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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2209540

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2209540

vendredi 15 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2209540
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 22 avril et 3 juin 2022, Mme C A, représentée par Me Thisse, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2022 par lequel le préfet de police de Paris lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail, dans le délai de trois mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros à Me Thisse, son avocate, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi, elles sont illégales en raison de l'illégalité des décisions qu'elles assortissent.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 mai 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- et les observations de Me Saudemont, se substituant à Me Thisse, avocate de Mme A ;

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 8 septembre 1967 et entrée en France le 11 novembre 2000 selon ses déclarations, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 17 janvier 2022, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'issue de ce délai. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de police :

2. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 17 janvier 2022 a été notifié le 18 janvier 2022 à Mme A par lettre recommandée avec accusé de réception qui a été retournée à la préfecture de police avec la mention cochée " Destinataire inconnu à l'adresse ". Toutefois, il résulte de l'attestation établie le 8 avril 2022 par la Fondation de l'armée du Salut gérant le centre d'hébergement et de stabilisation chez qui l'intéressée est hébergée depuis le 24 décembre 2014 et à l'adresse de laquelle l'arrêté a été envoyé, que Mme A a toujours reçu son courrier. Au demeurant, l'arrêté lui a été notifié une seconde fois le 29 mars 2022 à la même adresse que celle indiquée précédemment et a été distribué. Dans ces conditions, la notification ne peut être regardée comme ayant été régulièrement effectuée le 18 janvier 2022. Par suite, le délai de recours de trente jours, qui a commencé à courir à compter de la seconde notification de l'arrêté, n'était pas expiré à la date à laquelle la requête de Mme A a été enregistrée et la fin de non-recevoir opposée par le préfet de police doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, qui allègue être entrée en France le 11 novembre 2000, justifie y avoir résider au cours des années 2001 et 2010, année au cours de laquelle elle a conclu un pacte civil de solidarité avec un ressortissant français, ultérieurement dissout, puis de manière habituelle à compter de l'année 2012 dès lors qu'elle produit de nombreuses pièces d'ordre administratif, médical ou bancaire, ainsi que des attestations de chargement de forfait Navigo et divers courriers lui ayant été adressés par la caisse d'allocation familiale, l'assurance maladie ou la direction du logement et de l'habitat de la ville de Paris. Contrairement à ce que fait valoir le préfet de police en défense, la requérante atteste suffisamment de sa présence sur le territoire national au titre des années 2012, 2013, 2014 et 2015 dès lors qu'elle produit des titres de séjour et des récépissés de demande de titre de séjour couvrant l'ensemble de cette période, deux avis d'imposition sur les années 2012 et 2014, des contrats de travail, une décision de la commission de médiation de Paris du 6 juin 2014, et un contrat de séjour en résidence sociale daté du 24 décembre 2014. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que la cour administrative d'appel de Paris, par un arrêt n° 17PA00122 du 28 novembre 2017, avait annulé l'arrêté du 1er mars 2016 par lequel le préfet de police avait refusé de renouveler à Mme A son titre de séjour, au motif que ce dernier n'avait pas saisi la commission du titre de séjour en méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprises à l'article L. 43-51 du même code depuis le 1er mai 2021. Par ailleurs, Mme A a bénéficié de titres de séjour du 14 mai 2012 au 17 novembre 2014, puis de récépissés de demande de titre de séjour jusqu'au 1er mars 2016 et a exercé à compter du 27 mars 2013 une activité professionnelle d'agent de service dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée auquel il a été mis fin en raison de l'expiration de son dernier récépissé l'autorisant à travailler, tout en disposant d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée établie le 15 septembre 2020, après une précédente en date du 22 avril 2019, ce qui atteste de son employabilité. Dans ces conditions, le préfet de police, en refusant de délivrer à Mme A un titre de séjour, a fait une appréciation manifestement erronée des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 17 janvier 2022 par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande d'admission au séjour ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions du même jour l'obligeant à quitter le territoire français sous trente jours et fixant son pays de renvoi.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Le présent jugement implique nécessairement, sous réserve des changements de circonstances y faisant obstacle, qu'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " soit délivrée à Mme A. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressée, d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Thisse en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administratives et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Thisse renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 17 janvier 2022 du préfet de police est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme A un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Me Thisse en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administratives et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Thisse renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au préfet de police de Paris et à Me Thisse.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Delesalle, président ;

- M. Martin-Genier, premier conseiller ;

- M. Hémery, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2022.

Le président-rapporteur,

H. B

L'assesseur le plus ancien,

P. Martin-GenierLa greffière,

A. Frizzi

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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