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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2209852

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2209852

lundi 31 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2209852
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCALVO-PARDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 avril 2022, M. A B, représenté par Me Calvo Pardo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 avril 2022 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois, impliquant son signalement dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

La décision portant refus de titre de séjour :

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît son droit d'être entendu.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 mai 2022, le préfet de police, représenté par Me Cano, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 9 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 10 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme de Saint Chamas a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant malien né le 4 juin 1965 et entré en France le 14 juillet 2002 selon ses déclarations, a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 15 avril 2022, le préfet de police a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 36 mois. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. " Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public () ". Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

3. Lorsque, pour refuser de faire droit à la demande de délivrance d'un titre de séjour, l'administration oppose le motif tiré de la menace pour l'ordre public, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

4. Pour refuser de délivrer à M. B un titre de séjour, le préfet de police s'est fondé, notamment, sur la circonstance que, lors de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, l'intéressé avait préalablement présenté à son employeur une fausse carte de séjour délivrée par la Préfecture des Hauts-de-Seine, ce qui laissait présumer une fraude caractérisée à l'obtention d'un titre de séjour et révélait que la présence en France de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public. Toutefois, la seule circonstance qu'il s'est procuré une fausse carte de résident qu'il a utilisée pendant son séjour en France, ne suffit pas à elle seule à établir que la présence de celui-ci sur le territoire français créerait, dans les circonstances de l'espèce, une menace pour l'ordre public. Pour refuser à M. B la délivrance du titre demandé, le préfet de police s'est également fondé sur la circonstance qu'il ne répondait pas aux critères d'une admission exceptionnelle au séjour. Il ressort des pièces du dossier que, si le requérant affirme être présent sur le territoire français depuis 2002, il ne produit aucun élément pour l'établir avant l'année 2011. Par ailleurs, s'il justifie avoir travaillé pendant cinq années, de 2011 à 2015, en tant qu'agent de restauration, les bulletins de paie et certificats de travail versés à l'instance ne permettent pas de démontrer d'une stabilité professionnelle au cours des derniers mois (en particulier sur la période d'octobre 2020 à octobre 2021). Le requérant ne verse à l'instance aucun contrat de travail ou promesse d'embauche. Dans ces conditions, le requérant, qui par ailleurs ne démontre par aucun élément d'une insertion sociale particulière en France, et dont l'épouse, les trois enfants, dont deux mineurs, et les parents résident au Mali, n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant la délivrance du titre sollicité. Pour les mêmes motifs, cette décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Ainsi qu'il a été dit précédemment, M. B ne verse à l'instance aucun document démontrant qu'il aurait fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux, alors qu'il n'est pas contesté que son épouse, ses trois enfants et ses parents résident au Mali. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant refus de l'octroi d'un délai de départ volontaire et la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

8. Il ressort des termes de l'arrêté que pour refuser d'octroyer à M. B un délai de départ volontaire, le préfet de police s'est notamment fondé sur la circonstance que sa présence en France constituait une menace à l'ordre public. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 4, cette circonstance n'est pas caractérisée. Dès lors, M. B est fondé à soutenir qu'en lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, le préfet de police a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation. Pour les mêmes motifs, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit également être annulée.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation des décisions du préfet de police du 15 avril 2022 lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat une somme de 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du préfet de police du 15 avril 2022 portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois sont annulées.

Article 2 : L'Etat versera à M. B une somme de 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Huin-Morales, conseiller,

Mme de Saint Chamas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2022.

La rapporteure,

M. de SAINT CHAMAS

Le président,

J. SORIN

La greffière,

B. CHAHINE

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2/2-

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