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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2209541

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2209541

vendredi 15 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2209541
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantTRAORE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 23 avril 2022 et 22 juin 2022, Mme B F épouse C A, représentée par Me Traore, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de police de Paris du 23 mars 2022 en tant qu'il a refusé de lui renouveler son titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de renouvellement d'un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions du 2 de l'article 7 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'inexactitude matérielle dans l'application des dispositions des articles L. 233-1, L. 233-2 et L. 233-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre qu'elle assortit ;

- elle méconnaît les stipulations du premier alinéa de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 juin 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, ressortissante de la République démocratique du Congo née le 2 février 1972 et entrée en France le 15 avril 2015 selon ses déclarations, a sollicité le renouvellement d'un titre de séjour en tant que conjointe d'un citoyen de l'Union européenne. Par un arrêté du 23 mars 2022, le préfet de police a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'issue de ce délai. Mme F demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il refuse de lui délivrer un titre de séjour et l'oblige à quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () ". Aux termes de l'article L. 233-2 du même code, qui a transposé le 2 de l'article 7 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. ".

3. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de Mme F, le préfet de police s'est fondé sur la circonstance que son époux, M. C A, n'exerçait pas d'activité professionnelle réelle et effective et qu'elle ne justifiait pas que ce dernier disposait de ressources suffisantes pour eux et leur famille. Il est constant que Mme F a épousé le 19 juillet 1999 un ressortissant allemand, titulaire d'ailleurs d'une carte de séjour de dix ans " citoyen UE/EEE/Suisse " valable à compter du 9 décembre 2020 titre de séjour. Il ressort des pièces du dossier que M. C A est titulaire d'un contrat de travail à durée déterminée pour une activité de chauffeur de poids lourds à temps plein pour la société " SARL Luco Services " depuis le 18 octobre 2021, pour six mois renouvelable et exerce de manière effective cette activité ainsi que cela ressort du bulletin de paie délivré pour le mois de mars 2022. Dès lors, le premier motif retenu par le préfet de police est entaché d'inexactitude matérielle. Dans ces conditions, et compte tenu de ce que la circonstance que l'époux de Mme F remplissait la condition prévue au 1° de l'article de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui est alternative à celle prévue au 2° du même article, suffisait à conférer à celle-ci un droit au séjour au titre de l'article L. 233-2, la décision de refus de titre de séjour doit être annulée.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme F est fondée à demander l'annulation de la décision du 23 mars 2022 par laquelle le préfet de police a refusé de lui renouveler son titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Le présent jugement implique nécessairement, sous réserve de changements de circonstances y faisant obstacle, qu'un titre de séjour soit délivré à la requérante sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de Mme F, de lui délivrer ce titre de séjour dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à chacune des requérantes d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 23 mars 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme F un titre de séjour dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme F une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F épouse C A et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Delesalle, président ;

- M. Martin-Genier, premier conseiller ;

- M. Hémery, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2022.

Le président-rapporteur,

H. D

L'assesseur le plus ancien,

P. Martin-GenierLa greffière,

A. Frizzi

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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