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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2209603

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2209603

mercredi 6 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2209603
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre- OQTF 6 sem.
Avocat requérantSAIDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 avril 2022, M. D B, représenté par Me Layla Saidi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisorire ;

2°) d'annuler les arrêtés en date du 22 avril 2022 par lesquels le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui remettre tout document d'identité ou de voyage en sa possession à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- les arrêtés attaqués sont entachés d'incompétence ;

- ils sont insuffisamment motivés ;

- ils ne lui ont pas été régulièrement notifiés ;

- ils sont entachés d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- ils méconnaissent les stipulations des articles 2 et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est entachée d'incompétence ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- la décision fixant le pays de destination de reconduite à la frontière méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 22 juin 2022, en présence de Mme Florentiny, greffière d'audience, le rapport de M. C a été entendu.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, né le 22 juin 1985, de nationalité algérienne, est entré en France en 2019 selon ses déclarations. Il a été interpellé par les services de police le 21 avril 2022 pour offre et cession de stupéfiants. Par deux arrêtés du 22 avril 2022, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ces arrêtés.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. " Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête en référé de M. B, il y a lieu d'admettre l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté attaqué dans son ensemble :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-00263 du 18 mars 2022, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet de police a donné à Mme E attachée de l'administration de l'Etat, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté du 22 avril 2022 par lequel le préfet de police a fait obligation à M. B de quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il est éloigné vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment le 1° son article L. 611-1 dont il fait application, ainsi que l'article L. 612-2. L'arrêté du même jour portant interdiction de retour vise quant à lui l'article L. 612-6 du même code. Ces arrêtés mentionnent les circonstances de son interpellation par les services de police, ainsi que les éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale. Ainsi, les arrêtés querellés comportent l'énoncé des circonstances de droit et de fait sur lesquelles ils se fondent. En outre, il ne ressort pas des décisions attaquées ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation du requérant. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de défaut d'examen sérieux et complet de sa situation personnelle doivent être écartés.

5. En troisième lieu, M. B soutient que les arrêtés contestés méconnaissent les stipulations des règlements européens CE n° 1987/2006 et UE 2016/399 dès lors qu'ils ne lui ont pas été remis en mains propres. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, en particulier des signatures de l'intéressé apposés au bas des deux arrêtés en litige, que ces arrêtés lui ont été régulièrement notifiés. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi. " Aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " Si M. B soutient que les arrêtés attaqués méconnaissent les stipulations citées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'apporte aucune précision ni aucun élément à l'appui de ses allégations. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit donc être écarté.

7. En cinquième lieu, si M. B soutient qu'en prenant les arrêtés attaqués le préfet de police a entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle, il n'apporte aucune précision ni aucun élément à l'appui de ses allégations. Le moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Si M. B soutient que la décision attaquée porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, il n'apporte aucune précision ou élément permettant d'apprécier le bien-fondé de ses allégations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écartés.

En ce qui concerne la décision refusant le délai de départ volontaire :

9. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. B ne saurait se prévaloir par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision lui refusant le délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

10. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :

1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " Il résulte de ce qui a été dit aux points 6 et 7 que les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle doivent être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés en date du 22 avril 2022 par lesquels le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 6 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

B. C

La greffière,

E. FLORENTINY

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2209603/2-

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