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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2209845

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2209845

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2209845
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantDUJONCQUOY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 28 avril 2022, le 28 juin 2022 et les 13 et 19 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Dujoncquoy, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 26 avril 2022 par lesquels le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, outre les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 2 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 ;

- elle méconnaît le dixième alinéa du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 ;

- elle méconnaît l'article 66 de la Constitution de la Vème République ;

- elle méconnaît l'article 9 du code civil ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le préfet de police ne pouvait se fonder sur la circonstance qu'il se serait soustrait d'une précédente mesure d'éloignement pour lui refuser un délai de départ volontaire ;

-la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'est pas motivée ;

- elle est, en outre, entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions dans cette affaire.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Dujoncquoy pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant égyptien né le 11 août 1975, déclare être entré en France au cours de l'année 2008 et s'y maintenir depuis lors. Par deux arrêtés du 26 avril 2022, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai d'une part, et, d'autre part, lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée de douze mois. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des termes de la décision attaquée, que celle-ci comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait, notamment les éléments se rapportant à la situation personnelle du requérant, qui en constituent le fondement. En outre, le préfet n'est jamais tenu d'indiquer l'ensemble des éléments se rapportant à une telle situation, mais seulement ceux qui fondent ses décisions. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir à l'encontre de la mesure d'éloignement des dispositions de l'article L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni de celles de l'article L. 423-13 de ce code, qui ont trait à la commission du titre de séjour et régissent la délivrance des titres de séjour. Par suite, les moyens sont inopérants et doivent être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Il ressort des pièces du dossier que, si le requérant justifie d'une présence habituelle en France de l'année 2009 à l'année 2014, tel n'est pas le cas de l'année 2015, au titre de laquelle aucune pièce n'est produite pour le second semestre. En outre, les pièces produites au titre de l'année 2016 ne sont pas suffisamment nombreuses. Enfin, si les éléments produits à compter de l'année 2018 sont plus nombreux et variés, établissant ainsi une présence habituelle en France, il n'est pas établi, ni même allégué, qu'il aurait noué des liens amicaux, professionnels ou familiaux. Sur ce point, si le requérant revendique la présence en France de son épouse et de ses trois enfants, ces derniers sont tous en situation irrégulière au regard de la législation sur le droit au séjour et rien ne fait obstacle à ce que la vie privée et familiale se poursuive dans leur pays d'origine. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, les moyens tirés de ce que la décision attaquée porte atteinte à la vie privée de M. A en méconnaissance de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, de l'article 2 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789, du dixième alinéa du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, de l'article 66 de la Constitution de la Vème République, de l'article 9 du code civil, et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent, en tout état de cause, être écartés.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes ses décisions les concernant. Si le requérant soutient que la décision attaquée porte une atteinte à l'intérêt supérieur de ses trois enfants, en ce qu'elle implique une séparation avec ces derniers, il ressort, toutefois, des pièces du dossier, que ces derniers sont entrés en France au cours de l'année 2018, et que rien ne fait obstacle à ce qu'ils suivent leur père dans le pays d'origine. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ;3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'arrêté attaqué, que, pour refuser un délai de départ volontaire au requérant, le préfet de police s'est fondé sur la circonstance qu'il s'était soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement éditée le 17 septembre 2020. Par suite, le préfet était légalement fondé à refuser un délai de départ volontaire. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

8. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait, qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.

9. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale du requérant doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4.

10. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Pour contester la légalité de cette décision, le requérant fait valoir, sans au demeurant le démontrer, qu'il justifie d'une présence habituelle en France depuis plus de dix ans, et que ses enfants sont scolarisés. Toutefois, ces éléments ne sont pas suffisants à caractériser des circonstances humanitaires au sens de ces dispositions. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Par suite, les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Fouassier, président,

Mme Belkacem, première conseillère,

Mme Marchand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.

La rapporteure,

N. CLe président,

C. FOUASSIER

La greffière,

B. CHAHINE

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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