mardi 11 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2209925 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | YOUNESS |
Vu la procédure suivante :
A une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 29 avril 2022 et 17 juin 2022, M. B C, représenté A Me Youness, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 avril 2021 A lequel le ministre de l'intérieur lui a interdit de sortir du territoire français pour une durée de six mois et d'ordonner son effacement dans les fichiers français et européens ;
2°) d'annuler la décision de retrait de sa carte d'identité ;
3°) d'annuler la décision de refus de lui délivrer un passeport ;
4°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa demande de passeport et de carte d'identité dans un délai de 15 jours ;
5°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte d'identité et un passeport dans le délai d'une semaine ;
6°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 10 000 euros, en préparation des préjudices qu'il estime avoir subis ;
7°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C soutient que l'arrêté :
- est insuffisamment motivé ;
- ne lui a pas été notifié ;
- est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- méconnaît les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 13 de la déclaration universelle des droits de l'homme ;
- est entaché d'une erreur d'appréciation ;
A un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
A une ordonnance du 1er août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au
16 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D ;
- et les conclusions de M. Dubois, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. A un arrêté du 2 avril 2021, le ministre de l'intérieur a interdit à M. C de quitter le territoire français, pour une durée de six mois, sur le fondement de l'article L. 224-1 du code de la sécurité intérieure. A la présente requête, M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté et de la décision de retrait de sa carte d'identité.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté d'interdiction de sortie du territoire :
2. Aux termes de l'article L. 224-1 du code de la sécurité intérieure : " Tout Français peut faire l'objet d'une interdiction de sortie du territoire lorsqu'il existe des raisons sérieuses de penser qu'il projette : / 1° Des déplacements à l'étranger ayant pour objet la participation à des activités terroristes ; / 2° Ou des déplacements à l'étranger sur un théâtre d'opérations de groupements terroristes, dans des conditions susceptibles de le conduire à porter atteinte à la sécurité publique lors de son retour sur le territoire français. / L'interdiction de sortie du territoire est prononcée A le ministre de l'intérieur pour une durée maximale de six mois à compter de sa notification. La décision est écrite et motivée. (). "
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué cite l'article L. 224-1 du code de la sécurité publique sur lequel il est fondé. Il comporte l'exposé de faits, précisément décrits et relatifs à la situation particulière de M. C, qui ont été retenus A le ministre de l'intérieur pour caractériser l'existence de raisons sérieuses permettant de penser que l'intéressé projette un déplacement à l'étranger pour des motifs ou dans les conditions décrites à l'article L. 224-1. Il comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui constituent le fondement de la mesure d'interdiction de sortie du territoire français prise à l'encontre du requérant. A suite, l'arrêté du 2 avril 2021 est suffisamment motivé.
4. En deuxième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. A suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la notification de l'arrêté en litige est inopérant et ne peut qu'être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le ministre de l'intérieur ne se serait pas livré à un examen approfondi de la situation de M. C. La seule circonstance que cet arrêté n'a pas été notifié à M. C est sans incidence à cet égard. Enfin, il n'est pas établi, contrairement à ce soutient le requérant, que le ministre de l'intérieur aurait refusé d'envoyer à M. C l'arrêté attaqué, cette circonstance étant également sans incidence sur l'examen de la situation de M. C A le ministre de l'intérieur.
6. En quatrième lieu, si les mesures destinées à assurer la pleine efficacité d'une interdiction de sortie du territoire sont, dans des circonstances particulières non invoquées en l'espèce, susceptibles de porter atteinte à la vie privée et familiale telle qu'elle est garantie A l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, tel n'est pas le cas d'une décision portant interdiction du territoire qui permet quant à elle de préserver l'intégrité d'une cellule familiale.
7. En cinquième lieu, l'arrêté attaqué, qui interdit au requérant de sortir du territoire français pour une durée de six mois, au motif qu'il existe des raisons sérieuses de penser qu'il projette des déplacements à l'étranger, en vue de participer à des activités terroristes ou de gagner des théâtres d'opérations de groupements terroristes, dans des conditions susceptibles de le conduire à porter atteinte à la sécurité publique lors de son retour sur le territoire français, ne porte pas une atteinte disproportionnée, au regard des buts d'ordre public en vue desquels elle a été prise, à la liberté de circulation du requérant, alors, au surplus, que ce dernier ne fait état d'aucune nécessité impérieuse de quitter le territoire national. A suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 13 de de la déclaration universelle des droits de l'homme doit être écarté.
8. En sixième lieu, le ministre de l'intérieur a décidé de l'interdiction de sortie du territoire en retenant que M. C, qui s'est progressivement inscrit dans une pratique religieuse radicale, attestée notamment A son entourage familial, a transmis des vidéos de propagande de l'organisation terroriste Etat islamique et du Jabbat Al Nosra et entretient des relations avec des personnes liées à la mouvance radicale islamiste. L'intéressé, qui est atteint de troubles psychiatriques susceptibles d'altérer son discernement, a quitté la France subitement le 10 décembre 2020 et, après avoir l'objet d'un signalement pour disparition inquiétante, a été interpellé A les services de sécurité turcs, le 22 janvier 2021 alors qu'il tentait de rejoindre la Syrie. Il a été expulsé, vers la France, le 5 février 2021 puis placé temporairement en garde à vue dans le cadre d'une enquête pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste. Le parquet national anti-terroriste a décidé de lever la garde à vue de l'intéressé en demandant néanmoins de poursuivre les investigations. M C a manifesté auprès de ses proches son intention de retourner en Syrie.
9. Si M. C conteste certains faits le concernant, il n'apporte aucun élément précis, ni aucune pièce au soutien de ses contestations. Le ministre de l'intérieur a produit dans le cadre de l'instruction de la présente instance, avec son mémoire en défense très détaillé et très circonstancié, une note des services de renseignements, qui a été communiquée au requérant, et qui précise les éléments retenus A le ministre s'agissant de la radicalisation de M. C, de sa tentative de gagner la Syrie et de son profil psychologique instable. Si M. C soutient qu'il voulait se rendre en Syrie pour visiter son père âgé, malade et vivant seul à Damas, il n'apporte aucun élément précis ni aucune pièce à l'appui de cette allégation. L'intéressé a, au contraire, indiqué lors de sa garde à vue qu'il n'avait pas l'intention de franchir la frontière syrienne et n'a, à aucun moment, mentionné vouloir rendre visite à son père. Il n'a ainsi fourni aucune explication pour son voyage en Turquie ni pour son interpellation alors qu'il tentait de franchir la frontière syrienne. A ailleurs, s'il affirme n'appartenir à aucun mouvement religieux, il a entretenu des conversations téléphoniques avec son père où il indique se réjouir de la naissance d'un Etat islamique en Syrie, a diffusé des vidéos de propagande de l'Etat islamique à son ex-épouse, et possédait, dans ses effets, le numéro manuscrit d'une personne signalée et connue comme un islamiste de la mouvance radicale, numéro découvert lors de sa garde à vue. En outre, il a fait savoir à ses proches qu'il entendait retourner en Syrie. Enfin, M. C présente un profil psychiatrique instable à tendances schizophréniques, susceptible d'altérer son rapport à la réalité, et a délaissé son traitement et son suivi médical. Il résulte de ce qui précède qu'en estimant qu'il existait des raisons sérieuses de penser que M. C projetait des déplacements à l'étranger de la nature de ceux mentionnés au 1° et au 2° de l'article L. 224-1 du code de la sécurité intérieure, le ministre de l'intérieur n'a pas commis d'erreur d'appréciation.
10. En septième lieu, l'arrêté d'interdiction de quitter le territoire dont M. C a fait l'objet n'étant pas illégal, les conclusions présentées A ce dernier à fin d'effacement de cette interdiction dans les fichiers français et européens ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne la décision de retrait de carte d'identité :
11. Cette décision ayant été prise A les autorités italiennes, les conclusions à fin d'annulation de cette décision sont irrecevables, comme présentées devant une autorité incompétente pour en connaître.
En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'un passeport :
12. S'il ressort des pièces du dossier que l'instruction de la demande de l'intéressé en vue de l'obtention d'un passeport a été retardée du fait que la demande a été déposée à la mairie et non auprès de la préfecture, ainsi que le prévoient les dispositions de l'article R. 224-4 du code de la sécurité intérieure, le requérant ne produit aucune décision lui refusant la délivrance d'un tel passeport. Il ressort, au contraire des pièces du dossier que M. C s'est vu délivrer un passeport qui lui a été remis le 6 juillet 2022 A le préfet des Alpes-Maritimes. Ses conclusions à fin d'annulation d'une telle décision ne peuvent qu'être écartées comme irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. En premier lieu, il n'est pas contesté que M. C n'a effectué aucune demande de carte d'identité. Ainsi, aucune décision de refus de délivrance d'une telle carte ne lui a été opposée et ses conclusions à fin d'injonction de délivrance d'une telle carte ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables.
14. En second lieu, M. C, qui n'a fait l'objet d'aucune décision de refus de demande de passeport, ainsi qu'il a été dit au paragraphe 11, s'est vu délivrer un passeport qui lui a été remis A le préfet des Alpes-Maritimes le 6 juillet 2022. Ses conclusions à fin d'injonction de délivrance d'un passeport ne peuvent donc qu'être rejetées.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et à fin d'injonction de M. C ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que A voie de conséquences, ses conclusions indemnitaires et ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022 à laquelle siégeaient :
- Mme Hermann Jager, présidente,
- Mme Beugelmans-Lagane, première conseillère,
- Mme Renvoise, première conseillère.
Rendu public A mise à disposition au greffe, le 11 octobre 2022.
La rapporteure,
N. D
La présidente,
V. HERMANN JAGER
La greffière,
S. DICK
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026