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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2209689

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2209689

mardi 19 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2209689
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 2e Chambre
Avocat requérantGUILLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 25 avril et 21 juin 2022, M. D, représenté par Me Guillier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 avril 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer une carte de résident, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " avec autorisation de travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour après le dépôt d'un dossier complet ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- il est entaché d'incompétence ;

- il a été pris aux termes d'une procédure irrégulière, dès lors que l'intéressé n'a pas bénéficié de l'assistance d'un interprète devant la commission du titre de séjour, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est dénuée de base légale, dès lors qu'elle est fondée sur un refus de titre de séjour lui-même illégal ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Guillier, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant chinois né le 13 décembre 1955 à Zhejiang (République populaire de Chine), est entré en France en 2004 selon ses déclarations. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur. Par un arrêté du 26 février 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande. Par un jugement n° 2003027 du 12 octobre 2020, le tribunal administratif de Montreuil a annulé l'arrêté du 26 février 2020 et a enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder au réexamen de la demande présentée par M. A. L'intéressé a alors à nouveau sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 2° de l'article L. 314-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du même code. Par un arrêté du 8 avril 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a, après avoir soumis la situation de M. A à la commission du titre de séjour, à nouveau refusé la demande du requérant, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 432-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger est convoqué par écrit au moins quinze jours avant la date de la réunion de la commission qui doit avoir lieu dans les trois mois qui suivent sa saisine ; il peut être assisté d'un conseil ou de toute personne de son choix et être entendu avec l'assistance d'un interprète ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été convoqué par courrier du 2 mars 2022 devant la commission du titre de séjour dans le cadre de l'instruction de sa demande de titre. L'intéressé, qui a sollicité par courrier du 17 mars 2022 l'assistance d'un interprète en langue wenzhou dans le cadre de son audition par la commission du titre de séjour, soutient, sans être contredit en défense par le préfet de la Seine-Saint-Denis sur ce point, que l'accès à la salle de la commission du titre de séjour a été refusé à sa fille, qui devait assurer la traduction en langue wenzhou. Il ressort en outre des pièces du dossier que M. A n'était assisté que de son conseil dans le cadre de son audition par la commission du titre de séjour. Le requérant est donc fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, qui l'a privé d'une garantie.

4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, l'arrêté du 8 avril 2022 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement que le préfet de police procède au réexamen de la situation de M. A, après audition de l'intéressé devant la commission du titre de séjour, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et qu'il le munisse, dans l'attente d'une nouvelle décision, d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 8 avril 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de M. A, après audition de l'intéressé devant la commission du titre de séjour, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de le munir, dans l'attente d'une nouvelle décision, d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bachoffer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Seguin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.

Le rapporteur,

G. B

Le président,

B. BACHOFFER

La greffière,

L. REGNIER

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2/1-

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