'avis du collège de médecins de l'OFII, que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale, dont le défaut serait susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des certificats médicaux établis entre le 28 juin 2021 et le 26 avril 2022 par le praticien hospitalier qui assure le suivi de Mme B dans le cadre de sa prise en charge à l'hôpital Lariboisière à Paris, que celle-ci souffre d'un handicap psychomoteur sévère et bénéficie à ce titre d'un traitement médical à base de toxine botulinique et doit subir des explorations urodynamiques afin d'évaluer le retentissement vésico-rénal de sa pathologie, et qu'un appareillage complexe va être entrepris. Si la requérante allègue que le suivi des soins ne peut s'effectuer dans son pays d'origine, et qu'elle bénéficiait d'une mauvaise prise en charge médicale lorsqu'elle résidait dans son pays d'origine et que l'accès aux soins y est difficile tant du point de vue économique que géographique, elle se borne à produire un certificat médical rédigé le 26 avril 2022 en des termes généraux qui n'est pas de nature à l'établir alors qu'il ressort des documents produits en défense que les injections de toxine botulinique et les hétérosondages sont pratiqués en Algérie et que les sondages urinaires sont désormais remboursés. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté.

5. En second lieu, si Mme B soutient qu'elle ne pouvait être éloignée du territoire français dès lors que sa mère, qui est également sa curatrice, avait présenté une demande de titre de séjour qui était en cours d'instruction à la date de l'arrêté attaqué. Toutefois, cette seule circonstance n'était pas, par elle-même, de nature à faire obstacle à son éloignement alors, surtout, que le jugement de placement sous curatelle n'est pas opposable en droit français. Il ressort d'ailleurs des pièces du dossier que le préfet de police a rejeté le 12 mai 2022 la demande de titre de séjour présentée par la mère de la requérante et a également obligé celle-ci à quitter le territoire français.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Delesalle, président ;

- M. Martin-Genier, premier conseiller ;

- M. Hémery, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2022.

Le président-rapporteur,

H. C

L'assesseur le plus ancien,

P. Martin-GenierLa greffière,

A. Frizzi

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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