jeudi 22 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2209945 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CARDINAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 29 avril 2022 et 28 septembre 2022, la société Le petit fils AH, représentée par Me Pierre, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision de la ministre du travail du 8 mars 2022 annulant la décision de l'inspecteur du travail en date du 17 mai 2021 et refusant l'autorisation de licenciement demandée par la société Le petit fils AH concernant Mme G ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Le petit fils AH soutient que :
- la décision est illégale, le ministre a commis une erreur de droit, ou à tout le moins erreur manifeste d'appréciation, en ce qu'il a décidé que le moyen de preuve avancé par la société Chopard aux fins de démontrer la réalité des griefs concernant l'utilisation frauduleuse du système de contrôle des horaires de travail des salariés devait être regardé comme illicite, de sorte que la matérialité des faits reprochés ainsi que leur imputabilité ne sauraient être regardées comme établies ;
- la décision est entachée d'illégalité faute d'avoir pris en considération l'aveu de la salariée, dont la matérialité n'a pas été contestée par la ministre ;
- la décision attaquée est entachée d'insuffisance de motivation en ce qu'elle retient que la matérialité des faits et de l'imputabilité des deuxième, troisième et quatrième griefs n'était pas établie ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle considère que la matérialité des faits des deuxième et troisième griefs n'était pas établie et n'a, en conséquence pas examiné si les fautes invoquées étaient d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement de Mme G.
Par une ordonnance du 30 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au
1er décembre 2022.
Par un mémoire enregistré le 4 octobre 2022 et des pièces enregistrées le
7 novembre 2022, Mme G, représentée par Me Dambrin conclut :
1°) à titre d'avant dire droit, d'ordonner la communication de la lettre de licenciement de M. E C en date du 19 février 2021 ainsi que la transaction signée entre
M. E C et la société Le petit fils AH, sous astreinte de 200 euros par jour de retard et par document, à compter du prononcé de la décision à intervenir ;
2°) au rejet de la requête ;
3°) de mettre à la charge de la demanderesse la somme de 8 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens invoqués par la société Le petit fils AH n'est fondé.
Par un mémoire enregistré le 19 octobre 2022, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête, en soutenant qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Renvoise ,
- les conclusions de M. Dubois, rapporteur public,
- et les observations de Me Dambrin pour Mme G.
Considérant ce qui suit :
1. La société Le petit fils AH (ci-après société Chopard France) a sollicité de l'inspection du travail le 15 mars 2021 l'autorisation de procéder au licenciement pour faute de Mme G, titulaire d'un mandat de membre titulaire au comité social et économique. Quatre griefs étaient présentés à l'appui de la demande de licenciement pour faute de la salariée par la société requérante : le premier grief est relatif à l'utilisation frauduleuse du système de contrôle des horaires de travail des salariés, le deuxième concerne le fait de ne pas avoir fait respecter les règles de sécurité au sein de l'établissent en laissant entrer, dans la salle des coffres, des personnes extérieures à la société, le troisième est relatif au fait de ne pas avoir mis fin au non-respect des règles sanitaires par ces personnes extérieures à l'entreprise, le quatrième consiste en une absence injustifiée lors d'une opération d'inventaire. Par une décision du 17 mai 2021, l'inspectrice du travail de l'unité territoriale de Paris a fait droit à cette demande d'autorisation de licenciement pour motif disciplinaire. Saisie le 21 mai 2021 d'un recours hiérarchique formé par Mme G, la ministre du travail a, par une décision du
8 mars 2022, annulé la décision de l'inspecteur du travail et refusé d'autoriser le licenciement pour faute de Mme G. La société Le petit fils AH demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1222-4 du code du travail : : " Aucune information concernant personnellement un salarié ne peut être collectée par un dispositif qui n'a pas été porté préalablement à sa connaissance. ". L'article L. 2312-38 du même code dispose que : " Le comité est informé et consulté, préalablement à la décision de mise en œuvre dans l'entreprise, sur les moyens ou les techniques permettant un contrôle de l'activité des salariés. ".
3. Pour refuser le licenciement de Mme G, la ministre du travail a estimé que le moyen de preuve employé par la société Chopard aux fins de démontrer la réalité des griefs concernant l'utilisation frauduleuse du système de contrôle des horaires de travail par la salariée, devait être regardé comme illicite. S'il ressort des pièces du dossier que le système de vidéosurveillance, mis en place en 2010, au sein de la société Chopard, avait pour objectif initial la protection des biens et des personnes et que, tant le comité d'entreprise que les salariés avaient été avertis de la finalité dudit système, à l'occasion de sa mise en fonctionnement, il ne ressort, en revanche, pas des pièces du dossier que la vidéosurveillance, qui selon l'employeur, a révélé une utilisation frauduleuse de la pointeuse par la salariée, et a, ainsi permis le contrôle du respect des horaires de travail des salariés, avait fait l'objet de l'information des salariés et du comité social et économique prévue à l'article L. 2312-38 précité du code du travail. Par suite, comme l'a retenu la ministre du travail, sans commettre d'erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation, l'enregistrement issu de la vidéo surveillance constituait une preuve illégale qui ne pouvait être utilisée à l'encontre de Mme G.
4. En deuxième lieu, la validité d'un aveu émis dans le cadre d'une procédure initiée à la suite d'une preuve illicite ne pouvant être retenue, la société Chopard France ne peut se prévaloir, au soutien de ses dires, d'un prétendu aveu de Mme G quant à une utilisation frauduleuse, de sa part, du système de contrôle des horaires des salariés.
5. En troisième lieu, la société requérante fait valoir que la décision attaquée serait entachée d'insuffisance de motivation en retenant que la matérialité des faits et de l'imputabilité des deuxième, troisième et quatrième griefs n'étaient pas établis. Toutefois, la décision est suffisamment précise et circonstanciée pour chacun des motifs.
6. En quatrième lieu, concernant les griefs relatifs à la présence dans la salle aux coffres, le 4 janvier 2021, de deux personnes extérieures à l'entreprise, la fille d'une salariée de la société et son compagnon, et au non-respect des règles sanitaires par ces derniers, il ressort des pièces du dossier que ces faits n'étaient clairement pas imputables à Mme G. En tout état de cause, les attestations produites par Mme G établissent qu'un rappel concernant le port du masque et le lavage des mains avait été effectué auprès de ces visiteurs.
7. En cinquième lieu, s'il est constant que Mme G, qui devait se rendre à une réunion du CSE, était absente lors d'une opération d'inventaire qui a eu lieu le
2 octobre 2020, la salariée se prévaut d'une autorisation d'absence qui lui avait été accordée par l'ancien directeur de la société, M. C, dont l'existence est attestée par l'assistante de ce dernier, Mme F. Si la société requérante conteste l'existence de cette autorisation d'absence ainsi que la validité de l'attestation de l'assistante de l'ancien directeur, elle n'apporte au soutien de ses allégations aucun élément permettant d'en infirmer l'existence et la validité.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du ministre du travail, rejetant la demande de licenciement pour faute de
Mme G, présentées par la société Le petit fils AH doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées par Mme G aux fins d'ordonner la communication de la lettre de licenciement du directeur de la société Le petit fils AH, M. E C ainsi que la transaction signée entre M. E C et son employeur pour mettre fin à ses fonctions, sous astreinte de 200 euros par jour de retard et par document, à compter du prononcé de la décision à intervenir :
8. Les conclusions présentées à cette fin, relatives à des relations contractuelles ne concernant pas la salariée licenciée, et qui en tout état de cause, ne sont pas de nature à éclairer le tribunal dans la présente instance, doivent être ainsi rejetées.
Sur les frais d'instance :
9. La société Le petit fils AH étant la partie perdante dans la présente instance, ces dispositions font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat les sommes demandées par la société Le petit fils AH au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de la société Le petit fils AH au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative à verser à Mme G.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Le petit fils AH est rejetée.
Article 2 : La société Le petit fils AH versera à Mme G la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions présenté par Mme G est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B G, à la société Le petit fils AH et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.
Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Hermann Jager, présidente,
Mme Beugelmans-Lagane, première conseillère,
Mme Renvoise, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.
La rapporteure,
T. Renvoise
La présidente,
V. HERMANN JAGER
Le greffier,
Y. FADEL
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/3-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026